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A suivre (coups de coeur)...

 

 

cette porte

 

CETTE PORTE QUI BAT

(Didier JOURDREN)

éd. La Part commune - 2012

179 pages

16 euros

 

Dans Cette porte qui bat résonne l’échec annoncé du discours, et l’irrépressible nécessité pour le narrateur de traduire ce qu’il a vu un jour dans un verger, au moment où la lumière allait bientôt disparaître. Il l’énonce d’ailleurs très bien, le récit entier pourrait tenir en une phrase seule, et il n’en resterait alors rien, rien que la dimension exacte de quelques mots mis côte à côte. Didier Jourdren construit patiemment l’épaisseur du temps qu’il faut pour s’assurer de la réalité d’un instant et de l’émotion qu’il contient : « Même si j’en ai nommé tous les éléments[…] le plus subtil de ce qui m’a touché risque de demeurer hors de prise. » Dès lors, il lui faudra y revenir sans cesse, dans cette lumière de fin d’après-midi, et reformuler inlassablement le lieu, les arbres, la valeur de la clarté, avec le risque de ne jamais pouvoir habiter totalement la mémoire du moment. Ce qui se joue là, en définitive, c’est une réflexion sur la rêverie et la matière qu’elle engendre, où la perception des objets confine à une forme de croyance, d’intuition qui nous échappe.

 

Alban LÉCUYER

 


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ECCHYMOSE  

(Anne MONTEIL-BAUER)

éd. À plus d’un titre- 2010

210 pages

16 €


 

Deux femmes se font face. L’une raconte, l’autre écrit. D’un côté la brutalité des faits, de l’autre les mots choisis pour dire la tête contre le radiateur, le viol sur le capot rouge, les coups, la peur, les voisins qui écoutent. L’une est écrivain public, l’autre femme battue. La seconde s’appelle Jeanne, la première Laura. « Les chiffres ont des prénoms. » On avait cru la littérature impuissante face à la mort d’un enfant (Sartre), dont il sera aussi question. Le livre d’Anne Monteil-Bauer montre au contraire qu’il est possible, à condition de brouiller les genres et les ressorts du récit, de passer d’un témoignage à un texte littéraire. À la fois roman, témoignage et poésie, Ecchymose dresse le bilan clinique d’une réconciliation possible entre la vie et la littérature à même de dire, dans une langue puissante et juste, la répétition lancinante des coups, la banalité des insultes ou les douleurs invisibles. La force de ce livre tient dans le fait qu’il tresse plusieurs fils narratifs et propose à la fin, dans un tissage subtil, le récit et son élaboration, la chose et les tâtonnements qui la disent. Les faits devenus texte et livre offrent alors au lecteur la promesse tenue d’une réparation.

 

David MARSAC


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LA PRÉSENCE

 (PierreJOURDE)

éd.Les Allusifs

87 pages

11 euros

 

C’est une histoire de la transmission. Des objets, des disparitions, des noms ; de quelques manques aussi, et de tout ce qu’on doit y mettre pour les remplir un peu. La Présence explore le territoire du dedans, du profond, à partir d’une chambre à coucher qui ressuscite les sommeils intranquilles de l’auteur. Nous revient la mémoire de nos premières insomnies, de la présence indistincte d’un autre à l’intérieur de nous ou d’un masque outrancier dans l’encadrement de la porte. On cesse alors de visiter un lieu pour s’enfoncer à la verticale précise des peurs et des mondes jamais déconstruits de l’enfance. En attestent les traces de pas qui nous accompagnent, avec un peu de la terre de nos origines qui colle aux semelles et salope les surfaces trop lisses de nos achèvements adultes. Jusqu’à la fin on se risquera au-delà de toute représentation, là où l’on voit « les choses telles qu’elles sont lorsque nous n’y sommes plus ». Là où l’on ne croyait pas qu’un jour les mots suffiraient à contenir l’immensité absurde et collective des jours à venir.

 

Alban LÉCUYER

 
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LARRONS 

(François ESPERET)

éd. Aux Forges de Vulcain -2010

106 pages

14,90 euros

 

Ces Larrons-là se présentent sous la forme originale de quatre chants épiques évoquant chacun à leur tour un personnage de marlou, de scélérat, et cela en prenant le parti d’une langue poétique, exigeante et troublante au regard du sujet. Des petites frappes de banlieue et dealers neigeux aux caïds friqués arrogants, ces portraits s’accumulent avec brio dans une ivresse de mots des plus jubilatoires. Et il faut dire que l’auteur s’y connait en mauvais garçons puisqu’il a été reçu premier au concours d’entrée à l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale et qu’il a servi durant quelques années au sein de la Section de Recherche de la Gendarmerie de Paris, de quoi récolter donc, la matière première indispensable à cette entreprise. C’est d’ailleurs en cela que le texte fonctionne et atteint le lecteur puisqu’il réussit à outrepasser la dureté du propos dans la poésie même, donnant ainsi l’opportunité aux voyous ainsi décrits, de se montrer sous un nouveau jour empreint de dignité, de tendresse et de sensibilité.

 

Alban ORSINI


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MARCHE LENTE

(Jean AZAREL)

éd. Samizdat - 2011

72 pages

15 euros


Chant d'amour, Marche lente nous dit toute une vie qui est celle de l'aimée de celui qui écrit : elle est la petite fille batifolant céleste à ras de champs de blé et, soudain mise face à la violence des hommes, elle est interloquée ; et puis, le temps passant inéluctablement, elle est la jeune femme en recherche de sens, l'épouse, la mère, l'amante, et la compagne enfin ; elle avance, mûrit, un jour elle sera vieille mais elle reste la même que celle dans les blés qui est forte et fragile et se fait des histoires et vit dans ses magies. Elle est cette magie qui envoûte Azarel qui, par petites touches, la fait entrer en nous, et chacun des courts textes qui composent cette ode est une déclaration d'une délicatesse et d'une intensité qui ont cette magie qui fait sa poésie imprégnée des beautés, des folies, des saisons, des peines et des joies et des mélancolies d'un monde où il arrive, et c'est comme un miracle, et c'est le cas ici, que « le chagrin des jours cède à l'émoi de la naissance du présent ». On ne s'étonne donc pas qu'apparaissent ça et là Luc Dietrich, Jack Kerouac ou John Cowper Powys, lents marcheurs eux aussi : juste on se joint à eux. Et on en est heureux.


Jean-Marc FLAPP


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OPIUM POPPY

(Hubert HADDAD)

éd. Zulma- 2011

171 pages

16,50 euros

 

Du ciel à la fange, le récit transmute ses substances : aucune scène de massacre qui ne résonne des litanies d’un vieux Sikh. Nul émoi du cœur qui ne soit brouillé par la dépossession de soi. Pas une méditation sur l’univers qui n’éprouve le corps à corps avec le double. Alam, le petit clandestin, a le don de traverser tous les êtres qu’il croise, sauf le sien, absenté depuis l’enfance. Le lecteur le porte à son insu, du cimetière de Pantin aux montagnes afghanes défigurées par les affrontements entre insurgés et narcotrafiquants, d’un immeuble de Kaboul aux tentes d’un canal parisien. Parabole romanesque, sociale et politique, Opium Poppy figure l’enrôlement comme un arrachement, la violence comme un suicide, la haine comme un désespoir : oui, vitrioler celle qu’on aime, pour s’annihiler en elle. Nul misérabilisme, mais une sensibilité obsessionnelle à l’intelligence cosmique des forces de la mort : « Puis les grands miroirs de l’aube oscillaient d’un coup, muant les ruissellements d’étoiles en un unique foyer de forge et l’air peuplé d’oiseaux en sombre terre morte ». Un récit vibrant d’une tendresse pour l’humanité traquée par son inanité.

 

Tristan FELIX


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o l'an nb (2) 

O L’AN /  

(Philippe JAFFEUX)

éd. Atelier de l’agneau– 2011

36 pages

12 euros

 

26 cercles, 26 lettres, une année. Quinze phrases. Des mots de quinze lettres comportant deux O. Sur chaque page, 30 O et 60 barres diagonales qui séparent 120 lettres… Absence totale de lyrisme. Poésie concrète, oulipienne, visuelle, ancrée dans une expérimentation formelle intransigeante, extrême. Ne laissant aucune place à un compromis narratif,tendant vers la méta-littérature, la quintessence d’un geste neuronal fait de connexion mathématique, numérique, circulaire… O L’an/est 1/15ème d’un projet intitulé ALPHABET (composé de 390 pages divisées en 15 lettres de 26 pages). On s’étonnede voir jaillir de lacontrainterythme et scansion, petite musique lancinante, pirouettes de sonorités, images improbables, juxtapositions de mots qui évoquent les surréalistes. On pense à La Maison des feuillesde Mark Z. Danielewski, à une littérature qui explose les codes de toutes littératures et laisse entendre une voix unique. Philippe Jaffeux m’impressionne. Il avance nu dans la vase pour tordre l’illisibilité et la folie (ampleur du projet, solitude et pureté quasi mystique). Du chocolat pour les thésards. Impossible de tout saisir, trop dense.

 

Christophe ESNAULT 


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LE JOUR DES CORNEILLES 

(Jean-François BEAUCHEMIN)

éd. Les Allusifs - 2004 / 2011

152 pages

13 euros

 

« que bientôt potence me rompe le col et me mène auprès de père et mère dans le silence des choses, et qu’ainsi reliés nous devenions les premiers macchabées à sourire enfin. » Si Le jour des corneilles est un récit poignant, incisant, c’est parce qu’il s’énonce à grands coups de langue fouisseuse et possédée. Si la confession du fils Courge accomplit son salut – fût-il conduit à la potence – c’est parce que ses mots sont nus de paupières et échappent à toute suture : il les a appris en captivité pour plaider non coupable mais c’est leur sauvagerie d’avant la lettre qui vaut plaidoirie. Courge prétend qu’en nulle chair de son père il n’a trouvé la plus petite palpitation d’amour. Du moins l’a-t-il imprégnée toute de sa passion filiale. Est-ce pour reconnaître que le sentiment ne se touche pas, que le narrateur n’a de cesse de se rouler dans toutes les peaux ? Le lecteur seul sera juge, silencieux en sa moelle ; il revêtira la pelisse lourde d’un parler archaïque, natif : enfin sera nu. Car lire Le jour des corneilles c’est mettre la main sur du sentiment qui tressaille, espérer en l’animalité perdue, embrasser la putain de belle langue d’un Villon québécois atrocement vivant.

 

Tristan FELIX


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LA DERNIÈRE FOIS OÙ J’AI EU UN CORPS

(Christophe FOURVEL)

éd. Le Chemin de fer - 2011

65 pages

12 euros

 

La dernière fois où elle a eu un corps, la jeune Albanaise qui raconte, c’était avant. Avant son oncle, le viol presque oublié de ses 12 ans. Avant les camions qui l’emmènent en France, et dont les chauffeurs se remboursent des kilomètres parcourus en stationnant entre ses jambes. Dès lors, l’objet remplace le verbe de l’héroïne, ce qu’elle fait et ce qu’on lui fait, pour entrer en résonnance avec la chosification d’un corps vendu, empaqueté, livré à l’autre bout de l’Europe. Des mots pénètrent par effraction à l’intérieur du récit et usurpent l’identité des autres, abusent de l’égarement langagier de la jeune fille pour figurer l’intrusion permanente de corps étrangers dans le sien. À force on s’y habitue, comme elle, et ça ressemble à la fin de l’humanité. Le style épouse les contours du fond, comme autant de carcasses répugnantes avachies sur l’adolescente. Car c’est là, dans cet interstice asphyxié entre deux ventres, que Christophe Fourvel séquestre le lecteur à la merci du stress, de la puanteur des maisons d’abattage, la bouche« remplie à ras bord du silence que fait la peur ».

 

Alban LÉCUYER


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MURAMBI, LE LIVRE DES OSSEMENTS

(Boubacar Boris DIOP)

éd. Zulma - 2011

270 pages

18 euros

 

Rwanda 1994 : l’avion du président hutu Habyarimana est abattu en vol et s’ensuivent cent jours d’hystérie collective où un million de tutsis sont atrocement tués au cours du génocide de loin le plus rapide et le plus efficace (10 000 morts par jour) de toute l’Histoire de l’Humanité. Rwanda 1998 : invité avec une dizaine d’autres écrivains africains à venir sur les lieux prendre la mesure et témoigner de ce qui s’est passé, Boubacar Boris Diop subit « le choc et l’effarement» puis rédige Murambi, roman choral vibrant faisant se succéder les voix de personnages et ex-protagonistes disant leurs points de vue (avant-pendant-après, tutsi-hutu-français) sur les événements. Retenue, dure, nue, l’œuvre est impressionnante. La postface publiée dans la réédition qu’en refait là Zulma, réflexion magistrale sur sa genèse, son sens (et donc sur le rapport littérature-réel quand ce dernier s’égare à ce point dans l’horreur), cri de colère soudain qui dénonce et accuse (la France et nous français), humble et brillante, vraie, la prolonge hautement : ce « livre des ossements » est rien moins qu’important.

 

Jean-Marc FLAPP


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MOI, JE SUIS QUAND MÊME PASSÉ

(Eric PESSAN)

éd. Cousu Main - 2010

14 pages

6 euros

 

Il est question ici d’un étrange objet, qui se lit de bas en haut à la façon dont on remonterait le courant d’un océan escamotable, le tranchant du fil de l’eau en horizon écumeux (fil de Twitter, 140 caractères, contrainte), d’une métaphore filée sur la mer, la salinité, d’une attente dont on ne sait trop rien et qui demeure énigmatique jusqu’au bout. Il est question là d’une poétisation de la forme, du fond, de la langue, de minimalisme, de bribes et de simplicité et de touches aux (eaux ?) profonds. Il est question enfin de fragments qui s’amoncellent, s’empilent, se déplient comme l’ouvrage, de 153 jours qui se racontent aussi bien en touts qu’en parties, en bouts qu’en mélancolies, chaque comme esquille débutant par un « Eric Pessan » jamais vraiment écrit (le sujet, étrangement présent, par là même s’évacuant).

Si cela vous intrigue, tentez le voyage de ce Moi, je suis quand même passé et larguez les amarres de la technologie pour le Cousu Main.

 

Alban ORSINI

 

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QUELQUE CHOSE DE L’ORDRE DE L’ESPECE

(Guillaume LEBRUN)

éd. joca seria - 2011

102 pages

15 euros

 

« Mon avenir pue la classe moyenne ».Texte hybride, entre poésie et flux narratif. Le genre est incertain, l’étiquette se décolle et tant mieux. « Je suis rescapé de ma propre vie, mais ignore sens et pardon, errant metastatique porte sur ses épaule tous les meurtres à venir ». Le père a la haine du juif (présent partout, responsable de tout : « et la radio / et la télé/ infestées »). Une ballade ludique & pédagogique avec le fils. Prendre la voiture et en buter un. Il doit payer pour les autres (en attendant le revival des fours) : « tous les matins / heil au soleil / heil au jardin / heil aux poules dans le jardin / et il fallait astiquer les croix gammées qu’il avait récupérées je ne sais où / ». Une mère sous cacheton (elle va mieux sous Urbanyl®. « Je parle / je parle mais sous la surface je suis calcinée ». Papa déteste les tapettes, alors face à un trouble devant un beau garçon, se trancher les veines. Ou décrocher le fusil et tuer papa ? Admettre : il a gagné (?). Guillaume Lebrun parvient à s’exclure de la masse des productions vite lues vite oubliées. Il y a là un véritable écrivain.

 

Christophe ESNAULT


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SHARAWADJI, MANUEL DU JARDINIER PLATONIQUE

(Pascale PETIT)

éd. L’inventaire - 2010

128 pages

17 euros

 

Prenez le risque de vous perdre dans les détours de ce livre espiègle, graphique, ludique, labyrinthe textuel – et sexuel si vous vous y frottez – frottez-vous y ! « On avait une idée précise en venant ici et on ne l’a plus. » Ça fuse, la sève de l’esprit ! Ça part de tous côtés. « Et ces bonbons n’ont pas exactement / le goût de l’enfance. » Chaque ligne est sillon et allée découpant les contours d’un jardin sans réalité, platonique donc. Chant érotique (je n’ai pas dit pornographique) porté par l’élégance vitale d’une écriture tout en départs imprévisibles, ce livre cultive d’abord les ressources naturelles de l’imagination fantasque de son auteure, la coquecigrue, l’incongru, le bizarre, la coquinerie, sans oublier l’érudition jardinière, fleurs, fruits, bêtes, objets des jardins, et l’araignée qui court au plafond pour « arroser ceux qui sont tristes ». Livre subtil, au titre énigmatique, il appelle un lecteur nonchalant, aimant valser d’une ligne à l’autre – et beaucoup Walser.

 

David MARSAC

 

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LA VIEILLE AU BUISSON DE ROSES  

(Lionel-Edouard MARTIN)
éd. Le Vampire Actif - 2010 

204 pages
Prix : 15€

 

La Vieille au Buisson de Roses conte l’histoire de trois solitudes rurales : celle de la Vieille, personnage haut en couleurs, indubitable écho des aînées respectées, résurgence de ces recluses acariâtres et bigotes dont on se souvient si bien, celle du Comte, richissime isolé de terres immenses métronomiquement rappelées au klaxon complice du facteur, figure emblématique et mystérieuse d’une campagne désertée, celle du cabot galeux et malaimé Diurc, un chien qui a l’étrange faculté de chanter la messe en latin et d’importuner son petit monde. Entremêlé de chats que l’on noie, de volailles que l’on déplume et que l’on bout sur le devant de la porte, de lampes à pétrole chéries comme des saintes, le livre se déploie dans toute sa mesure non plus dans l’histoire seule mais dans la langue même, et au-delà, par la langue et pour la langue. Qu’il s’agisse des réflexions sur le pourquoi du langage, sur le pouvoir des objets à raconter l’histoire, du talent érudit de Lionel-Edouard Martin à choisir le mot juste, tout contribue dans ce roman à faire de l’écrit un plaisir gourmand tant tout y coule admirablement : à recommander chaudement.

 

Alban ORSINI


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AJOUPA-BOUILLON

(Maurice MOURIER)

éd. EST-Samuel Tastet - 2009

358 pages

22 euros

 

Gobert de Bouillon, avant de trépasser en 1680, fit construire sur la pente de la Montagne Pelée une résidence - ajoupa en créole, qui signifie abri. Cet abri dut être rudement costaud pour que deux siècles plus tard naquît Ajoupa-Bouillon, bourgade de Martinique. Le sieur gobait-il le bouillon, commerçait-il avec Dieu le Célèbre (Gott le Berht) ou s’était-il élevé pour échapper à la boue des marigots ? Toujours est-il que l’ouvrage n’en fait qu’à sa bouille, n’aspirant que l’air d’un exotisme salvateur, viscéral, ontologique. Le romancier-poète nous offre ici un très rare recueil qui, parce qu’irrigué par le bouillon renouvelé de mainte émotion esthétique, court-circuite tout consensus poétique, dépayse, décentre. Aucun folklore,mais un pittoresque organique, psychique et cosmique dans un espace-temps à sa mesure hallucinée. Courez sur les pas d’Ajoupa-Bouillon, créature au-dedans et dehors, mâle et femelle, humaine et animale, spectrale. Elle console de la laideur et se souvient de quand on n’était pas là : « Elle peint le monde avant qu’il ne diminue ». Cent poèmes en prose élastique, cent métamorphoses de l’autre en soi-même.

 

Tristan FELIX


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LES OISEAUX, PEUT-ÊTRE

(Manuel DAULL)

éd. Cambourakis - 2010

64 pages

8 euros

 

Une seule phrase : de 55 pages, sans début majuscule ni point final. Une seule phrase, au hasard : « je suis mieux […] ici que dans ma chambre où l’horizon restreint ne s’oublie que la nuit, si je dormais ». Pierre Lorenz ouvre des livres au hasard et perd le sommeil dans un hôtel loin de la ville. On pressent que l’endroit deviendra autre chose, un sanatorium zweiguien ou une maison de repos, que Lorenz aura besoin de deux femmes pour retrouver ce qui manque aux hommes : l’usage des mots. Il y aura Orlane Dubois, qui regarde par la fenêtre les oiseaux de la forêt toute proche, et son double sexuel. Trois personnages Nouvelle Vague qui se contentent d’exister, égarés dans la salle à manger nouveau roman de l’hôtel. À force, les mots aussi se mettent à errer sur la page et menacent de se décrocher, on se souvient de la forme de l’écriture chez Selby. Plus tard il y aura un accident, on tentera peut-être de réduire les oiseaux au silence, mais au fond peu importe. Car c’est avant tout à une question de forme que répond Manuel Daull, et de mise en espace, loin des évidences du langage.

 

Alban LÉCUYER


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TENIR TÊTE À L’ORAGE

(Thomas VINAU)

éd. Noir & Blanc - 2010

74 pages

12 euros

 

Des instantanés. Courts poèmes bricolés de mots simples. Une fausse simplicité. De celle qu’on retrouve dans Journal japonais ou Il pleut en amour de Richard Brautigan. Nulle volonté d’en mettre plein la vue. Minimalisme. Pas si éloigné du haïku parfois. La forêt, le fossé, la brindille soulevée par le vent, l’ombre d’un chien égaré ne sont jamais bien loin. Une cabane et une fenêtre ouverte, l’œil du poète vers le dehors. On pense aussi aux univers de Jim Harrison et de Walt Whitman. Des mots qui, comme la flèche, touchent avec précision leur cible. Au cœur de l’émotion revigorante : « Mets-toi dans le sens de la terre et germe. »

Très actif dans les revues littéraires, Thomas Vinau creuse sa place dans le microcosme poétique. Il a déjà beaucoup publié. Son blog est une petite merveille riche d’un tas de belles pépites. Au-delà des poèmes, entre les respirations, dans un amour de la vie empreint d’une touche de mélancolie, ce jeune auteur excelle à restituer les variations de lumière auxquelles il est ultrasensible. On est déjà plus d’un à le penser : ce sera peut-être lui qui écrira le livre que nous attendons tous.

 

Christophe ESNAULT 


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MARGE OCCUPÉE

(Jean-Charles LEVY)

éd. Les doigts dans la prose - 2010

148 pages

12 euros

 

D’entrée à fond de train, Jean-Paul Sartre à vélo, enragé (E.P.O ?), sprinte à mort sur Céline qui, dans une véronique d’un style oral parfait, évite le missile qui s’écrase à ses pieds : olé ! Mais l’attentat déjoué dès les premières lignes de ce roman foutraque n’est qu’une mise en bouche, et bouchées doubles donc (voire triples) à la suite car nous sommes à Paris en pleine Occupation, c’est l’été 42 et un bordel sans nom : entre autres personnages échappés à leurs pages et pipoles déjantés (ça fourmille de partout), Julien Sorel cavale sans lâcher son échelle, Madame de Rênal et la Princesse de Clèves attaquent la Milice (chassent-croisent BHL, Gavroche ou Chevillard), Dieu tombe sur une patrouille et Grégoire Samsa se fait remettre en place par Freud le pornographe - entre autres je disais : c’est comme ça sans arrêt ! Méta-littérature bouffonne et électrique, érudite, sarcastique, Marge occupée attaque, concasse mythes et bon goût, mêle outrancièrement jouissance langagière, jeux avec le lecteur (ses nerfs, ses convictions), nihilisme et santé : c’est la panique au Flore et c’est diantrement bon !

 

Clément DESPAS 


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MA VIE 

(P.N.A. HANDSCHIN)

éd. Argol - 2010

380 pages

19 euros

 

Cet ovni littéraire est construit sur le principe de l’accumulation.

Ma vie défie toute approche narrative, brouille les repères spatio-temporels, exige la soumission du lecteur à un monde dérouté, contredit d’une phrase à l’autre. Chef-d’œuvre de la littérature volatile, rien dans son contenu n’est linéaire hormis le fragile contact des yeux avec le texte.

Autobiographie mobile, concaténation encyclopédique, réalisme bègue, Ma vie est à l’image du patronyme de son auteur : suspect d’invention. De même, les références érudites qui saturent le texte ont l’air fictives dans le même temps où les figures de Paul Hisson ou de Grégor Gonzola signalent la grossièreté de la posture romanesque.

Face à cette compulsion taxinomique, le lecteur est sommé de choisir ses parcours de lecture, de stabiliser ses hallucinations au fil des allusions, des retours du même, des déroutes de la variation. À moi, les trames juive et psychiatrique m’ont paru dire le vrai de cette vie étonnante de P.N.A. Handschin.

En littérature, les machines volantes ont désormais un nom.

 

David MARSAC


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Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 19:04

 

dissonances 25

  (sortie début octobre)

  aura pour thème

 

"la peau"

 

la peau © gisèle bonin

 

les textes

  (inédits, format word, max. 9000 signes espaces compris)

  sont à envoyer

  à

  dissonons@yahoo.fr

  avant le 21 juillet


Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 18:58

 

 

Dissonances 24

 

 

Ce numéro a été mis en images par Charlotte MOLLET

 

 

EDITO: 

 

Racine du mal

 

Pas dormi de la nuit : ma carie me taraude et j'ai envie de tuer. Je pousse la porte du dentiste. Sa secrétaire tente un « Vous avez rendez-vous ? » mais je la cloue du regard et, sentant le danger, elle m'indique l'entrée de la salle d'attente où je me mets à tourner comme un fauve enragé, grinçant des dents, à cran, jusqu'à ce qu'épuisé je m'affale dans un coin et saisisse au hasard dans le tas des revues étalées sur la table... dissonances « le mal » où vingt auteurs en transe (parmi lesquels pas moi puisque le comité dont je fais pourtant partie a refusé mon texte et ça aussi fait mal même si moins que ma dent mais je me vengerai !) ont traité la souffrance qu'on inflige ou ressent avec leurs mots à eux qui sont nos maux à nous et c'est drôle ou atroce, poignant ou décalé, lyrique, cru, léger, mais quel que soit le genre c'est toujours pour de vrai comme le sont les visions de Charlotte Mollet, puis Albane Gellé chevauchant nos questions, Gabrielle Wittkop revenant nous hanter, et ces œuvres coup-de-coeur... Là le dentiste dit : « Elle est vraiment foutue : va falloir l'arracher. » Je souris : je suis prêt. Vous aussi ? Allons-y...

 

Jean-Marc FLAPP

 

 

SOMMAIRE:  

 

DOSSIER : « LE MAL »

 

Le furet (Tristan FELIX)

"Sous la cloche des Halles, basse panse en plein cœur de Paris, le laboratoire souterrain de la déviance est sous contrôle ; l’organisation idéale de toute la violence, fondée sur la frustration. Dans ce labyrinthe mortifère obstrué par les ganglions de la richesse impérative, il suffit d’un coup de cutter pour..."

  

La menace (Perrine LE QUERREC)

"Plusieurs fois par jour, le viol par ton cri, quand toutes les deux, tête à tête, les autres partis, les autres ailleurs, échappés, et toutes les deux, toi et moi, toi dresseuse, porte la culotte, bardée d’autorité, toi ta colère, tes cris, tes hurlements, ce cri que j’entends encore tout au fond, cette terreur, plusieurs fois par..."

 

Leçons de ténèbres (Emma MOULIN-DESVERGNES)

 "L’enfant est une dépendante affective SM en puissance. L’empêchement constant qui lui est fait de se laisser libre cours, d’expérimenter son autonomie que vient distraire la fonction permise - se taire, obéir, se faire toute petite - permet néanmoins, quand la vigilance a l’œil ailleurs, des instants de liberté totale dont bientôt elle..."

 

Plus tard tu brûleras (Carl-Keven KORB)

 "La première chose que fit Basile Coglioni en arrivant à Bordemer fut de taper contre la première porte qu’il rencontra, bang, re-bang, et re-re-bang, encore et encore, jusqu’à ce qu’on ouvre, une toute menue femme qui d’une voix qui en avait vu d’autres mais pas des comme ça dit oui, qu’est-ce que c’est, pourriez faire moins..."

 

Epectase (Les AMANTS GLUANTS)

 "Seuls les fumeurs de crack savent me démolir amoureusement. Ma foi me pousse vers les parias, les fous à la violence démoniaque. J’y retourne sans arrêt, guidée par l’urgence à rejoindre la lumière. Le premier soir, j’étais venue apporter des couvertures dans un squat de La Goutte d’or et je me suis..."

 

Sous ma main protectrice (Šebestian KRKOŠKA)

 "Regarder dans ses larmes et sourire. Se ruiner car la puissance ressentie sera sans égale à cette heure avancée. Revenir des ondes noires, des quatre dimensions des tambours de lessiveuses allant du vert métallique au violet, sans brillance ni joie. Se laisser aller à la dérive de la damnation dans tout son être. Se servir. A trop..."

 

Quelque chose de pourri (Stéphane BERNARD)

 "ce nouveau mal, qu’il ait été ou non, / maintenant existe. / l’imaginer lui a donné chair. / pourtant son hypothétique existence / ne fait se former aucune cible, aucun ring. / un combat à vide. ce trou dans les cœurs. / alors, que la mémoire, même atroce..."

 

Steampunk song (Jacques TALOTTE)

"Ce monde creux, Jack, sonne comme un gong... On jette la sciure sur les docks, on pousse les fruits pourris vers l'égout. Un gaz inconnu s'enflamme derrière le rideau damassé. Du divan, on guette l'engrenage des pendules... on fume... On lit que la comète brillera demain. Pourriez-vous me dire..."



Le consentement (Jean-Battiste COUTON)

 "Pour être conforme à la mode anglaise tu avais décidé de porter une jupe courte et un débardeur décolleté, ce n’était pas dans tes habitudes, mais tu voulais jouer le jeu, et ici, pensais-tu, c’était ainsi vêtu que l’on se rendait au pub. D’abord tu ne sus pas où aller, tu ne voulais pas trop t‘éloigner de chez toi au cas où tu..."

 

Arrondir le silence (Marc BONETTO)

 "Pour l’inconnue qui s'attarde /Je poserai..." 

 

Récolte (Guillaume DECOURT)

 "Tout bien considéré / Je suis en état de siège / Vous m’avez engraissé / Affectueusement / Et présentement / Vous assoyez sur moi sans..."

 

Logique du mal (Gilbert CRAM)

 "Si l’on en croit les registres de la Société des Amis de l’Axiome du Choix (la SAAC pour les feignants), tenus à jour par le secrétaire ou par son faisant fonction (ce dernier était le plus souvent parfaitement illettré, heureusement), le mal s’introduisit sournoisement dans les mathématiques modernes - et donc au sein même..." 

 

Affection (Dominique PASCAUD)

 "Sans me retourner, je sais que c’est elle. Sous son épiderme les glandes ont sécrété quelque chose de boisé, presque fleuri ; je lui en ai souvent parlé, cela la fait sourire. Alors, j’en profite. Je peux voir ses magnifiques dents de porcelaine. Les miennes sont devenues jaunes, je consomme trop de gélules que l’on trouve dans les..."

 

Péché de chair (Nicolas BRULEBOIS)

 "Une fois notre désir assouvi, les masques tombent et le corps du délit se révèle sous un jour nouveau. Je découvre une petite femme rondelette qui, loin des idéalisations nocturnes, affiche un naturel décomplexé flirtant avec le prosaïsme. Lovée à mes côtés, elle joue les odalisques à ses risques et périls, exhibe certaines..."

 

Primal (LE GOLVAN)

 "Le roi des poules accueille Niat, le nouvel ambassadeur turc en transit jusqu’à destruction intégrale du F5, bâtiment F, escalier 2, le Clos ; un résumé d’évolution qui communique d’emblée au lancer de caillou. Peu de main d’œuvre aura suffit à faire acte de civilisation. Les vingt nuits suivantes sont toutes consacrées à... "

 

Planches ultimes (Christophe ESNAULT)

 "Proie des déclinaisons vitriolées / Déroule la langue à l’aide d’un ouvre-boîte à sardines / Les murs lépreux s’élèvent plus vite que les coulemelles grises / Un analphabète avec toute sa temporalité panoptique et la douce musique métallique / Soixante millions d’esclaves appuient sur un bouton / L’altérité brûle les..."

 

Page O de la lettre B (Philippe JAFFEUX)

 ".La soif expansive de noie des octets limités sous un curseur abreuvé par l’échec d’un ordinateur vide / un saint moulu de fatigue sculpte son corps vert en redressant notre sable sur l’envers d’un contraste hérétique.

.Notre peau expédie la respiration d’une suite vers les pores d’une..."

  

Le collant (Aurore SOARES)

 "N’aurait pas dû l’enfiler ; maintenant il frotte contre là où ça la démange. Etait pressée ce matin et l’a pris dans le tiroir le qui lui passait sous la main ; à cause de l’ampoule du placard qui n’éclairait pas, car avait oublié au supermarché d’en acheter une, hier ; se souvient bien maintenant que ne se souvenant plus de..."

  

Zone centrale (Gilles BERTIN)

 "Ce bleu fascinait Pierre, au début. Le bleu Tcherenkov. Les mots lui manquaient alors pour en parler. Ma main est froide sur la commande du pont roulant. Il avance à une allure d'escargot, encore une quinzaine de mètres. Pierre est mort cette nuit. Ils ont emporté son corps dans une civière étanche et je suis restée seule, avec son..."

  

Blue Monday (Aliénor DEBROCQ)

 "C’est à cause des néons. Ou bien est-ce l’odeur de soupe ? Elle n’en est pas très sûre. Il lui est difficile de supporter cela physiquement. Difficile d’être présente chaque jour. De faire comme si tout allait bien. Tout ne va pas bien. Elle aimerait en être capable. Elle aimerait sourire, répondre du bout des lèvres, sans effort, décrocher le..."

 

 

RUBRIQUES :

 

QUESTIONS à :Albane GELLÉ

"Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ? Dans une énergie de pour je crois. Mais qui peut contenir parfois du contre et du malgré. Quant à dedans / dehors, j'ai le sentiment d'être sur un fil tendu entre les..." 

 

REGARDS CROISÉS sur : « Sérénissime asssassinat»(Gabrielle WITTKOP)

"Venise : des palais de dentelle édifiés sur du sable, baignant dans l'eau verdâtre d'un réseau de canaux qui sont comme des veines charriant un sang malsain, s'enfonçant dans la vase qui les engloutira. Venise la sublime sans cesse agonisant : c'est le décor logique que l'auteur du Nécrophile a choisi de donner à..." 

 

À SUIVRE (six oeuvres lues et approuvées)

« Qàu » (Serge PEY) - éd. Dernier Télégramme, 2009

« Voyageurs de l’absolu » (Jacques COLY) - éd. Les Deux-Siciles, 2011

« Somaland » (Eric CHAUVIER) - éd. Allia, 2012

« En ville » (Christian OSTER) - éd. de L'Olivier, 2012

« Post-Mortem » (Albert CARACO) - éd. L'Age d'Homme, 2012

« Loin du Monde » (Sébastien AYRAULT) - éd. Au Diable Vauvert, 2013 

 

À LIRE À VOIR À OUÏR(nos auteurs ont aimé…)

"Jacques TALLOTE

- livre : William Carlos WILLIAMS : Paterson(Flammarion, 1981)

- film : Lone SCHERFIG : An Education(2010)

- disque : Laura VEIRS : Carbon Glacier(Bella Union, 2004)..." 


Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 18:50

 

Le furet 

(ou comment saigner la tendresse)

 

 

poulets et lapin mut nb-copie-1Sous la cloche des Halles, basse panse en plein cœur de Paris, le laboratoire souterrain de la déviance est sous contrôle ; l’organisation idéale de toute la violence, fondée sur la frustration. Dans ce labyrinthe mortifère obstrué par les ganglions de la richesse impérative, il suffit d’un coup de cutter pour fluidifier les tensions. Le corps obtempère en sous-sol et l’air électrique véhicule son néant. On y vient des cités de la banlieue nord, de Saint-Denis, de Stains, du Stade de France ou d’ailleurs, pour la guerre quotidienne, la traque des filles, le business ou le full contact avec l’espèce humaine.

 

Dans certaines caches du forum, au bas de marches cirées où peine à veiller une clocharde en loques, de jeunes danseurs s’exercent à des voltiges et des fantasmagories urbaines. Parfois Bob Marley ressuscité entre deux portes de verre, les locks chenues et les mains sèches comme d’une momie noire sortie des sables, attend à distance des tourniquets que le vide enfin se fasse — de ses veines à celles, gonflées, des chiens de l’ordre et du désordre.

 

Sauf ces elfes rares ou cet illuminé - borne arrachée -, la hargne couve, en treillis ou survêtement immaculé, à bout de laisses ou de grosses chaînes en or, qu’importe le bord du fossé.

 

La rame à quai s’ébranle, de retour vers la gare du nord, chargée d’effluves de tout un jour bousculé. Dans le wagon de tête, une scène est prête à être jouée. On attend le signal. Pas une scène de viol, pas un vol, pas une attaque de chien. Non, une terrible saynète animale qu’on pourra diffuser sur youtube : un furet, négocié à la tire sur les quais de Seine, où l’on achète aussi de la mort aux rats et des coqs nains, en est le personnage principal.

 

L’excitation soulève un voile de moiteur dans l’habitacle. L’air ne sera qu’à ce prix, otage d’un désir de massacre. Qu’est-ce qu’il aura à manger cet animal ? Saïd, dix-sept ans, un carton sur les genoux, hurle à Mohamed qu’un furet ne mange pas de pain. Il saisit l’animal par la peau du dos qui se décolle jusqu’au bas de l’échine et l’asperge de coca-cola. La canette roule au sol. Hilarité — les rires coupent comme du verre ; la sueur se fait acide. La bête cambre la nuque et ses crocs luisent. Nacer, lui, cela ne fait que sept ans qu’il existe. Il veut lui aussi baptiser son nouvel ami, avec un vrai nom : Zidane ! Un coup de nike dans le tibia - rectification de Mohamed : Momo, qu’on l’appellera ! Momo ! Fils de pute !

 

La rame a pris de la vitesse. Mohamed descend la vitre, arrache le furet des mains crispées de Saïd et le balance au-dessus du vide cinglant : Hein, que tu t’appelles Momo ? Eh, Momo ! La bête se retrousse, pousse les cris suraigus d’une panique qui se perd dans la stridence des rails.

Est-ce ainsi que tu berces la mort ?

 

Mohamed la rejette toute tordue dans le carton. Elle aura sa muselière et vivra dans une boîte. Une téci pour mon rat.

 

 

    Tristan FELIX


Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 18:39

 

Planches ultimes te-te-d-agneau-nb-copie-1.jpg

Proie des déclinaisons vitriolées / Déroule la langue à l’aide d’un ouvre-boîte à sardines / Les murs lépreux s’élèvent plus vite que les coulemelles grises / Un analphabète avec toute sa temporalité panoptique et la douce musique métallique / Soixante millions d’esclaves appuient sur un bouton / L’altérité brûle les départs et actionne la manette des génocides orange / Un homme seul dans un métro vide qui cogne contre les fenêtres. La psychose nourrit à la petite cuillère la convivialité / Affine le propos si Le Mal est une thématique trop large pour se loger dans une thèse de huit cents pages / Aplatir la sensation jusqu’à ce qu’elle crache son jus / Retrouvons-nous par hasard cette nuit dans une scierie désaffectée / Les éradications têtes en bas alignées m’évoquent des chauves-souris boursouflées / Immobiliser ton corps de rêve armé d’un sac de ciment / Par ennui ou par vice / On se chamaille jusqu’à ce que le plasma beurre nos tartines / La vindicte veut t’embrasser sous son étau / Un verset décolle la rétine du cantonnier / Prévoir les compresses et les mois de rééducation / Le bec jaune de l’oiseau ne connaît pas le parjure / Préliminaires et bidon d’essence / Les cercles de l’enfer du couple longue durée / Le pathogène broyé se mêle aux lys blancs / Vous prendrez bien votre plaisir sur une plaque chauffante / Dictat de l’ignominie soumis aux viols commandités / Le charme discret d’un flacon d’acide / Dépourvue de tes infirmités tu perds tout ton charme / La répulsion augmente le nombre d’étages à régurgiter / Flingue ta voisine / Crève les pneus de ton dealer ou donne-lui ta carte bancaire et ton code à quatre chiffres / Isolé afin de mieux peaufiner ses roulades barbares / Forcer les verrous pour juste tout casser dans l’appartement et déféquer dans les draps / Du verre pilé surprise / Un crapaud oublié dans le bac à légumes / Te regarder pleurer me rend plus beau

 

 

    Christophe ESNAULT


Mercredi 17 octobre 2012 3 17 /10 /Oct /2012 18:47

Dissonances 23

 

 

 

Ce numéro a été mis en images par Devis GREBU

 

 

EDITO : 

 

Karma-Cola

 

Au commencement était la visibilité. Une vingtaine d’auteurs ont survécu aux balles tirées dans la nuque par ce tueur en série qu'est notre comité de lecture. Textes à dispositif, visuels, nouvelles, poésie… Registre sensible, expérimental, humoristique ou trash… Styles et formes se partagent un espace où œuvre aussi Devis Grebu,l’illustrateur de ce numéro. Nos auteurs ne sont pas (encore) des superstars, mais leur quart d’heure warholien est inévitable. Au vingt-et-unième siècle, tu balances sur You Tubeune vidéo filmée sur ton portable et tu es une star. Tu ne peux pas faire cent mètres sans qu’un journaliste souhaite réaliser ton portrait dans une émission grande écoute. Tu lâches un pet sonore sur Facebooket dans les dix minutes qui suivent tu ramasses 300 like(et autant de commentaires). Il va être super difficile de passer inaperçu et celui qui traversera son existence sans sa dose de célébrité sera un véritable et authentique héros du quotidien, une superstaren somme… Vous allez rencontrer dans ces pages Johnny, Bob Dylan, ou la fellatrice sans frontière du Président de la République… Ces influences astrales sur votre karma vous seront bénéfiques.

 

Christophe ESNAULT

 

 

SOMMAIRE :  

 

DOSSIER : « SUPERSTAR »

 

Cher Johnny(Gilles BERTIN)

"T'es mort alors je peux t'écrire, tu liras jamais cette lettre et donc elle t'embêtera pas parce que t'étais comme moi, un grand pudique. Je t'ai aimé en secret, à distance, j'ai jamais cherché à te le faire savoir. Tu m'as rien dédicacé, j'ai pas voté pour toi à la télé, j'ai pas fait le pied de grue devant des hôtels pour être à tes côtés dans une..."

  

Growing up in public (Nicolas Albert G.)

"Il n'aime pas l'idée de la foule qui lance des coussins. Sur les coussins il y a écrit Conseil Régional de Rhône-Alpes. Il n'avait pas envisagé tant de tee-shirts, de vestes et de pantalons sur scène. Au milieu des coussins, c'est pathétique. Et Aaron qui attrape une sorte de Bermuda dégueulasse, l'exhibe à la foule, se marre en découvrant..."

 

I Can't Get No(Elodie VALETTE)

 "Il est tard ils t’attendent ils sont bien plus nombreux que prévu tu as oublié quelle heure il est tu sais très bien quel jour on est tu es sur scène tu es tout près tu t’approches tu es debout les bras levés tu t’approches tu sais que rien ne sera jamais comme avant tu répètes cette phrase dans ta tête mais le sens t’échappe rien ne sera..."

 

Ce qu'elle dit d'Elvis(Arnaud BOURVEN)

 "Bande n°1 / Toujours elle. La non-nommée. Déroule le fil : « Dans mon souvenir… personne… ne se disloque… Personne n’aborde cette ville… qu’en rampant… C’est sûr…» / Approchent pourtant des gens qui n’ont pas fléchi. Mais rien à idolâtrer sous l’arche des pluies… / Elle poursuit : « Vous connaissez ? Ce produit permettrait à..."

 

Crépuscule d'un dieu (Jean-Marc FLAPP)

 "ton jetperso se pose et glisse en bout de piste tu finis ton whisky avales les glaçons te tournes vers le monde toujours aussi lointain contemples le tarmac aveuglant au couchant à travers le hublot et les verres violets des lunettes de soleil que tu ne quittes jamais si ce n'est pour dormir et encore pas tout le temps tu vois ne penses..."

 

Superstore (Lionel FONDEVILLE)

 "Superstore, leader mondial du store /Je m’appelle Jean-Claude Thuret. J’ai créé mon entreprise dans un garage en 1974, et voilà. Trente-huit ans plus tard, 80% des stores vendus en Europe, et 60% aux États-Unis sont des stores Superstore. Depuis deux ans, on attaque l’Afrique et le Moyen-Orient. Pas facile. À côté, la Roumanie des..."

 

Moi président de la république(Les AMANTS GLUANTS)

 "Moi président de la république, je préfère me faire sucer au bord de l’eau

Moi première dame des punks à chiens, je gravis ton pylône pour électriser le peuple

Moi président de la république, je m’affirme en slip et en bretelles

Moi première dame des punks à chiens, je deviens la guest-star de tes pornos intimes..."

 

Usine(Dimitri WILEN)

"Elle ne trouve pas Andy très beau. Mais elle accepte son invitation, car il insiste. Se croire génial, maître du monde, et mourir de maladie banale.Les préliminaires sont bâclés. Impatient, il a tout d’un enfant massacreur de papier-cadeau. Ça n’est pas méchant, mais ça n’est pas doux. Se tromper d'âge, de corps, et mourir de ses..."



Les tristes tropiques(variations autour de Rose Hobart) (Tiphaine RAULT)

 "Remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est une fleur symbolique qui désigne l'amour, une perfection achevée et un accomplissement sans défaut. Fleur du rosier, de la famille des Rosacées, rose-mousse ou rose-thé, généralement odoriférante, dont l'espèce type comporte un calice ovale ou arrondi..."

 

La mort comme imprésario (Matthieu CONZALES)

 "20 Août 1885. Dorpat. Estonie. Le regard d'Ernst Hartwig se métamorphose soudainement. Ses pupilles se rétractent et son visage prend un air très sérieux. Son pouce et son index droits, qui depuis quelques minutes se baladaient frénétiquement dans les replis de sa moustache, se sont tout à coup arrêtés, comme stoppés en plein..." 

 

Le redoublement de la 19ème (Anne MONTEIL-BAUER)

 "Elle avance dans la fange, sur un chemin étroit. Elle a lâché la dernière main qu’elle tenait encore. Elle sait que ce morceau de chemin, elle doit le faire, seule. Le sol s’envase, et le sentier est de plus en plus raide, de plus en plus étranglé.En face, d’elle, une bouche, l’entrée d’un terrier, d’un tunnel, d’un passage ?Elle ne sait pas. Il fait noir et son envie de..."

 

Hyper sourire tout le temps (Agnès NAGEOTTE)

 "Ta cravate te serre le cou et te le serrera trente-cinq minutes encore. Tu ne l’as pas nouée toi-même, ta maquilleuse s’en est chargée. C’était une autre fille la semaine dernière, on te les change sans arrêt. Le cadre est parfait. Tu es parfait. Rien ne manque. Rien ne fait défaut. Mesdames mesdemoiselles messieurs, bonjour, tu le dis..." 

 

Supasta : monologue pour fin de règne (Marie VAN MOERE)

 "Préambule : Ce qui suit se déroule sur une scène de théâtre. A l’ouverture du rideau, Queenie est assise face au public, en milieu de scène, à sa gauche un escalier d’une douzaine de marches mène à un palier en hauteur où se tient de profil une fille squelettique. C’est Punaise. Assise, elle se goberge d’une soupe de spaghettis à la..."

 

Ma piste aux étoiles (Nicolas VARGAS C.)

 "Sans être juif ou champion mon grand-père trouvait sa cabane les yeux fermés, son fils ce héros a abattu de sang-froid et pour son bien un faon orphelin, sa femme détroussait les lapins comme des chaussettes, Corrine faisait la moule mieux qu’au resto pendant qu’Hervé conduisait le tracteur à 10 ans. Papa aussi absent que meilleur..."

 

Manque de précision (Tangi THIERRY)

 "Un facteur prend une forte dose de barbituriques
et meurt
Il laisse ces mots :
« Je n’ai pas supporté ... "

 

Bob Dylan vs Paul Emploi (Romain PONÇOT)

 "« Je pourrais avoir un autographe ? » Je me retourne. Un jeune homme d'une vingtaine d'années s'agite devant moi. J'écris sur le carnet qu'il me tend : si je n'étais pas Paul Emploi, moi aussi je penserais que Paul Emploi a beaucoup de réponses. Je m'aperçois que le jeune homme au carnet ressemble étrangement à Bob Dylan, que..."

 

Décalcomanie (Patrice MALTAVERNE)

 "Seule / avec toi / Double de/ ma joie/ Je me suspends à tes/ lèvres/ Je fais semblant de te/ faire l’amour/ En dansant pour toi/ L’invisible/ Et/ si ta/ musique/ et si ta voix/ Sont des/ fusées qui/ traversent le mur/ De l’autre côté/ Ils n’entendront/ rien/ Te voilà en/ train de/ battre sur/ mon/ cœur/ Comme un..."

  

Déjà (Laura VAZQUEZ)

 "Éveillé déjà près de toi déjà. Une lumière, lorsque par la fenêtre quelque chose se montre et n’atteint pas. Quelque chose au fond, de ce sommeil gris ou au fond encore dans une chambre deux ici bouches scellées par la nuit éveillé ici. Que nous arrive-t-il maintenant ?..."

  

23 n'est pas seulement le n° fétiche de Michael Jordan (Manuel DAULL)

 "En 2006, alors que POL sortait un catalogue sous intitulé 23 ans de littératureet que j'allais avoir 40 ans le 23 mai, j'ai eu envie, comme un exercice d'admiration, une performance, de réécrire ce catalogue en 23 jours, en me donnant comme contrainte d'en reprendre chaque titre en l'insérant dans une phrase, et de concevoir l'ensemble...."

 

 

RUBRIQUES :

 

QUESTIONS à : Jude STÉFAN

"Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ? Hors.Quelle est la part de la contrainte dans votre écriture ? ½.Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?Sommeil ou féminités. Qui est votre premier lecteur ? L. Gaspar (après M. Blanchot, nrf)..." 

 

REGARDS CROISÉS sur : « Claustria» (Régis JAUFFRET)

"On s'en souvient sans doute : printemps 2008 au pays de Hitler, Freud et Thomas Bernhard, Elizabeth Fritzl sort enfin de la cave où son père l'a cloîtrée vingt-quatre ans avant - elle en avait dix-huit - et lui a fait sept enfants nés en captivité dont trois qu'il lui a pris et a pu adopter, sa femme les élevant sans poser de..." 

 

À SUIVRE (six oeuvres lues et approuvées)

"« Lorsque j’ai appris qu’il manquait un poil à son paillasson, / J’ai vite couru rue de Rivoli pour le remettre en place. » L’homme au paillassonest l’un de ces poèmes sobrement stupéfiants qui créent sur le champ un lecteur humble, attentif, d’une maniaquerie iconoclaste en ces temps de lecture au coupe-coupe. Ici, le poète, dans..." 

 

À LIRE À VOIR À OUÏR (nos auteurs ont aimé…)

"Les AMANTS GLUANTS

- livre : Véronique OLMI : Mathilde (Actes Sud, 2001)
- film : Ken LOACH : Sweet Sixteen (2002)
- disque : Lionel FONDEVILLE & les COWBOYS PSYCHOLOGUES (Monsterk7, 2012)...
" 

 

Mercredi 17 octobre 2012 3 17 /10 /Oct /2012 18:46

 

Usine 

 

freud © devis grebu


Elle ne trouve pas Andy très beau. Mais elle accepte son invitation, car il insiste. Se croire génial, maître du monde, et mourir de maladie banale. Les préliminaires sont bâclés. Impatient, il a tout d’un enfant massacreur de papier-cadeau. Ça n’est pas méchant, mais ça n’est pas doux. Se tromper d'âge, de corps, et mourir de ses médocs. Le contact est technique, l’étreinte est égoïste. Sans caresse, les peaux claquent. Se vouloir moderne, et mourir de vieillesse. Pendant quelques minutes, elle devient une poupée d’autophile. Elle aurait voulu autre chose. Elle patiente ; l’indulgence, jusqu’à l’ennui, dispense de la gêne. Être triste vingt-sept ans, et mourir de soi-même. Son sexe est un peu irrité. Il prend enfin son plaisir, sans qu’elle l’entende venir, et il croit avoir partagé un bon moment. Ne pas se prendre pour de la merde, et mourir de honte. Il lui propose d’intégrer sa Factory.

 

Elle dit non. Elle veut être une adulte épanouie 
 

Dimitri WILEN


Mercredi 17 octobre 2012 3 17 /10 /Oct /2012 18:36

 

Crépuscule d'un dieu


à la tienne © devis grebu


ton jet perso se pose et glisse en bout de piste tu finis ton whisky avales les glaçons te tournes vers le monde toujours aussi lointain contemples le tarmac aveuglant au couchant à travers le hublot et les verres violets des lunettes de soleil que tu ne quittes jamais si ce n'est pour dormir et encore pas tout le temps tu vois ne penses pas tu es sur mode hébété c'est bon ça peut durer pas envie de bouger mais une voix te ramène c'est pam qui te demande en échos si tu es prêt es prêt prêt c'est idiot rigolo tu hausses les épaules entends tes gardes du corps déconner quelque part tu dis juste un moment mon manteau et ma trace ils sont là ils t'attendent le manteau igor l'a et ma trace voilà le tube de platine que tu portes en collier tu le fourres dans ton nez elle te tend le miroir narine gauche narine droite la coke te secoue ça aussi que c'est bon et tu es debout alors sans trop savoir pourquoi et pas du tout comment tu titubes et te tasses putain je suis crevé tu es bourré déchiré incroyablement las et tu vas te rasseoir mais igor et luigi te dépassent d'une tête costards et lunettes noires caricatures tu te marres te prennent sous les bras t'enfilent ton manteau t'emmènent vers l'avant tu flottes tu es où devant toi une porte pam te dit on y va y va va pas tout de suite une trace elle soupire mais s'affaire te retend le miroir tu te refarcis le nez et ta cervelle hennit ça va aller cette fois tu repousses tes gorilles tends l'index vers la porte qui fuit sur le côté et tu prends en pleine gueule le soleil écarlate qui est là rien que pour toi teindre de rose et or ton manteau de loup blanc te donner l'air d'un dieu d'ailleurs tu es un dieu qui avance d'un pas vers la foule amassée qui se met à hurler en bas de l'escalier tu te dis pauvres cons et décoches ton sourire toutes tes dents étincellent putain que des diamants tu es fou tu es sublime tu es irrésistible tu connais tes effets et tes fans à tes pieds crient ton nom se prosternent pleurent tendent les bras se griffent le visage se battent c'est extra tu te tournes vers pam on est où là déjà à tokyo okyo kyo tu dis ok ok tu reviens à tes fans lèves la main ça suffit ils se taisent ils attendent ta parole est sacrée tu te déhanches et cries banzaï hiroshima hystérie à tes pieds les ambulances embarquent des bimbos évanouies et tu te dis que cette nuit tu vas en exténuer une douzaine au moins c'est la vie ça bon sang soudain tu es pressé d'autant qu'igor en bas te fait signe que c'est bon limousine avancée luigi te prend le bras tu te dégages ça va descends en majesté vers la foule en délire dans un chaos cosmique un dieu décidément mieux que dieu tu es toi mais soudain ton corps flanche et tu manques une marche bascules virevoltes et les membres en croix plonges vertigineux entends des cris au loin et quelques os craquer pas le temps d'avoir mal vision du sol tout près ta face s'y écrase puis ta nuque se brise et le loup blanc éponge ton sang de star crevée

 

   Jean-Marc FLAPP


Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 15:53

 

 

Dissonances 22

 

Ce numéro a été mis en images par Mehryl LEVISSE

 

 

EDITO 

    

Rituel, extase et café noir

 

Liturgie anodine du matin entre tartines beurrées et café noir, envoûtement nuptial avec robes blanches et cantiques, conditionnement pavlovien, danses de houri en quête d’extase, ritournelle poussiéreuse des dimanches de la vie, poème mystique, parole creuse, temps plein, temps mort. Nos rituels sont de feu, de paille, ils cimentent nos actes et leur donnent la puissance d’une opération magique ou nous font sombrer dans l’anéantissement quand ce qui nous relie n’est plus qu’usage et protocole. Eternel dilemme du fond et de la forme : si le rite se construit sur la répétition, sa force se mesure à l’aune d’une adhésion qui en régénère sans cesse la vie. Et puisqu’il n’est que partition, sa vérité dépendra de ceux qui l’interprètent. Ce nouvel opus réunit donc une vingtaine de solistes pour un concert - pour profanes et initiés - de rituels tour à tour légers, graves, hermétiques, provocants, réjouissants, simples, absurdes mais toujours habités. Puis - l’occasion est belle - profitons-en pour entonner quelques notes d’Happy Birthday pour Dissonances qui souffle là ses dix bougies, augmente de huit pages et, tenue de soirée oblige, s’habille d’une nouvelle maquette !

 

Côme FREDAIGUE

  

SOMMAIRE: 


Dossier : « Rituels »

 

Démaquillage (Jean AZAREL)

      "Comme d'habitude, tu t'es réveillé à trois reprises dans la nuit. Une fois parce que quelque chose dont tu ne te souviens jamais au réveil..."

  

Dimanche et (Marianne DESROZIERS)

      "Dimanche et son odeur de pain frais. Dimanche et l'enfant qu'il a été. S'ennuyant ce jour-là car il n'y a pas école. Demandant quand est-ce..."

 

Catching Else 22 (Else YNORE)

     "1. J'ai toujours eu un faible pour les personnages sur le mode mineur. Endosser des rôles secondaires est un excellent moyen de se faufiler ..."

 

(ré)génération (Yannick TORLINI)

     "se vomir. comme je me réveille. se vomir. se réveiller. se vomir. se réveiller. sans cesse. comme un miroir. se réveiller. se vomir. mouvement..."

 

Autel d'une dépouille vive (Tristan FELIX)

     "Elle avait donné son corps à la science comme elle se serait donnée au miroir de l'universelle déraison. Elle s'était, vivante, peu à peu révulsée, fleur..."

 

La fosse aux songes (Ariane GELINAS)

     "Trois-Rivières, le 18 juin. Ce matin, je n'ai aucun rêve à noter. Il s'est toutefois produit un phénomène singulier lorsque je me suis éveillé. J'étais..."

 

Protocole amoureux (Frédérick HOUDAER)

      "pigeon à moignon

       sur le rebord de la fenêtre..."

 

Les petites choses (Marlène TISSOT)

      "Les petites choses qui se glissent sous la peau des jours, celles qui démangent la pensée puis qu'on oublie, celles qui bourdonnent des histoires dans..."



Vies incertaines et petites morsures (Lionel FONDEVILLE)

      "Certains arrachent avec les dents de petits morceaux à la peau de leurs doigts, visant surtout les pouces près de l'ongle, et ne s'arrêtent qu'au..."

 

Cahier des charges (Christophe ESNAULT)

      "Note 1 : Pour la formule d'accueil, quand vous aurez sonné et qu'il ouvrira, dites « Olivier, c'est le cadeau de Trente millions d'amis ». Evitez toutes..." 

 

Coupures (Arnaud TALHOUARN)

       "I. (Tu

       questionnes, c'est vrai, et moi..."

 

Ecrire, Ecrit, Ecrits (Laura VAZQUEZ)

      "Ecrire Ecrit Ecrits Ecrire Ecrire Ecrire l'après-midi, Ecrits, Ecrits, Ecrire aussi, Ecrits aussi le soir, le soir Ecrire, Ecrire, battre de ça..." 

 

U n (Philippe JAFFEUX)

      "Notes : La lettre N, intitulée «L'énième», est composée de 26 carrés de 14 centimètres (et donc d'une superficie de 196 cm2). Chaque carré..."

 

Chiropractor holocaust(Méryl MARCHETTI)

      "Ses parents n'assistent pas à la fête qui suit. Avant l'aube, le garçon est conduit dans la brousse pour être circoncis. Il reste assis, les yeux..."

 

Hommes (Catherine BEDARIDA)

      "épaule à épaule à épaule à épaule

       contact collectif corpulent croire... "

 

Ballerina (Paul ELISIA)

      "A cet instant précis, la mort fond sur elle avec ses ailes bleutées et son visage d'ange. Elle lance un regard circulaire sur le paysage et le..."

 

Nouveaux rites de l'année liturgique (Marc BONETTO)

     "1er dimanche de l'Avent - Contempler le processus de défragmentation d'un ordinateur ; admirer les changements de couleur : à la fin..."

  

Gammes(fm+emd:Mutants Anachroniques)

     "Fausse l'idée répandue selon quoi avant l'avénement du disque, du MP3, la musique n'apparaissait qu'au jour du concert – le vrai « concert », avec..."

 

 

Rubriques :

 

Questions à : Valérie ROUZEAU

 

Regards croisés sur : « Blesse, ronce noire» (Claude LOUIS-COMBET)

 

À suivre : six oeuvres lues et approuvées

 

À lire à voir à ouïr (nos auteurs ont aimé…)


Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 15:43

 

Les petites choses 

 

Le tricot © Mehryl Levisse


Les petites choses qui se glissent sous la peau des jours, celles qui démangent la pensée puis qu’on oublie, celles qui bourdonnent des histoires dans notre sommeil et qu’on chasse au matin d’un revers de main, qu’on noie dans le café, le boulot, la liste de courses, la mousse à raser, le rimmel, les idées noires, les tartines de pâté.

Les petites choses qui battent des ailes à l’intérieur de nous, qui cherchent la lumière, qui cherchent une issue, qui s’affolent dans notre corps-prison. On les sent là, qui rampent et volent et tissent leur toile dans les recoins.

On ne s’inquiète pas plus que ça. On les écarte d’un coup de balai. On se dit qu’elles finiront bien par crever. On suppose qu’on leur survivra, qu’il suffira d’un coup de talon pour les écraser. On croit les enfumer avec nos petits rituels quotidiens. Parfois, on pense s’en être débarrassé pour de bon. Et puis un jour ou l’autre, ça se remet à démanger.

 

 

Marlène TISSOT

Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 15:32

 

Nouveaux rites de l'année liturgique

 

Bénédiction pontificale A. V. 696969

 

La monture © Mehryl Levisse

 

 

1erdimanche de l'Avent Contempler le processus de défragmentation d'un ordinateur ; admirer les changements de couleurs ; à la fin, pousser un cri de joie devant cette merveille technique.

 

Noël Transformation de Jésus le Christ en nietzschéen pur jus.

 

Épiphanie Électrifier les guitares sèches. Qu'elles oublient Jésus revient(pourquoi reviendrait-il ?) au profit de I want to break free,Bohemian rhapsody, Bicycle race,We will rock you,de Queen. (Freddie Mercury fut prophète.)

 

Soldes d'hiver (mi-janvier à mi-février) Vêtir le prêtre du nouvel ornement sacerdotal à la mode : le string noir barré d'une croix rose.

 

Mardi grasIntronisation de la papesse Jeanne, Pierrette ou Paule. Une femme, oui, une femme à la tête de l'Église !

 

Dimanche des Rameaux Ouverture de la semaine sainte avec la Marche des fiertés (ex-Gay Pride) au Vatican, le Souverain Pontife en invité d'honneur.

 

Lundi saint Remplacer les gardes suisses par des chasseurs massaï, diablement plus efficaces et d'une élégance à damner la vierge Marie.

 

Jeudi saint Changer le vin eucharistique en vodka-orange.

 

Vendredi saint Substituer à la crucifixion le pal godemiché.

 

Samedi saint Cueillette des olives au jardin de Gethsémani. (C'est pas la saison ? T'inquiète, avec le réchauffement climatique, on y arrive.)

 

Pâques Processionner cul nu, bite au vent, le long d'un chemin d'extase, non de croix.

 

Lundi de PâquesÉcouter en boucle l'intégrale Cloclo. (Pénitence infligée aux mauvais coucheurs.)

 

Ascension Parfumer les hosties à la ganja.

 

Pentecôte Messe en volapük incarné, en sabir, en espéranto.

 

Saint-Arzan (30 juin) Utiliser comme liane l'ostensoir géant de Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

Sainte-Marie-Madeleine (22 juillet)Que la femme adultère devienne un modèle pour les candidates au mariage.

 

23 juilletPendantqu'on y est, lui décerner la médaille du Mérite agricole.

 

Assomption (15 août) Instituer le culte de la pute vierge.

 

Saint-Gilles-de-la-Tourette (1erseptembre) Blasphémer au quotidien : retisser la toile de nos vies enchevêtrées dans la désunion.

 

Toussaint (1ernovembre)Béatification de Donatien Aldonze Françoise, marquis de Sade.

 

Fête du Christ-RoiCondamner Barabbas. (Un peu de justice, que diable !)


Marc BONETTO

Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 19:46

 

 

Dissonances 21

 

 

Ce numéro a été mis en images par Pauline DUNAND

 

 

 

EDITO  

 

Parés à plonger ? 

        

Funambules, nous sommes : posés à la naissance sur le fil de nos vies, yeux bandés - heureusement - hilares ou tremblants nous poussons nos carcasses au-dessus du néant. Ce vide inévitable grand ouvert sous nos pieds et au-dessus duquel nous chantons et dansons, nous consacrons nos vies à tenter d’oublier qu’il est là et attend - tant sont déjà tombés tombent et tomberont, et nous sommes ainsi faits que même les plus sages ne sont pas trop pressés. Il est partout pourtant, ce vide lancinant qui se rappelle sans cesse, sous mille formes cocasses, tragiques, quotidiennes, à nos esprits inquiets. Alors sans cesse on comble pour ne pas trop penser : on s’active, on s’enivre, on prie, on fait du bruit... par exemple on écrit comme les dix-neuf auteurs qui se penchent ici sur les vides de nos vies, y plongeant crânement - légèrement, gravement - leurs plumes comme on dit… des plumes, c’est cela, et déployer ses ailes, s’élancer, s’envoler... le dominer, ce vide, y échapper un peu car c’est le conjurer que faire face et y aller : l’élastique à la patte - sensations assurées - respirer et sauter : et si vous vous lanciez ?

  

 

Jean-Marc FLAPP

 

 

SOMMAIRE :  

 

Dossier : « le vide »

 

Carnet des antijours (Derek MUNN)

         "Leudi. Quand j'ai quitté l'hôpital le soleil a obliqué, le monde m'a tourné..."

  

...   (Isabelle GROSSE)

         "rien zéro / queue dalle / nada de nada..."

 

Diversion carcérale (Isabelle GUILLOTEAU)

         "Tu as couru essoufflée tes talons écorchés par les pierres pourtant..."

 

Saut de l'ange (Jean-Marc FLAPP)

         "puisqu’il n’y a plus rien étendu sur le dos et les yeux au plafond..."

 

La vida l'ennui (Catherine CHANTILLY)

         "Il adore écouter la musique. Surtout sur l’ordinateur. Il y a des images..."

 

Le quart d'heure syndical (Thomas VINAU)

         "Les petits matins tièdes comme une agonie, à tourner la touillette..."

 

Anaéro'bic (Nicolas VARGAS C.)

         "rienriendutoutnadawaloupaslapeinepaslapeinedallerplusloinvouspouvez..."

 

Mes chers concitoyens (Françoise BIGER)

         "dans le cadre d’un développement pérenne les enjeux sont considérables..."



Noli me tangere (Marina LOUVETTE)

         "Nous sommes une fille sublime. Nous sommes imparfaitement belle..."

 

Alexie (Kaliane UNG)

         "ce n’est pas une histoire / d’amour / non / pas une histoire / peut-être..." 

 

Vidé (Nicolas BRULEBOIS)

            "Après un dernier cri, je me suis affalé sur elle, à bout de forces..."

 

Semper eadem (Véronique DECAIX)

            "Et je me plais à imaginer ce que ce sera après et ce qu’on pourra..." 

 

V   (Philippe JAFFEUX)

            "rnement d’un enVol Vers la périphé  rie d’une ligne pistée ! une épître..."

 

Une chronologie de 7 pensées altérées (Rosa YEMEN)

            "Tel 1 enfant mis sous tutelle l’idée de Cracher Ecumer Râler n’a plus de sens..."

 

Inspiration (Thibault MARTHOURET)

            "Sous la lave de l’instant, la lymphe brute de la perte... "

 

Soleil balsamique (Isabelle MAYAULT)

            "Un rat survit après avoir laissé son sang sur le sol d'une cuisine..."

 

Les poches pleines (Charles SINGHER)

         "L’après-midi toléré / avec la patience de la lumière qui penche..."

  

Une année ici (Alain CONDRIEUX)

         "Comme une carte géographique : on ne peut vraiment s’en servir que si..."

 

L'inépuisable vide d'Antonin Artaud (Pascal GIBOURG)

            "Dans une formule que l'on pourrait trouver banale, Antonin Artaud parle..." 

 

 

Rubriques :

 

Questions à : Abdel Hafed BENOTMAN

 

Regards croisés sur : « Le Park » (Bruce BEGOUT)

 

À suivre : six oeuvres lues et approuvées

 

À lire à voir à ouïr : nos auteurs ont aimé…

 

 

Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 18:08

 

Soleil balsamique 

Un© Pauline Dunand rat survit après avoir laissé son sang sur le sol d'une cuisine. Derrière une rangée de pivoines jaunes et oranges, des gens en costume parlent portugais. Fleurs et costumes égayent un balcon étroit avec vue sur un ciel figé. Les ouvriers sur le toit voisin suivent des yeux, menton vers le haut, rétines à la merci du soleil, des jambes nues qui cherchent à brunir. Deux cents japonais courent dans une rue déserte et effrayent un type qui sort sa poubelle. Jeanne Moreau jeune a déjà les joues qui tombent. Un klaxon parvient jusqu'à la chambre – d'un bateau, d'un camion ? Un chat sourd de l'oreille gauche fait des tours sur lui-même sans comprendre d'où vient le bruit. Elle dit : « Je n'ai plus peur de l'avion quand on est ensemble. S'il arrive quelque chose, nous partirons en paix ». Le jour éclaire la mer, les pins et l'horizon ; tout est bleu, vert et jaune. Des poils poussés trop vite sous une arcade sont arrachés pendant qu'une bouteille de Pommerol attend d'être dépoussiérée et bue. Une cuillère léchée à la va-vite repose sur un bureau bon marché. Des avions passent haut entre les immeubles avec un bruit de moteur sec. Jeanne Moreau roule par terre sous le poids de Mastroianni et crie qu'elle ne l'aime plus. Des carrés de lumière ornent comme des pochoirs les tables du salon, les affiches se décollent lentement des murs. Six mois d'été finissent. Un homme maigre fait s'entrechoquer des tasses de café arabes qui sonnent comme des cymbales. Son râle perce l'air du soir. Un oiseau s'est posé sur un câble électrique, immobile comme une pince à linge, haut sur fond jaune, bien au dessus de la cime des arbres. Une femme en tenue d'intérieur s'appuie avec lourdeur sur la rambarde de son balcon où traînent un balai, une bombonne de gaz et un arrosoir. Carmen Maura fait un gaspacho remarquable. Les voitures qui traversent la rue dans le sens de sa longueur font trembler les immeubles qui la bordent. Le vent porte les voix du muezzin et des pompes à eau jusqu'au large. Aujourd'hui, les ombres sont rares. Entrées de parkings, halls déserts et voitures abandonnées à la poussière jalonnent une rue sans éclairage. La tombée de la nuit est une bonne excuse pour commencer à boire. La nuit les gens sont violents. La lumière d'un néon donnerait à n'importe qui l'envie de frapper sa femme. Des cris franchissent la cloison. Les casseroles volent, une quantité importante de verre est écrasée, mais la ceinture ne claque pas. Ce soir, c'est elle qui n'en peut plus. Ce soir, c'est elle qui aimerait vivre dans un pays où le divorce est légal. Les pépiements des arbres en contrebas imprègnent l'espace comme un mantra. Quelqu'un avait annoncé la fin du monde pour hier. C'est un jour à balancer des valises par la fenêtre. Jeanne Moreau les cheveux mouillés est presque belle. Yeux plissés en quête de jambes se croisant se décroisant sous un tissu léger, les ouvriers font une pause. Leurs pantalons et leurs tee-shirts sont sales. Ton père est riche, ta mère est belle, c'est l'été et vivre est facile.  

 

Isabelle MAYAULT 

 

 

Mercredi 5 octobre 2011 3 05 /10 /Oct /2011 17:24

 

Anaéro'bic  

© Pauline Dunand

rienriendutoutnadawaloupaslapeinepaslapeinedallerplusloinvouspouvezsivousvoulezmais

verrezrienyarienriendutoutduvideouplutôtdubazarpasdespacerienriendutoutpasdairpasde

videpasdespacecetespacequilfautpourrespirerallezvousenvousallezsuffoquervousennuyez

rienàentirersinonrienallezvacommeunamiunfrerenimportequoidumomentqueçaprendraitici

delaplacejevousledisallezvousallezperdrepatiencevotretempsvotreairvotreplacelairdevos

yeuxlairderienetvousdirefinalementilavaitpastortlétaitpassimauvaisaufondvoulaitjustefaire

untrucsurlevideaumilieuduntrucouyennavaitpasalorsvousallezessayerpeutêtrecommeçapour

ycroirepourdefauxpourattendreperdredutempszaviezrienprévudautredeplusinteressantàfaire vousvoulezquoipasserletempsvousconvaincrequevouspouvezquevouspouvezfairequoi finalementallezjetezjetezlépongeyarienrienàvoirallezvousenpartezdégagezputainmaisquoi vouscroyezquoiquejevousmensquejevousmensenplusvousmetraitezmemenacezmettezmon honnêtetéencausemaisçavapasvousvousvoulezquoiménerverquejecraquequejemecasseque

jefassechaisevidedelaplacedelairplutotcrevercestmaplacemonendroitjeloccupelaremplit

commejeveuxetjelaveuxpleinesaturéeovertheblockçaseracommeçapourparlerderienduvide

jesaispassicestpareilmaispourqueçaressemblelesmotsauxchosesquelepipisoitjaunelafumee

blanchelherbeenverttoutpetittoutfinetceteraetceteravousvoyezquoiallezprenezunpeudair

dereculyavaitrienàvoiràfaireàapprendreàtireràentirersicenestlapirouettecacahouettelimage

limpressionlemessagetoutpetitcommelesgrosmotsquilfaudraitquilsoientgrosicilevideilsécrirait

avecpleindepasvideautourcausequesinonçaseraitcompliquéenfaitlevidecestleseulouleplus

ouundesmotslespluscompliquéssitenlevelesymboledesmotsouquetessaiesdepenserautrement

faudrait pasdéconneronvapassarrêterdepenseraprèsjaipasditquecétaitleplussimple

mapropositionmaisonenreviendradelefficace.

 

 Nicolas VARGAS C.

 

Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 14:43

  

 Dissonances 20 

 

Ce numéro a été mis en images par Milady RENOIR 

 

EDITO  

 

Cartographie de(s) maman(s) 

          

Chez le psychanalyste, elles ont tous les torts : surprotection, étouffement, castration symbolique, inceste latent… la liste est longue. Quinze auteurs ont été retenus pour donner à entendre l’écho de leur cri primal et la photographe Milady Renoir nous offre quelques-unes de ses  visions.

 

TA MAMAN VA ADORER

 

(stratégie marketing : parution pour la Fête des Mères)

 

Méfiez-vous tout de même : la mienne (ma maman) déteste Dissonances (« Ceux qui lisent ça sont des pervers »). Peu de sexe ici mais beaucoup trop pour ma maman. Je parle trop de ma maman. Je ne veux pas vous saouler plus longtemps : place aux polytraumatisés, aux rescapés, à la marmaille, aux angles d’attaque surprenants et subtils.

 

Message personnel : Maman, rien pour toi n’est plus excitant que la page décès de Ouest France (et le bulletin paroissial) mais Papa lit Dissonances en cachette à quatre heures du matin (il sait que si tu le surprends dans sa lecture, tu vas lui faire un sketch : « Ta mère va encore m’agonir »).

 

 

Christophe ESNAULT

 

 

SOMMAIRE :  

 

Dossier : « maman »

 

Mammifère (Alban LECUYER)

 

Je veux (Guillaume DECOURT)

 

Billets doux (Dominique PASCAUD)

 

Les mères invisibles (sabine HUYNH)

 

Toi (Gisèle PREVOTEAU)

 

Mamanville (Derek MUNN)

 

Echo(-graphie) (Catherine YSMAL)

 

Mon cul c'est de la porcelaine (Lionel FONDEVILLE)

 

Dolentem cum filio (Lionel-Edouard MARTIN)

 

La malangue (Yannick TORLINI)

 

Victor Newman (Dorothée JUMEAU)

 

Depuis des générations (Les AMANTS GLUANTS)

 

Aurore (Marc BONETTO)

 

La naissance (Philippe DI MARIA)

 

Débordement (Ed ANON)

 

Troisième visite (Sophie ADRIANSEN)

 

L'accord (Eric PESSAN)

 

Blâme funèbre de la mère (Philippe BLONDEAU)

 

 

Rubriques :

 

Questions à : Mathieu RIBOULET

 

Regards croisés sur : « Madman Bovary » (CLARO)

 

A suivre : six oeuvres lues et approuvées

 

À lire à voir à ouïr (nos auteurs ont aimé…)

 

Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 14:42

 

La naissance

 

-- Escape -- ©Milady Renoir

    

…et le sort en est jeté ici ailleurs partout là est-ce toi hier qui apporta l'amour que je n'ai pas saisi à ce moment quand j'essayais de sentir l'éclat d'étoile en toi est‑ce toi ou est-ce l'autre à côté de toi ou est-ce l'autre à côté de l'autre qui est toi que je dois aimer quand j'ai écouté Maman sur tes lèvres rousses de Mars j'ai lu ton cœur silex j'ai écouté ce qu'est l'amour dis-le dis-le moi transmets-le moi injecte-le moi inocule-le moi avec la luciole de ton iris seringue dont j'ai vu briller l’érubescent acier dans la lune de ton regard sélénite parmi les regards des autres regards des autres femmes des autres mères e lucevan le stelle se souvenir de tout pour trouver quand tout a commencé à commencer par ce moment crucial de ma naissance d'où sourd la question de savoir si tu étais déjà là au départ si ton essence suintait en moi dès ce moment précis de ma naissance puis s'est endormi jusqu'à l'étincelle d'hier si c'est ton sourire qui réveilla la semence ensommeillée je veux savoir si l'amour est le siamois dissimulé de l'existence qui attend ainsi que sonne son heure au seuil des sentiments ou est-ce ce silence qui se manifeste sans arrêt et c’est ainsi que les choses sont faites ça y est je suis là tu me dis réveille-toi tête dure cœur assoupi c'est l'heure de battre plus fort plus intensément tandis que je pense est-ce ainsi que l'amour existe en nous là enfoui en nous depuis la source espion qui attend le moment qui est le moment où tu m'as souri hier où j'ai vu la lumière qui annonce la naissance de l'amour qui toujours en moi fut présent ou est-ce autre chose une pièce qui manque à l'édifice de l'existence une pièce distribuée par erreur à une autre personne qui un jour par hasard la rapporte si c'est toi qui a la pièce manquante et qui l'insère là où est sa place et est-ce le morceau perdu que ce sourire hier est-ce lui qui complétera la réalisation de mon être et comment puis-je le savoir si c'est bien toi que j'attends le temps où fut mise la semence qui devait croître jusqu'à ce jour où j’arrive où tu m'as souri où tu m’as nourri de ton sein où tu m'as dis c'est toi que j’attends depuis tout ce temps sans le savoir depuis ta naissance je veux que tu naisses à l'amour hier demain toujours ce jour par mon sourire que ton esprit sente que chaque battement de ton cœur me contienne que chacune de tes respirations soit issue de mon souffle dans chaque mot que tu prononces dans chaque son que tu entends que je sois tout ce que tes yeux voient reflète l'image de mon image que ta première pensée au sortir des rêves soit pour moi en toi toi que je sois ta sève sensible que glissent tes larmes gelées pâles limaces de glace et le soc de tes paroles issus de tes lèvres que je ai embrassées hier quand tu m'as dis sous l'étincelle d'un regard brasier universel où les mots semer s'aimer s'immolent dans l'incendie des sens où tout devient l'amore che move il sole et l'altre stelle et moi j'ai dit non je ne sais pas encore... 

                                                                                                                           

Philippe DI MARIA

 

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