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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 15:14
APPEL A TEXTES n°29

dissonances 29 aura pour thème

"tabou"

et sera mis en images par

lili plasticienne

les propositions de textes

(inédits, format word, max. 9000 signes espaces compris)

sont à envoyer

à

dissonons@yahoo.fr

avant le 31 juillet

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 14:56
DISSONANCES N°28 : AILLEURS (sommaire)

Ce numéro a été mis en images par Laurent NICOLAS

EDITO :

Hors de portée

Ailleurs est beaucoup plus que là où je ne suis pas : mon ici est ailleurs pour tout ce qui n'est pas moi et (selon que c'est le désir ou la peur qui m'inspire) l'herbe serait plus verte ou m'attend le danger. Ailleurs est subjectif, contrariant, compliqué : c'est l'hors de moi total mais juste dans ma tête, c'est où je ne peux être (forcément) qu'en pensée et où je me projette sans jamais m'y retrouver, ce qui ne s'atteint pas parce que c'est par essence, quoi qu'on fasse, à distance : c'est mais on ne touche pas. Ailleurs : hors de portée... Cela n'empêchait pas (nous sommes ainsi faits) d'y aller tout de même (et, comme on le verra, pas seulement en pensée) pour en ramener des mots (comme autant de souvenirs) pas pour le circonscrire (ce serait vanité) mais pour ouvrir des portes par lesquelles sortir et faire l'expérience (sans cesse renouvelée) de l'extase poétique : être un temps - celui de lire - en soi et hors de soi.

Ailleurs donc...

On y va ?

Jean-Marc FLAPP

SOMMAIRE :

DOSSIER : « AILLEURS »

Apesanteur (Anne DE BERGH)

"Depuis des jours, nous cheminions, curieux, acharnés ou distraits, abandonnant à chaque aurore l’abri calfeutré des tentes endormies et la tiédeur accumulée au long d’une nuit bienveillante au creux de nos duvets, nos pas s’enchaînant dans l’étirement d’étroits sentiers escarpés, vertigineux, aux franges de l’abîme, progressant obstinément avec une énergique régularité ou lourds d’une lassitude que nous tentions de nous…"

Kerouac go home (Christophe ESNAULT)

"Je ne traverserai pas la rue, je m’y refuse. Des jeunes pourraient mettre des drogues dans mon Yop. Je n’y tiens pas. Nul besoin de vérifier que je suis bien du bon côté. Cela fait suffisamment longtemps que je suis heureux d’habiter là où je suis et de n’en pas bouger. Qu’on ne m’accuse pas d’un manque de curiosité ou d’une..."

Béranasi (Nicolas LE GOLVAN)

"C’était le premier jour à Vârânasî, ce Bénarès éveillé, pour quelques heures encore Bénarès. Il n’était que dix heures et nous prenions acte de la chaleur assommante comme un gage attendu au jeu du voyage. Pierre faisait l’intrépide, Florence reprenait ses marques, un peu d’élan, voilà, c’était maintenant. Nous..."

Hamlet à Tokyo (Alexis FICHET)

"Samedi 24 janvier. Arrivé fatigué, mais aucun problème dans les zones de jonction. Je crains un séjour éprouvant. Nous avons fait dans l’avion le bilan des représentations françaises avec Jean-Christophe. Il faut que le spectacle s’éprouve, dit-il. Le bus qui nous emmène de l’aéroport au centre de Tokyo ressemble à un..."

(L)Ivre de papier (Guillaume BASQUIN)

"les lettres s’appellent se divisent se multiplient coulent c’est en lisant à voix haute qu’aux tout premiers siècles de notre ère on pénétrait le sens de textes dépourvus eux aussi de ponctuation et même d’intervalles entre les mots je reviens donc vers cette origine mais que le lecteur bienveillant se rassure je n’irai pas jusqu’à..."

Traces (Christophe BARANGER)

"Il y a de l’eau, de l’eau, et ça c’est vrai, et dans ta tête tu boucles, tu boucles, et tu ne fais que boucler sinon il y a du vide, du vide, et ça c’est vrai, mais l’eau, l’eau c’est la seule chose de vrai, que tu boucles, tu boucles contre du vide, le vide il n’y a que ça de vrai, et tu boucles, tu boucles car sinon c’est [ RIEN ], un [ RIEN ] ça c’est vrai, et dans..."

Journal de Quelque Part (JuDi)

"20 octobre. Premier jour en CAP cuisine. J’ai fait des crêpes hier soir. Trop pour moi toute seule. Frappé chez la voisine vers 8 heures, il faisait pas bien jour encore. Elle a entrebâillé sa porte juste assez pour l'assiette de crêpes et dissimuler ou découvrir sa petite mine au réveil. On habite le même bâtiment HLM, on y est pas mal loties, on..."

L'hôtesse de l'air (Justine ARNAL)

"Depuis que je suis hôtesse de l’air je l’ai bien compris / Ce que c’est, la vie, quand ailleurs ne signifie plus rien / Après avoir mangé ailleurs dormi ailleurs été malade ailleurs d’avoir trop bu et trop couché ailleurs / Après avoir rêvé tellement d’ailleurs ailleurs / Dans tant et tant d’hôtels / Avec tant et tant de draps blancs et de..."

Varadero (Samantha BARENDSON)

"Segmentation vacancière. À gauche les pauvres, les Cubains, avec dix kilomètres de plages paradisiaques, sable blanc et fin, mer bleue translucide, quelques baraques de roche et paille, des palmiers, des pélicans en liberté, la pêche et le soleil. À droite les riches, les autres, avec dix kilomètres de plages bétonnées, des hôtels « all-..."

L'ailleurs se vexe (Jean-Marc GOUGEON)

"L’ailleurs se vexe et se renfrogne si l’importun n’y va pas alors qu’on l’y avait formellement invité. / L’ailleurs retrouve la joie de vivre quand enfin il aide la femme battue à faire ses propres cartons moins bleus. / L’ailleurs suppose qu’on serait mal quelque part au lieu d’être bien là-bas. / L’ailleurs brandit le poing fermé sur fond..."

Après le dégoût (Sarah MÉRAND)

"Maintenant que je suis mort, je vois tout. Alors je te regarde. J'ai été là pour te voir grandir avec l'envie profonde, presque originelle, d'être ailleurs. J'ai été le seul témoin de ton monde froid, vide, inhospitalier et mon inquiétude pour toi ne cessait de croître. Je ne suis pas mort en paix et la vigilance douloureuse que j'ai toujours eue à ton égard, est le seul lien que je peux..."

Déracinée (Aurélia GANTIER)

"La dernière image, ce sont des mouchoirs rouges et blancs, qui tournaient au dessus de leur tête comme des hélices. Toutes les couleurs s’envolaient vers le ciel, comme des cerfs-volants, et c’était peut-être bien des cerfs-volants que l’on voyait au fond, tout là-bas, vers le phare du Bouraz. Moi, je ne savais pas que c’était le..."

Pile & Face (Thomas POURCHAYRE)

"Pile / Ailleurs l'herbe est plus verte. Les moutons sont noirs façon limousines, il pleut moins et ils votent mieux façon responsables. Quelle paix propreté aussi. Quelle ingéniosité et pourtant quelle simplicité pour que la poule y retrouve toujours ses petits. On ne lui volera pas un œuf, de toute façon, tout y est très sécurisé. Tout est si parfait que la poule et l'..."

Ce qui existe (Danielle LAMBERT)

"I / Quelquefois c'est là, voile de mémoire danse, scintille, appelle, effleure. Une joie ancienne, comme une idée de joie s'éparpille. Au-dessus des cadeaux, zébrées de feuilles de gel, les vitres étincellent. / Ce que tu étais, tu ne le rejoins plus. / Il neigera un silence épais et sans refuge. Le temps s'en emparera. / Il y aura ce..."

Digression (Émeline CHANU)

"Être ailleurs. la tête à autre chose. choses dans la tête. à l'ouest dans les limbes très loin oui très loin on dit dans la lune on dit perdu dans les nuages aux abonnés absents. / Dans le vague. ce terrain familier. Indéfinissable. / Acuité visuelle momentanément indisponible. impossibilité pour le sujet de faire le point. / Prière de..."

En partance (Catherine BÉDARIDA)

"partir passer par les ailleurs toujours aller respirer ample traverser / le ruban gris d’une route infinie perçant un plateau d’altitude entre des massifs de montagnes mordorées horizon / spacieux sur lequel j’erre verticale seule / un doigt qui boit le thé / un ciel d’hiver à mes pieds / toujours le monde si vaste si grand / je..."

Au point de n'avoir plus d'âge (Annie ROLLAND)

"J'ai grandi dans la certitude que je tenais le monde dans mes mains en scrutant les cartes que les géographes avaient dessinées. Je devais peut-être cette conviction à mon père qui, par ses longs voyages, me contraignait à le suivre en promenant mes yeux sur les planisphères. Et parce qu'il dessinait les cartes marines, je tenais pour..."

L'automne à Brooklyn (François CRAITIN)

"Je pense à tout ce que les télécommunications ont fait de bien et de mal / à mes relations / Je pense à toutes les fois où je me suis dit « mais non, non, / ça ne peut pas finir là à cause d'une panne de portable » / ou d'une erreur d'affranchissement / ou d'une rupture mais de réseau / Je pense à Karine et à cette cassette audio que je..."

En-deçà (Clément DESPAS)

"tu as planté tes griffes, tout ton corps s'est plaqué, tes yeux se sont ouverts sur quelque part très loin (bien au-delà de moi) dont la vision soudaine les a illuminés, ta bouche a fait un oh qui est resté muet, le temps s'est arrêté / et s'est réenclenché mais j'avais pu voir ça : l'extase - ailleurs, le vrai / ça a l'air..."

Littérature de gares (Jacques VINCENT)

"Elle me dit en plaisantant : tu as peur de te sédentariser et je rêvai que je partais en voyage en laissant ma demeure à ciel ouvert. / L'eau des larmes recueillies avec patience se renverse sur un quai. Un haut-parleur annonce : retard prolongé, sans précision de durée. Les dés sont jetés et surgissent les lignes d'un texte si essentiel..."

PORTFOLIO :

IMAGES de Laurent NICOLAS (voir « albums »)

RUBRIQUES :

DISPERSIONAilleurs » et littérature)

"On ne voyage pas pour se garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore , vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu'on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels ." (Nicolas BOUVIER)

DISSECTION (questions à) : Antoine EMAZ

"Écrivez-vous plutôt pour ou contre, dans ou hors, malgré ou à propos de ? Pour les poèmes, plutôt « contre », « dans », « malgré ». Pour la critique, ce serait plutôt « pour », « hors », « à propos de »…"

DISJONCTION (regards croisés) : « Poupée, anale nationale » (Alina REYES)

"Poupée est l’épouse de Primus, le chef d’un parti d’extrême-droite, le Tronc. Rêvant d’être cheftaine « enpolitic » à la place de « Monmari », elle refuse de se plier à ses ordres matrimoniaux. Il est hors de question d’avoir un « polichineldanltiroir » qui l’envahit et l’empêche de « rester peinarde » chez elle à envisager « le..."

DISSIDENCES (coups de cœur de lecture)

« Paula toute seule » (Pascaline MOURIER-CASILE) éd. Maurice Nadeau, 2014

« La Condition pavillonnaire » (Sophie DIVRY) éd. Noir sur Blanc, 2014

« Nuages » (Boris WOLOWIEC) éd. Le Cadran ligné, 2014

« Idiots nos héros » (MOREAU) éd. Théâtre ouvert, 2013

« Erreur 404 » (Xavier CARRAR) éd. Lansman, 2014

« L'Incendie » (A. CHOPLIN / H. MINGARELLI) éd. La Fosse aux Ours, 2015

« Gagneuses » (François ESPERET) éd. Le Temps des Cerises, 2014

« Central Cosmos » (Daniel LABEDAN) éd. La Dragonne, 2009

DISGRESSION (aller voir ailleurs)

Art brut, art policé par Anne MONTEIL-BAUER

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 14:44
Extrait du n° 28 : "Ailleurs" par Christophe ESNAULT

Kerouac go home

Je ne traverserai pas la rue, je m’y refuse. Des jeunes pourraient mettre des drogues dans mon Yop. Je n’y tiens pas. Nul besoin de vérifier que je suis bien du bon côté. Cela fait suffisamment longtemps que je suis heureux d’habiter là où je suis et de n’en pas bouger. Qu’on ne m’accuse pas d’un manque de curiosité ou d’une quelconque fatigue. Du salon à la chambre et de la cuisine à la salle de bains, je marche d’un pas léger dans mes chaussons chromés. À l’occasion, j’entrouvre même une fenêtre et je peux y passer la tête et regarder dehors. Le dehors ne m’attire pas, mais je ne nie pas son existence. On ne se battra pas vous et moi pour cet ailleurs. Libre à vous d’y faire ce que vous voulez et d’y être assassiné si tel est votre désir. J’appuie ma détermination du poids de tout mon corps. Je ne traverserai pas la rue, je ne suis pas un beatnik.

Christophe ESNAULT

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 14:30
Extrait du n° 28 : "Ailleurs" par Jacques VINCENT

Littérature de gares

Elle me dit en plaisantant : tu as peur de te sédentariser et je rêvai que je partais en voyage en laissant ma demeure à ciel ouvert.

L'eau des larmes recueillies avec patience se renverse sur un quai. Un haut-parleur annonce : retard prolongé, sans précision de durée. Les dés sont jetés et surgissent les lignes d'un texte si essentiel qu'il disparaît aussitôt. Dans la salle des pas-perdus le haut-parleur prophétise pendant qu'un horloger oublie l'heure et s'endort sans recoller les morceaux.

Je la regarde s'éloigner en espérant encore mais elle ne se retourne pas et laisse la place à l'écriture.

On dit les ciels de Norvège plus grands encore que ceux de la Porte de Montreuil. Alors que j'entre avec soulagement dans un repli du temps entre Bordeaux et Le Mans, Vladivostok et Los Angeles, Gdansk et Seattle, s'offrent les gîtes d'où je pourrais écrire le livre idéal. J'aurais peut-être dû me raser, me rendre plus convenable, non pour la vidéo-surveillance mais pour me montrer digne des arbres, des océans d'où je viens, de la page qui m'accueille et dont j'ignore tout.

Au cours d'une conversation, quelqu'un déclare ne pas aimer les gens qui tournent indignement autour de leurs désirs, celles et ceux qui évitent les regards de leurs peurs, puis il ajoute en confidence : la question attend à l'intérieur d'une maison qui garde ouvertes les portes de ses chambres pour qu'on s'y réfugie le temps de s'inventer.

L'absence est déjà annoncée sur le quai A où les marronniers commencent à brunir. C'est la fin de l'été. Je note dans mon carnet qu'entre hier et aujourd'hui, il n'y a que l'épaisseur d'une feuille.

Si près d'être ailleurs dans le défilement des lettres des panneaux annonceurs dont la combinaison nous désignera bientôt, fuyons, mon amour, vers ce que nous n'attendons pas! Dans ce train ivre échoué sur la berge d'un fleuve jamais ne retrouverons pareille aubaine. Le courant qui nous enlace a détaché le wagon des rails immobiles et nous entraîne vers nos autres vies.

Dans la gare désertée, mufle collé au butoir d'un quai d'arrivée, une motrice souffle. Comme pour la rassurer j'avance la main sur son flanc chaud. Filant sous des étirements de nuages violets les trains confient les récits de leurs fuites à des passagers ensommeillés.

Plusieurs jours avant un voyage, je parcours distraitement les rayons de ma bibliothèque à la recherche du livre qui satisferait totalement mon désir de lecteur. L'ouvrage ouvert à n'importe quelle page, se lirait dans n'importe quel ordre, chaque lecture éveillant un nouveau sens. Le dialogue des mots ferait paraître une chair. Il y aurait aussi des dessins dont la présence vive serait assez familière pour me rassurer et assez étrange pour tendre mon désir. Je l'espère encore malgré mon âge.

Oh Diable sépare-moi, divise-moi en mille voyageurs répandus sur les quais de destinations jamais affichées, fragmente-moi en milliers de mots ! Derrière ses raideurs, le futur policé ne redoute rien autant que nos avenirs.

L'attente a ses passages secrets, des aussitôt qui ouvrent des ailleurs où l'on ne s'attend pas, les mots, ces intrus, les empruntent parfois pour se délivrer.

Jacques VINCENT

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 21:53

 

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 19:07

 

 

Dissonances 27

 

Ce numéro a été mis en images par Frédérique LOUTZ

 


EDITO: 


Grandes lignes d'une vie sexuelle détonnante

 

Ma mémoire est un peu défaillante mais je crois pouvoir comptabiliser une amante ¼. Mon zizi est gros comme celui d’un nouveau-né, ce qui ne m’empêche pas de me débrouiller. En gardant mon froc, je peux faire décoller une fille très très haut. La langue d'un poète, pour les orgasmes électriques, c’est hyper pertinent. Il y a quinze ans, j’ai ramé transatlantique pour réveiller ma nana au plumard. J’ai essayé toutes les positions du manuel pour finalement laisser tomber l’affaire. Sa chatte me fascinait, mais elle s’emmerdait tellement pendant les coïts qu’elle me laissait juste faire pendant qu’elle regardait Derrick. Dix ans plus tard, je mis un jour un coup de pied dans un buisson et huit nymphomanes en sortirent. J’ai choisi la plus ronde. A l’acmé, son visage devenait celui d’une suppliciée, elle hurlait comme une bête qu’on éviscère et retombait sur le lit comme morte : je flippais à fond, parce que je croyais vraiment qu’elle était morte, sauf qu’à peine sortie du coma où je l’avais plongée avec mon micro-pénis, elle me disait « Encore ! ». Depuis 2005, ma sexualité est en sommeil. Je pensais même que c’en était fini définitivement quand mon ami Flapp m’a dit « C’est ton tour pour l’édito : Orgasmes ! ». Là, j’ai pensé à nos quatre-cents lectrices-lecteurs, à nos vingt-et-un auteurs, je les ai emboîtés dans tous les sens en une partouze démentielle. Plein de combinaisons possibles. La vision était trop belle : j’ai lâché un petit grognement en polluant mon slibard.

 

Christophe ESNAULT

 

 

SOMMAIRE:  

 

DOSSIER : « ORGASMES »

 

Egoïste (Clément DESPAS)

"Ma toute belle se renverse et, m’agrippant aux fesses, elle se fend et m’enfonce, d’un seul coup, jusqu’au bout. J’y ai à peine le temps d’un éblouissement que Tu fais quoi ?elle active : concentrée - les yeux clos - elle reflue, me reprend, me repousse, me retient, m‘aspire de nouveau jusqu’au plus profond d’elle d’où remonte…"

  

L'infixable solennité du jouir (Blandine FAURÉ)

"Je n’ai aucun souvenir de mon premier orgasme. Age, partenaire ou absence de partenaire, lieu, position, affiches scotchées au mur, larmes post-coïtales, forme du sexe ou des doigts… C’est la première fois que j’ai à faire à un tel trou noir dans l’histoire de mes souvenirs, comme si la première jouissance débordait largement la..."

 

Tractus optique(Xavier BONNIN)

 "Homme penché, d’entre les âges, d’entre la terre retournée, tu marches par devers les abîmes, membres croisés puis décroisés. / Glisses le long de la rambarde, manques de t’effondrer, plisses les yeux, puis te redresses et te diriges vers le passage intérieur qui borde le canal, sous l’avenue. / Tu serres entre tes mains..."

 

Something's got to give (LE GOLVAN)

 "On est en avril 62, elle fait un passage pulsionnel à Paris pour fuir ses soucis de contrats, les tournages dramatiques, le procès. Lui traîne son ombre sur les quais. Il est tard, il ne veut pas rentrer. Voulait-il se foutre à l’eau, qui sait ? Et là, un cul vaste comme le monde, un imper clair comme un sac portant en baluchon ce cul total..."

 

Vas-y Jackie ! (Jean-Marc FLAPP)

 "Il est neuf heures pétantes quand Jackie pousse la porte de la salle de sport. Cinq minutes d’échauffement au rameur bien à fond et, quittant son jogging, Jackie nous apparaît en toute majesté, Venus Musculatorau torse colossal auquel est ajusté un micro-débardeur portant mention The One, les jambes et les bras (de taureau..."

 

Par où tu passes (Philippe GUERRY)

 "Tu me parles toujours des mêmes paysages. Un ruisseau qui serpente, qui te chatouille les orteils, puis des ruisseaux, arrivant de partout, qui se concentrent pour faire des vagues, des petites vagues d'abord, qui font frémir tes mollets et font te mordre les lèvres, puis des vagues moyennes – et tu mimes alors de tout ton corps le ..."

 

Le Chant de sa tête contre le mur (Thomas BRAUN)

 "Elle a posé la bouteille de vodka / Et s’est mise à pleurer. / Le salon était triste et encore rempli / Des cris et des larmes des heures passées. / La nuit était là et détériorait tout / La nuit était atroce et n’en finissait plus / Depuis combien de temps si longue / La nuit avait commencé par des cris / Enfermés dans l’appartement, dans le..."

 

Wanking-class hero (WB)

"L'embarras de mon pote quand sa copine découvrit la cassette dans le
magnétoscope / "c'était un jour où tu n'étais pas là" / l'embarras terrible - mais drôle / quand sa copine m'a demandé mon avis / j'ai toujours bouffé du porno / internet c'est avant tout ça / l'annuaire et le porno / le wiki l'open source les geeks
..."



Plic (Véronique CORME)

 "Couloir silencieux. Tomettes. Demi-jour. Femme adossée. Homme à peine appuyé contre elle. Je ne sais pas ce que je fais. Membre dilaté tiré hors de son enveloppe textile. Verge défroquée qui hoquette un orgasme. Foutre tombant sur..."

 

Jouir, tenir (Cédric BONFILS)

 "La nuit se retire/ Ton orage de désir insatisfait/ Et le mystère de cette hargne haine / Réveillé bandant agité de vertiges et cauchemars/ Tes sueurs partout sur l’oreiller la couette/ Les murs peut-être humides à force/ Le corps flou assemblage comme dans le brouillard de pièces détachées/ Combien de fois as-tu cherché..." 

 

Stellaire (Ghislaine LE DIZÈS)

 "Elle avait baisé avant, elle avait fait l’amour avant, elle avait joui avant./ Mais c’est lui qui l’a rendue femme./ Il la dilate si fort, si large, et si profond quand il est en elle. Il provoque l’extase des larmes. Il l’entoure, il la protège. De son buste large il l’enveloppe toute entière. La dilatation qu’elle sent alors autour d’elle est semblable à celle qu’elle ressent à..."

 

L'appel des appels (Virginie HOLAIND)

 "L'orgasme, franchement c'est facile./ Ça crie un peu dans l'entre-jambes, ça se joue appel des appels./ Ben oui, c'est facile./ On craint la lutte, l'échauffement, mais on se brûle./ On s'écoute, on s'affole. Et puis quoi, l'orgasme, c'est le pain du pauvre./ Ça comble les interstices, ça donne de la matière./ C'est le charbon, c'est..." 

 

Anatomies parallèles (Samuel LÉVÊQUE)

 "Dans les rêves d’Aria, elle courait en robe fourreau, sur un gigantesque green, swinguant avec des battes hypertrophiées dans des balles d’or qui s’élevaient en l’air, répandant paillettes et arcs-en-ciel sur son visage, et sur le visage de cette poupée masculine qui lui ressemblait étrangement. Parfois, enfin, elle plongeait dans..."

 

rgsm (Jean-Marc GOUGEON)

 "allez savoir le pourquoi de tant de plaisirs/ ils les ont tant cherchés en eux-mêmes/ jusqu’à ce que la tête se fende/ d’une quête primale/ entre les jambes/ en bordure des plaisirs planifiés/ palpite la peau dès que le cri arrive/ à monter si haut qu’il ne reste plus/ que des lambeaux qui tombent/ sur les yeux gourds/ tout..."

 

Six ans et balançoire (Catherine SERRE)

 "Deux anneaux blancs dans des spirales de fer/ Deux cordes rêches sèches coupantes/ Balançoire au jardin/ Au vent/ Et à la force/ Promesse d'envolée/ Six ans et balançoire/ Toute excitée de prunes/ Et de ciel/ Les caresses du vent/ La jupe se relève/ Et ça siffle aux oreilles/ Et le ciel/ Et les prunes/ Balançoire à..."

 

La Pen à jouir (Arielle LACAZZI)

 "Je revois le mur sur lequel ces mots peints à la hâte, d’une taille démesurée : « Je suis homme avant d’être Français » et la fierté que je concevais d’en comprendre le sens, chaque fois renouvelée, lorsque notre voiture le longeait, tout près des quais de Seine. Par contre, celui qui portait l’inscription « Le Pen à jouir », à la..."

 

Brèche (Charles DESAILLY)

 "Aimer l’haleine de cette ville/ fétide et longue/ les murs aux senteurs d’urine/ toute cette vulve béante/ vomissant des veaux/ aux couilles ordurières./ Les ruines graphiques/ dressent un décor du désastre./ Nos amours sont lavés par l’ennui/ et nous donnons naissance/ à des clones autistes./ Un peu de sperme dans..."

  

Organismes vivants (Sandrine CUZZUCOLI)

 "Or, faire l’amour. Organismes vivants, individus, or dans les corps, corps organisés, menés par les orgues de barbaries qui chantent, chutent les corps mais tendus, bien tendus les gonades enivrées que nous sommes avant l’eau qui coule, avant, l’eau dort, les os ne sont plus qu’un vieux souvenir. Les points titillés la peau..."

  

Sex-teto (Samantha BARENDSON)

 "Fermement ses mains l’enserrent, caressent ses anches libres, pénètrent dans le cuir, se chauffentet se dilatent au gré des tessitures, baisant le bois, les nacres, l’acier ou le laiton. Une fois encore, Astor s’accouple au bandonéon. Et les groupies argentines regardent son soufflet grandir et s’allonger, revenir et diminuer, enfler pour..."

  

A corps perdus (Tristan FELIX)

 "- Hors ma vue, résidu de culbute! Pas d’histoires entre nous. La mort n’en a pas. Tu tripotes encore la vie, avec tes gants de vierge moite. Essaie-les en peau de verge retournée, tu pâliras. Il ne faut avoir d’yeux qu’en face des trous mais toi, tu ne l’as même pas creusé ton trou. Tu en es à racler ta première couche. Disparais de..."

  

Des chiots baveux (Thomas ROUSSOT)

 "Il prépare sa pipe à défonce, les canettes s'entassent, l'ivresse le couche à l'horizontale, rêve de pénétrations taxées. Préviens-la quand tu vas jouir, il sent que ça vient, elle avale tout, il stoppe sa remembrance./ Quoi de neuf ? Rien. Alors casser l'aquarium, le téléviseur, les nouvelles du monde. Une fille étale sa coke sur..."

 

 

PORTFOLIO :

 

IMAGES de Frédérique LOUTZ(voir « albums »)

 

 

RUBRIQUES :

 

DISPERSION (« Orgasmes »et littérature)

"Nous nous allongeons ensemble et faisons l’amour, doucement, tendrement, nous nageons en plein amour, et pour la première fois, l’orgasme m’envahit par surprise, sans que j’y pense, presque paisiblement, comme une aube qui se lève lentement, un lent épanouissement né de l’abandon, de la décontraction, né du non-être." (Anaïs NIN)

 

DISSECTION (questions à) : Ivar CH'VAVAR

"Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ? En réalité je n’écris jamais, presque jamais. Je n’ai rien écrit depuis plus de deux ans. Il se trouve donc que cette question n’a pas grand sens pour moi" 

 

DISJONCTION (regards croisés sur) : « BRÉVIAIRE DU CHAOS »(Albert CARACO)

"« J'élève un chant de mort et je salue le chaos montant de l'abîme et la terreur antique revenue du fond des âges ! » De fait : les cent-vingt textes d'une page qui constituent l'ensemble du Bréviaire du chaossont un sommet inouï de poésie barbare tendance Fin des temps en même temps qu'autant..." 

 

DISSIDENCES (coups de cœur de lecture)

« LES JALOUSIES » (Diane BRASSEUR) - éd. Allary, 2014

« AUJOURD'HUI L'ABÎME » (Jérôme BACCELLI) - éd. Le Nouvel Attila, 2014

« GROSSES JOIES » (Jean CAGNARD) - éd. Gaïa, 2014

« PIERRES QUE LA MER A CONSUMÉES » (Laurent CENNAMO) - éd. Samizdat, 2013

« FRÉDÉRICK » (Thierry CLAIR-VICTOR) éd. De Soledade, 2013

« EN FIN DE DROITS » (Yvon Le MEN) - éd. Bruno Doucey, 2014

« CORDEL CHEMINOT » (Fred SOCHARD) - éd. Les Arêtes, 2012

« ARISKO PALACE » (Ritta BADDOURA) - éd. Plaine Page, 2013

 

DISGRESSION (aller voir ailleurs)

Judith SCOTT par Anne MONTEIL-BAUER

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 19:03

 

Egoïste

 

LA043 nb

 

Ma toute belle se renverse et, m’agrippant aux fesses, elle se fend et m’enfonce, d’un seul coup, jusqu’au bout. J’y ai à peine le temps d’un éblouissement que Tu fais quoi ? elle active : concentrée - les yeux clos - elle reflue, me reprend, me repousse, me retient, m‘aspire de nouveau jusqu’au plus profond d’elle d’où remonte cerâleque je ne connais que trop et je me dis que peut-être… mais c’est trop tard déjà : son désir est la loi et ne me reste plus qu’à contrôler le mien (pas venir avant elle ou j’imagine même pas) puis assumer après. J’entre donc dans sa danse, m’insinue dans son rythme, y colle, le soutiens, l’amplifie, m’y soustrais (et elle passe alors du râleau grognement, une partie de moi criant Arrête là ! mais le peu de raison qui me restait encore vient de s’évaporer) : je la laisse m’emporter où ma vision se brouille et je sens que je viens alors je la retiens, la maintiens, la regarde, pose les mains sur son ventre qui est dur et palpite et là elle se redresse, me saisit aux épaules, nous bascule et s’empale, s’installant fermement pour le bouquet final, passant du grognementau oui oui oui oui oui ouialors que doucement (je la soulève un peu : elle ruisselle déjà) puis plus fort puis plus fort (la soulevant encore : elle m’inonde le ventre, elle détrempe les draps) ventouse à mon pubis (OUI OUI OUI OUI OUI OUI) elle frotte son bouton (le lit appareillant vers la salle de bains dans un clapotement) et galopant sur moi (à cru : en walkyrie) les yeux écarquillés sur un regard dément elle pilonne elle pilonne, elle s’énerve, elle s’acharne, elle se met à gronder(je m’agrippe à ses hanches) et soudain elle y est : elle se plie se déplie, expire, inspire, se tend, se cambre infiniment… et bouche ouverte immense libère l’Ultrason : le miroir de l’armoire l’ampoule de la lampe et la fenêtre explosent, d’autres fenêtres dehors puis crissements de pneus et froissements de tôle, une explosion, une autre, un grand crépitement et la panne générale plonge la ville dans le noir… Etrangère à tout ça, ma folle foudroyée s’abat alors sur moi. Je l’écoute haleter tout près de mon oreille avec autour de nous des hurlements de chiens, des sirènes de pompiers. Je me demande où elle est. Ce qui l’a traversée. Je trouve que tout de même… Je chuchote Bon sang, t’es vraiment obligée ?Elle me répond même pas (peut-être elle dort déjà).

 

       Clément DESPAS


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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 18:48

 

   Stellaire

 

 © Frédérique Loutz

 

Elle avait baisé avant, elle avait fait l’amour avant, elle avait joui avant.

Mais c’est lui qui l’a rendue femme.

Il la dilate si fort, si large, et si profond quand il est en elle. Il provoque l’extase des larmes. Il l’entoure, il la protège. De son buste large il l’enveloppe toute entière. La dilatation qu’elle sent alors autour d’elle est semblable à celle qu’elle ressent à l’intérieur. Elle n’est plus rien. Elle est tout. Pistil. Corolle. Coquelicot de moire à la fragilité extrême qu’aucune montagne pourtant ne griffe ou n’effleure.

Cet homme lui a retiré la peur, il a déraciné sa peur. Sa peur profonde, viscérale, qui tient aux fibres de la chair aussi solidement, sournoisement que des crocs de chiendent, elle ne l’a plus. Retirée. Expurgée.

Pour la première fois de sa vie elle a confiance. Parce qu’elle a confiance, elle s’est livrée à lui tout entière, jusqu’à l’extase des larmes.

En se plantant en elle, il lui a donné une racine d’ivoire.

Elle a envie de prendre sa tête large et osseuse dans ses mains ; à pleine poignée de cheveux drus.

Tandis qu’il s’enfonce profondément dans son ventre, par la force de son rêve de femme, elle le caresse et le déguste de la chaleur gourmande de sa bouche.

Elle crie presque jusqu’aux étoiles. Le vit qui source dans son ventre remonte le long de son corps, la transperce toute entière. Une immense quiétude l’envahit, ses joues sont inondées du miroir qui se déverse depuis l’émoi intérieur. Des perles saillies de ses yeux roulent sur son visage.

Elle se sent unifiée. C’est plus qu’un orgasme physique. C’est une réconciliation et une résurrection. Il est en elle, mais c’est elle qui se fond en lui. Elle s’immerge dans les cellules de son amant. Ils sont devenus liquides, deux vasques unies flottent sur une terre d’asile.

Elle l’aime à en crever et à en vivre, à en devenir éternelle, parce qu’il possède ces paillettes de corail blanc, ces faisceaux de laitance, de semences, qu’il lui déverse au fond du ventre à chaque fois qu’il lui fait l’amour.

Une des semences creusée si profond, bellement dilatée, éclaboussée de lumière, prend germe. Son cœur bat. Elle se sent emplie d’une joie très humaine et suffocante. Elle n’y croyait plus depuis des millénaires.

Lorsqu’il la prend, une substance pulvérulenteblanche éclate au fond de son ventre.

Tandis qu’il bouge en elle, elle rêve de foin, de bottes de paille. Un homme jeune y prend une jeune fille. C’était il y a longtemps, et ils faisaient l’amour dans les herbes jaunes.

Quand Mars éclate en elle, elle devient une mer. Une écume.

Une supernova blanche explose au fond de son ventre, dans son utérus, et se met à l’emplir tout entière.

La supernova a des bras, des ailes, des cils. Elle se distille à l’intérieur d’elle comme un nuage de lait ou de farine.

Elle serre l’homme contre sa peau. Elle serre l’homme qui la comble de sa chair. De sa chair rouge qui bouge en elle. De sa chair blanche qui est autour d’elle. Elle hurle jusqu’aux étoiles. Elle n’a jamais joui aussi fort.

 

        Ghislaine LE DIZÈS


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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 15:35

 

 

Dissonances 26Ce numéro a été mis en images par Elena VIEILLARD

 

 

EDITO: 

 

Paradoxe animal

 

On les aime, on les mange, ils nous fascinent, nous effraient, et à mesure que s’accroit la distance entre notre univers bétonné et leur milieu naturel, nous les découvrons toujours plus proches de nous. Quoi de plus paradoxal que notre rapport à l’animal ? La frontière qui nous en sépare semble si ténue qu’on se demande si elle subsiste vraiment. Cette frontière pourtant existe, la parole l’érige et la transgresse dans un même mouvement, exprime notre empathie pour la créature blessée, fait surgir la bête humaine que nous portons tous mais signale, par là-même, une différence indépassable. On aura beau faire, le regard porté sur l’animal sera toujours un regard humain. Alors, à quoi ressemble-t-il cet humanimal que le langage exile de son royaume ? Vingt et un auteurs, toutes espèces confondues, cherchent à le débusquer pour surprendre sa douce férocité, sa familière étrangeté, son incompréhensible évidence. Drôle d’oiseau, donc, que ce 26èmenuméro de Dissonances qui, pour sa parade printanière, s’offre une nouvelle maquette, s’enrichit de 8 pages et de deux rubriques. Puisse le lecteur trouver son chemin, et son bonheur, dans cette jungle d’images et de mots.

 

Côme FREDAIGUE

 

 

SOMMAIRE:  

 

DOSSIER : « ANIMAL(S) »

 

De tout homme (Corinne LOVERA VITALI)

"Au début de leur correspondance et pendant un certain temps Virginia qui s’appelait encore Stephens avant de nommer leur couple les Loups quand elle écrivait à Leonard orthographiait son nom en Wolf. J’ai recommencé à lire Virginia hier soir juste après avoir décidé que j’allais adopter un chat. Elle est encore très..."

  

La plus belle chose au monde (Laura VAZQUEZ)

"La plus belle des choses qui soit du monde et de moi-même, la plus belle des choses qui soit, je peux dire que c’est l’animal, l’animal est la plus belle des choses qui soit du monde et de moi-même, il est la plus belle des choses qui soit parce que je le regarde et parce que je vois qu’il est la plus belle des choses qui...."

 

Lol's cats (Emma MOULIN-DESVERGNES)

 "On m’appelle Lol toute entière, Anima et Persona, la Psyché et le Corps qui la représente. Je me deuxest le verbe manquant pour dire Je suis au plus près du vrai, au ras du vrai. Le rat du réel, parlons-en, qui grignote l’image. Pour lui faire la peau, j’ai engagé deux chats - Phantasmo et Amnesia - mais le rat est un..."

 

Une petite messe de vide (Samuel DUDOUIT)

 "Sur le mur qui s’effrite, des petits chevaux couleur rouille s’enfuient dans la mousse. Nos forces à nous s’essoufflent un peu. Mourir debout, disait la lettre, mais c’était avant l’averse. Merci d’attendre en salle d’attente, derrière le brouillard. Merci d’attendre encore. On est sur une ligne de front. Les petits chevaux nous..."

 

Cabinet de monstruosités lexicales (Sophie SAULNIER)

 "Tu le sais, Soraya Suturlnier, le problème a toujours été le S. Le S du pluriel, exception ou pas exception et pourquoi on devrait le mettre et pourquoi on ne devrait pas le mettre. Le problème c’est le pluriel et sa logique et l’orthographe française et ce qu’on apprend et ce qu’on n’apprend pas, et la mémoire des listes, et..."

 

La Ferme des Animal(s) (Henrik YOUTH)

 "Onparlait pour 2012 deFinduMonde, et plus raisonnablementdeChangementd’Ère. Laprécédenteauravul’avènementdelEnfantJésus, etavecluiladernièredes Sectes duSoleildevenuereligion. Onadmettraquecettenouvelleentitéadministrales 2000dernières pages denotrehistoire.Sociétés patriarcales..."

 

La grande profondeur (Aliénor DEBROCQ)

 "Un singe ou un ours ? Elle le regarde depuis un moment et elle se demande : un singe ou un ours ? Ou bien peut-être un gros chien, tout simplement ? Un gros chien sans queue ? Où est ta queue, gros chien ? Où donc est ta queue ? Ce serait une jolie entrée en matière, ça, certainement, de lui parler de sa queue. Son absence de..."

 

Le loup (Jacques SICARD)

"Missouri, sud-ouest, plateau de l’Ozark. Un bois - plutôt, un ossuaire de chênes et de noyers - hauts épouvantails de calcaire ligneux et tendre que le vent glacial balance au-dessus de l’écureuil - confondu avec l’écorce grise dont il est, alternant le vif et le mort, la griffe rétractile. Une maison - aux airs de..."



Manimal (Grégory NOIROT)

 "L'animalcule que voilà, comme un pan qui s'ouvre en toi, et tu tentes d'esquiver l'attaque. « Yse, Yse. »Tu t'enfonces dans ce fauteuil en skaï qui autrefois accueillait les sévices, et regroupes tes souvenirs. La Maison. Vieux. Vieille. Les invités. Aux murs du salon, tu revois les aquarelles que Vieille peignait entre deux..."

 

L'incision du mauvais jouir (Tristan FELIX)

 "Baleineau d’un petit jour, largué de mère écrabouillée, par un très beau bateau broyeur. Tu laisses une mante écarlate dans l’eau, ton premier fichu de mort. Tu as quarante-huit heures pour t’en retourner aux débris de la mer, le temps d'épuiser ta toute mince graisse, parce que du lait tu n’as qu’un..." 

 

L'Animal (Jean-Philippe CAZIER)

 "une ombre, l’animal meurt, innombrable, et meurt, sans territoire dans le monde, les plantes, les animaux, regardent le monde, les yeux des vallées, des flammes, la cendre et la mer regardent, le monde doué de vie, l’éternité de leurs yeux bleus : création inconnue, envahie d’eau marine (autre chose que l’homme se..."

 

Comme des chiens (Guillaume SIAUDEAU)

 "Nous sommes les cabots du monde, l'éternité nous tient en laisse. Chaque jour apporte sa ration de roustes et de croquettes. Une nuit sur deux nous brosse dans le sens du poil. Nous sommes pleins de puces, pleins de petites déceptions qui vont et viennent entre nos vies. Nous suivons les mêmes pistes, flairons les..." 

 

Courants animaux (Philippe JAFFEUX)

 "Une inversion alimenta son intelligence lorsqu’il mangea un animal au lieu d’une bête. / Il prit le nom d’un chien oublié pour se souvenir qu'il était aussi un animal domestiqué./ Il vivait seulement au présent afin que son avenir devienne celui d’un animal disparu./ Notre origine est animale parce que nous sommes les..."

 

L'Alchimère (Yve BRESSANDE)

 "/ je souffle je souffre je je je qui est un deux trois je m'en va au bois petit bois derrière chez qui qui lui baisse ta culotte et baise-moi je m’essouffle la bête est là qui a peur du grand méchant loup pas moi pas moi pas moi qui aboie le soir à la lisière du bois féroces rhinocéros chromés paumés je suis tout à la fois bras en..."

 

La préparation du fugu (Stéphane BERNARD)

 "une sorte de chirurgie pour poisson dans une recette japonaise / a décidé pour moi le modus operandi. / j’écorne donc cette page sur le fugu d’une main qui s’apprête. /

personne dans mes plis ne m’a goûté, / que moi, car j’y prends garde. / c’estpourquoi je m’attèle à la tâche d’une langue, / pour vous, / à l’apprentissage d’un... "

 

Cigale (Jean-Jacques MARIMBERT)

 "Macadam en feu / ciel invisible gouffre/ craquelé faïence/ pâle de ses yeux/ à l'ombre d'un pin/ air par l'oubli dilaté/ de l'eau clapote/ à l'horizon déchirée/ tendue vers l'ailleurs/ qu'en ses élytres/ invoque inlassable/ violon des écorces/ brûlantes et sombres/ la cigale vieil or/ immobile dans/ l'attente du rien/ jamais ne..."

 

Faux-filet (Isabelle MARTIN)

 "À droite, rien. À gauche, rien. Lui, seul. Son ventre n’aspire qu’un seul fumet et cette maison respire l’absence. Vite, il lui faut se hâter, se faufiler par la porte entrouverte et onduler en rasant les murs bleus lavande du couloir, veinule qui débouche, là, sur des dalles rouges. Attention, quelqu’un. Des..."

  

Déclaration (Alban ORSINI)

 "Il me dit être orthodontiste des âmes et précise : "Je remets les idées droites, plus alignées" puis il sourit : ses dents ne sont pas belles. Elles sont tachées et certaines se chevauchent. Nous mangeons des homards dans un petit restaurant du Quartier Latin : dans un aquarium très grand se traînent lamentablement..."

  

Mouches (Michaël GLÜCK)

 "A bien fallu que la mouche précédât, et de beaucoup, l'apparition du bipède humain; a bien fallu qu'elle vînt taquiner mers, rivières, étangs, lacs et ruisseaux pour que, (via oui, mais non, via, saleté de mouche en voilà une autre qui distrait l'organisation de la phrase, le sens et la syntaxe), ce qui fut comme..."

  

Le bestiaire (Guillaume DECOURT)

 "Tu seras ma guenon ma femme primitive

Et tu m’initieras aux rites des gibbons

Agitant sous mon nez ton cul rose bonbon

Aux rythmes saccadés de vos danses lascives..."

  

Coq à l'âne pur porc (Françoise BIGER)

 "Maintenant, il faudrait vraiment un SANGLIER ! Il faudrait comme une hallucination qu’un SANGLIER ! Impromptu, monstrueux, menaçant, sauvage, qu’un SANGLIER ! Surgisse, dévoile soudainement sa tête volumineuse prolongée d’un groin armé des canines hyper et appelées grès en haut, défenses en bas, ces..."

 

 

PORTFOLIO :

 

IMAGES d'Elena VIEILLARD (voir « albums »)

 

 

RUBRIQUES :

 

DISPERSION (« Animal(s) » et littérature)

« Aveugles, ne pissez pas sur le ver luisant ; seul entre tous il se hâte. »

René CHAR, Aromates chasseurs

 

DISSECTION (questions à) : Édith AZAM

"Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ? Lorsque je n’écris, je poubelle mes brouillons, ou dessine dessus, pars promener dans les bois, lis, cuisine,écris des mots de droite à gauche, rêve de partir loin, bien loin, d’avoir un jardin, etc…" 

 

DISJONCTION (regards croisés sur) : « SUICIDE » (Édouard LEVÉ)

"Tu as écrit Suicideet puistu t'es pendu : comment le lire, ce livre, sans y chercher des clés ? En te donnant la mort, tu en as fait autre chose que de la littérature : ton écriture sèche, sans affect, émaciée (« Tu avais moins envie de mourir la nuit que le jour et le matin que l'après-midi. »), elle mène à ta mort mais elle..." 

 

DISSIDENCES (coups de cœur de lecture)

« KRACH » (Philippe MALONE) - éd. Quartett, 2013

« CHÂTEAU-ROUGE HÔTEL » (Renaud BUREL) - éd. Allia, 2013

« LE VOYAGE D'ORSANTONE » (Paul DALMAS-ALFONSI) - éd. Elytis, 2013

« ET JE ME SUIS CACHÉ » (G. LACHASSAGNE) - éd. Aux Forges de Vulcain, 2012

« VINGT-SIXIEME ÉTAGE » (Alain BRON) - éd. In Octavo, 2013

« VINGT SONNETS À MARIE STUART » (Joseph BRODSKY) - éd. Les Doigts dans la prose, 2013

« DE L'IMAGE » (Laurent ALBARRACIN) - éd. de l'Attente, 2007

« MUGELIERES » (Moncef GHACHEM) - éd. Apogée, 2013

 

DISGRESSION (aller voir ailleurs)

Le CINÉMA de Jacques SICARD

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 15:30

 

La préparation du fugu 

 

la Ville brule 2 editionune sorte de chirurgie pour poisson dans une recette japonaise

a décidé pour moi le modus operandi.

j’écorne donc cette page sur le fugu d’une main qui s’apprête.

 

personne dans mes plis ne m’a goûté,

que moi, car j’y prends garde.

c’est pourquoi je m’attèle à la tâche d’une langue,

 

pour vous,

 

à l’apprentissage d’un art de me bonifier

par la séparation, dans le viscère,

du poison de la nacre des chairs,

 

à tenter l’ablation de ce quoi

qui infecterait quoi que ce soit qu’il toucherait.

 

et qui pourtant intouché je respire.

 

je me prépare. je suis des yeux. je tranche.

dans le vif et le moins vif et le mort.

 

je me taille.

je suis.

 

d’autres ont pour eux la biographie du saumon,

qui meurt d’avoir engendré au lieu qui l’a vu naître,

de retour après un long et saumâtre voyage d’instinct comme unique instant.

 

mais moi non. moi j’ai cette page faite sur un métier de bouche,

journal vieux, linceul, où se jettent l’abat, l’humeur d’un poisson venimeux.

 

      Stéphane BERNARD


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