RECHERCHER

LECTURES

Lectures enregistrées et mises en musique de textes publiés dans Dissonances :

 

- le redoublement de la 19ème (anne monteil-bauer) / dissonances 23

 

 

 

DISSIDENCES (CHRONIQUES COUPS DE COEUR)

 

pr-ose.jpg

 

PR'OSE

(Onuma NEMON)

éd. Urdla - 2012

206 pages

20 euros

 

Le sens a-t-il vocation à déserter la littérature ? Onuma Nemon, écrivain sans nom, illustre en l'interrogeant le nom sens dans l'espace texte de la littérature enfin réduite au mot-seconde, au souffle que sa matière déplace, à sa dissolution sportive dans le mouvement sonore d'un texte, par accélération et saturation : « Ces Voix prennent en écharpe l'Histoire des Peuples et des Arts ce qui permet littéralement de les déporter, d'ouvrir l'anecdote en la brisant, d'élargir au plus vaste le propos. »Confrontée à la vitesse, la littérature se déroute du sens tracé, dégonde la phrase de son axe sémantique, pour se jeter dans un hors-champ cosmique : alluvions culturelles, remblai de l'Histoire et lambeaux d'humanité recréent une sorte de phénoménologie de la perception. Élaborées à partir des années 69 comme un Chant Général, ces pr'Oses prennent de vitesse le sens et imposent au lecteur une obturation lente (entendez : une lecture attentive). La littérature devient accident de la circulation d'un sens indéfiniment ajourné, avec « persistance d'un morceau d'histoire dans sa mâchoire(…) “J'ouis ! J'ouis ! crie-t-elle, une fois l'oreille nettoyée.” Les deux mains jointes, la boule, Marie (Revoir les dates de l'esprit). »  

 

David MARSAC

 

* * * * * * *


mon-cri-001.jpg

 

 

MON CRI DE TARZAN

(Derek MUNN)

éd. Léo Scheer - 2012

126 pages

17 euros

 

Etrange et puissant livre que Mon cri de Tarzan : son personnage central, où qu'il soit, quoi qu'il fasse, flotte au milieu de nulle part et c'est là, en Afrique - mais presque par hasard et sans que cela soit plus que ça signifiant - qu'il se fait déposer pour y tourner tout seul un « petit film indépendant, pour ne pas dire marginal, fait avec rien, racontant encore moins et vraisemblablement destiné à rester invisible » car sans autre projet que peut-être trouver du sens si tant est qu'il y en ait, et puis du sens à quoi ? Paradoxalement, c'est vraiment passionnant : quarante-deux textes courts et non chronologiques font une narration comme une introspection où la pensée s'égare sans y perdre son fil, avant pendant après se percutant en tant que présents autonomes dans le réseau desquels se constituent une œuvre (le film comme le livre) et une de ces crises où la vie accélère puis dérape et bascule, changeant de direction. Il est question ici de création bien sûr, mais plus encore sans doute de rapport au réel, de relation à l'autre et de dépossession. Avec une acuité et une concision des plus impressionnants.

 

Jean-Marc FLAPP 

 

* * * * * * *

 

le-jour.jpg

 

 

LE JOUR

(Jean MINIAC)

éd.Bleu d’Encre- 2012

54 pages

5 euros

 

« Lorsque j’ai appris qu’il manquait un poil à son paillasson, / J’ai vite couru rue de Rivoli pour le remettre en place. » L’homme au paillasson est l’un de ces poèmes sobrement stupéfiants qui créent sur le champ un lecteur humble, attentif, d’une maniaquerie iconoclaste en ces temps de lecture au coupe-coupe. Ici, le poète, dans la gaine précieuse de sa langue, plie et déplie une matière souple, au point que chaque poème redevient un autre lorsqu’on y cherche une évidence. N’est-ce un peu cela, l’acte poétique, que de couler au moment où une main vous tire des abysses ? « on compte trois corps sur lesquels on peut compter – peut-être moins, et lorsqu’ils sont salés et blanchis à leur tour, / Alors les yeux se tournent vers l’étendue pétrifiante – mais si douce. » Le poème inaugural accule au pied des falaises, interrogeant la possibilité du poème dans la vie. Oui, à condition de s’en envelopper pour faire corps avec lui, se dissoudre en son eau trouble. Certains savent faire cela. Dialogues illuminés, méditations, images saintes et saynètes se côtoient dans les ruelles d’un village mental où l’on fait halte, « la mie de pain de l’âme, pilée entre les doigts ».

 

Tristan FELIX

 

* * * * * * *


la-trame.jpg

 

LA TRAME DES JOURS

(Lambert SCHLECHTER)

éd. desVanneaux - 2010

228 pages

18 euros

 

« Je suis allé inspecter du plus près les recoins du plaisir, et jusqu'au plus secret de la nudité, du bout des doigts, du plat de ma langue, du plein de mes yeux, du plus précis de mon regard, du plus raide de ma queue, du plus chaud de mon sperme. » Fragments érotiques (le diariste vit une belle histoire d’amour (on n’en doute pas)) dans ce journal non daté. L’auteur aime les arts (sans oublier la musique). Nous offre des notes de lectures, des citations, évoque son travail d’écriture, l’actualité (littéraire ou pas), nous donne à lire aussi quelques rares poèmes… « Un quatrain à Ménilmontant / La malamante est partie / Sur la paroi de la baignoire / Je recueille deux jolis poils / De son incolore toison. » J’y ai retrouvé aussi des noms d’auteurs que j’affectionne tout particulièrement : Imre Kertèsz, Thomas Bernhard, Pascal Quignard… « Taper sur les cuisses de quelqu’un (de joie) lorsqu’on remarque qu’il réagit au nom de Tzara. » L’écriture est bien là, elle a créé pour moi une si vive addiction que je vais très vite découvrir d’autres livres (parmi une quinzaine publiés) du poète.

 

Christophe ESNAULT

 

* * * * * * *

 

journal.jpg

 

 

JOURNAL D’OVAINE

(Tristan FELIX)

éd. Atelier de l’Agneau

32 pages

10 euros

 

Dans le monde des revues de création littéraire, Tristan Felix est une incontournable tant le petit univers qu’elle crée sous sa plume est délicat de poésie. Son Journal d’Ovaine est en quelque sorte la suite de l’expérimentation qu’elle avait initiée avec Ovaine aux éditions Hermaphrodite en 2009. S’égrenant à la façon d’un journal dans lequel les jours portent des noms aussi étranges et mystérieux que « châdi », « maidi », « gardi », « infidi », les poèmes qui le composent s’écoulent comme autant de petites gourmandises à déguster sans retenue. Débutant dans l’enchantement nostalgique d’une campagne sereine, tout peu à peu se délitera et la noirceur prendra le dessus, submergeant Ovaine et son journal d’une sombre présence faite de chauve-souris et de chiens inquiétants. A noter que Tristan Felix est également et entre autres clown et dessinatrice : un magnifique dessin à la plume et à l’encre de chine illustre d’ailleurs cet ouvrage à découvrir.

 

Alban ORSINI


* * * * * * *

 

 

 

cette porte

 

CETTE PORTE QUI BAT

(Didier JOURDREN)

éd. La Part commune - 2012

179 pages

16 euros

 

Dans Cette porte qui bat résonne l’échec annoncé du discours, et l’irrépressible nécessité pour le narrateur de traduire ce qu’il a vu un jour dans un verger, au moment où la lumière allait bientôt disparaître. Il l’énonce d’ailleurs très bien, le récit entier pourrait tenir en une phrase seule, et il n’en resterait alors rien, rien que la dimension exacte de quelques mots mis côte à côte. Didier Jourdren construit patiemment l’épaisseur du temps qu’il faut pour s’assurer de la réalité d’un instant et de l’émotion qu’il contient : « Même si j’en ai nommé tous les éléments[…] le plus subtil de ce qui m’a touché risque de demeurer hors de prise. » Dès lors, il lui faudra y revenir sans cesse, dans cette lumière de fin d’après-midi, et reformuler inlassablement le lieu, les arbres, la valeur de la clarté, avec le risque de ne jamais pouvoir habiter totalement la mémoire du moment. Ce qui se joue là, en définitive, c’est une réflexion sur la rêverie et la matière qu’elle engendre, où la perception des objets confine à une forme de croyance, d’intuition qui nous échappe.

 

Alban LÉCUYER

 


* * * * * * *

 

 

9782917486191FS.gif  

 

ECCHYMOSE  

(Anne MONTEIL-BAUER)

éd. À plus d’un titre- 2010

210 pages

16 €


 

Deux femmes se font face. L’une raconte, l’autre écrit. D’un côté la brutalité des faits, de l’autre les mots choisis pour dire la tête contre le radiateur, le viol sur le capot rouge, les coups, la peur, les voisins qui écoutent. L’une est écrivain public, l’autre femme battue. La seconde s’appelle Jeanne, la première Laura. « Les chiffres ont des prénoms. » On avait cru la littérature impuissante face à la mort d’un enfant (Sartre), dont il sera aussi question. Le livre d’Anne Monteil-Bauer montre au contraire qu’il est possible, à condition de brouiller les genres et les ressorts du récit, de passer d’un témoignage à un texte littéraire. À la fois roman, témoignage et poésie, Ecchymose dresse le bilan clinique d’une réconciliation possible entre la vie et la littérature à même de dire, dans une langue puissante et juste, la répétition lancinante des coups, la banalité des insultes ou les douleurs invisibles. La force de ce livre tient dans le fait qu’il tresse plusieurs fils narratifs et propose à la fin, dans un tissage subtil, le récit et son élaboration, la chose et les tâtonnements qui la disent. Les faits devenus texte et livre offrent alors au lecteur la promesse tenue d’une réparation.

 

David MARSAC


* * * * * * *

 

full_lp001.jpg

LA PRÉSENCE

 (PierreJOURDE)

éd.Les Allusifs

87 pages

11 euros

 

C’est une histoire de la transmission. Des objets, des disparitions, des noms ; de quelques manques aussi, et de tout ce qu’on doit y mettre pour les remplir un peu. La Présence explore le territoire du dedans, du profond, à partir d’une chambre à coucher qui ressuscite les sommeils intranquilles de l’auteur. Nous revient la mémoire de nos premières insomnies, de la présence indistincte d’un autre à l’intérieur de nous ou d’un masque outrancier dans l’encadrement de la porte. On cesse alors de visiter un lieu pour s’enfoncer à la verticale précise des peurs et des mondes jamais déconstruits de l’enfance. En attestent les traces de pas qui nous accompagnent, avec un peu de la terre de nos origines qui colle aux semelles et salope les surfaces trop lisses de nos achèvements adultes. Jusqu’à la fin on se risquera au-delà de toute représentation, là où l’on voit « les choses telles qu’elles sont lorsque nous n’y sommes plus ». Là où l’on ne croyait pas qu’un jour les mots suffiraient à contenir l’immensité absurde et collective des jours à venir.

 

Alban LÉCUYER

 
* * * * * * *

 

larrons-conv.jpg

 

LARRONS 

(François ESPERET)

éd. Aux Forges de Vulcain -2010

106 pages

14,90 euros

 

Ces Larrons-là se présentent sous la forme originale de quatre chants épiques évoquant chacun à leur tour un personnage de marlou, de scélérat, et cela en prenant le parti d’une langue poétique, exigeante et troublante au regard du sujet. Des petites frappes de banlieue et dealers neigeux aux caïds friqués arrogants, ces portraits s’accumulent avec brio dans une ivresse de mots des plus jubilatoires. Et il faut dire que l’auteur s’y connait en mauvais garçons puisqu’il a été reçu premier au concours d’entrée à l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale et qu’il a servi durant quelques années au sein de la Section de Recherche de la Gendarmerie de Paris, de quoi récolter donc, la matière première indispensable à cette entreprise. C’est d’ailleurs en cela que le texte fonctionne et atteint le lecteur puisqu’il réussit à outrepasser la dureté du propos dans la poésie même, donnant ainsi l’opportunité aux voyous ainsi décrits, de se montrer sous un nouveau jour empreint de dignité, de tendresse et de sensibilité.

 

Alban ORSINI


* * * * * * *

 

livre_hd_572013.jpg

 

OPIUM POPPY

(Hubert HADDAD)

éd. Zulma- 2011

171 pages

16,50 euros

 

Du ciel à la fange, le récit transmute ses substances : aucune scène de massacre qui ne résonne des litanies d’un vieux Sikh. Nul émoi du cœur qui ne soit brouillé par la dépossession de soi. Pas une méditation sur l’univers qui n’éprouve le corps à corps avec le double. Alam, le petit clandestin, a le don de traverser tous les êtres qu’il croise, sauf le sien, absenté depuis l’enfance. Le lecteur le porte à son insu, du cimetière de Pantin aux montagnes afghanes défigurées par les affrontements entre insurgés et narcotrafiquants, d’un immeuble de Kaboul aux tentes d’un canal parisien. Parabole romanesque, sociale et politique, Opium Poppy figure l’enrôlement comme un arrachement, la violence comme un suicide, la haine comme un désespoir : oui, vitrioler celle qu’on aime, pour s’annihiler en elle. Nul misérabilisme, mais une sensibilité obsessionnelle à l’intelligence cosmique des forces de la mort : « Puis les grands miroirs de l’aube oscillaient d’un coup, muant les ruissellements d’étoiles en un unique foyer de forge et l’air peuplé d’oiseaux en sombre terre morte ». Un récit vibrant d’une tendresse pour l’humanité traquée par son inanité.

 

Tristan FELIX


* * * * * * * 

o l'an nb (2) 

O L’AN /  

(Philippe JAFFEUX)

éd. Atelier de l’agneau– 2011

36 pages

12 euros

 

26 cercles, 26 lettres, une année. Quinze phrases. Des mots de quinze lettres comportant deux O. Sur chaque page, 30 O et 60 barres diagonales qui séparent 120 lettres… Absence totale de lyrisme. Poésie concrète, oulipienne, visuelle, ancrée dans une expérimentation formelle intransigeante, extrême. Ne laissant aucune place à un compromis narratif,tendant vers la méta-littérature, la quintessence d’un geste neuronal fait de connexion mathématique, numérique, circulaire… O L’an/est 1/15ème d’un projet intitulé ALPHABET (composé de 390 pages divisées en 15 lettres de 26 pages). On s’étonnede voir jaillir de lacontrainterythme et scansion, petite musique lancinante, pirouettes de sonorités, images improbables, juxtapositions de mots qui évoquent les surréalistes. On pense à La Maison des feuillesde Mark Z. Danielewski, à une littérature qui explose les codes de toutes littératures et laisse entendre une voix unique. Philippe Jaffeux m’impressionne. Il avance nu dans la vase pour tordre l’illisibilité et la folie (ampleur du projet, solitude et pureté quasi mystique). Du chocolat pour les thésards. Impossible de tout saisir, trop dense.

 

Christophe ESNAULT 


* * * * * * * 

  BEAUCHEMIN-LE-JOUR-DES-CORNEILLES

 

LE JOUR DES CORNEILLES 

(Jean-François BEAUCHEMIN)

éd. Les Allusifs - 2004 / 2011

152 pages

13 euros

 

« que bientôt potence me rompe le col et me mène auprès de père et mère dans le silence des choses, et qu’ainsi reliés nous devenions les premiers macchabées à sourire enfin. » Si Le jour des corneilles est un récit poignant, incisant, c’est parce qu’il s’énonce à grands coups de langue fouisseuse et possédée. Si la confession du fils Courge accomplit son salut – fût-il conduit à la potence – c’est parce que ses mots sont nus de paupières et échappent à toute suture : il les a appris en captivité pour plaider non coupable mais c’est leur sauvagerie d’avant la lettre qui vaut plaidoirie. Courge prétend qu’en nulle chair de son père il n’a trouvé la plus petite palpitation d’amour. Du moins l’a-t-il imprégnée toute de sa passion filiale. Est-ce pour reconnaître que le sentiment ne se touche pas, que le narrateur n’a de cesse de se rouler dans toutes les peaux ? Le lecteur seul sera juge, silencieux en sa moelle ; il revêtira la pelisse lourde d’un parler archaïque, natif : enfin sera nu. Car lire Le jour des corneilles c’est mettre la main sur du sentiment qui tressaille, espérer en l’animalité perdue, embrasser la putain de belle langue d’un Villon québécois atrocement vivant.

 

Tristan FELIX


* * * * * * *

 

 

la-derniere-fois-ou-j-ai-eu-un-corps-christophe-fourvel-978.gif

 

LA DERNIÈRE FOIS OÙ J’AI EU UN CORPS

(Christophe FOURVEL)

éd. Le Chemin de fer - 2011

65 pages

12 euros

 

La dernière fois où elle a eu un corps, la jeune Albanaise qui raconte, c’était avant. Avant son oncle, le viol presque oublié de ses 12 ans. Avant les camions qui l’emmènent en France, et dont les chauffeurs se remboursent des kilomètres parcourus en stationnant entre ses jambes. Dès lors, l’objet remplace le verbe de l’héroïne, ce qu’elle fait et ce qu’on lui fait, pour entrer en résonnance avec la chosification d’un corps vendu, empaqueté, livré à l’autre bout de l’Europe. Des mots pénètrent par effraction à l’intérieur du récit et usurpent l’identité des autres, abusent de l’égarement langagier de la jeune fille pour figurer l’intrusion permanente de corps étrangers dans le sien. À force on s’y habitue, comme elle, et ça ressemble à la fin de l’humanité. Le style épouse les contours du fond, comme autant de carcasses répugnantes avachies sur l’adolescente. Car c’est là, dans cet interstice asphyxié entre deux ventres, que Christophe Fourvel séquestre le lecteur à la merci du stress, de la puanteur des maisons d’abattage, la bouche« remplie à ras bord du silence que fait la peur ».

 

Alban LÉCUYER


* * * * * * *

 

Murambi-livre-des-ossements.jpg

 

MURAMBI, LE LIVRE DES OSSEMENTS

(Boubacar Boris DIOP)

éd. Zulma - 2011

270 pages

18 euros

 

Rwanda 1994 : l’avion du président hutu Habyarimana est abattu en vol et s’ensuivent cent jours d’hystérie collective où un million de tutsis sont atrocement tués au cours du génocide de loin le plus rapide et le plus efficace (10 000 morts par jour) de toute l’Histoire de l’Humanité. Rwanda 1998 : invité avec une dizaine d’autres écrivains africains à venir sur les lieux prendre la mesure et témoigner de ce qui s’est passé, Boubacar Boris Diop subit « le choc et l’effarement» puis rédige Murambi, roman choral vibrant faisant se succéder les voix de personnages et ex-protagonistes disant leurs points de vue (avant-pendant-après, tutsi-hutu-français) sur les événements. Retenue, dure, nue, l’œuvre est impressionnante. La postface publiée dans la réédition qu’en refait là Zulma, réflexion magistrale sur sa genèse, son sens (et donc sur le rapport littérature-réel quand ce dernier s’égare à ce point dans l’horreur), cri de colère soudain qui dénonce et accuse (la France et nous français), humble et brillante, vraie, la prolonge hautement : ce « livre des ossements » est rien moins qu’important.

 

Jean-Marc FLAPP


* * * * * * *

 

couv_pessan.jpg

 

MOI, JE SUIS QUAND MÊME PASSÉ

(Eric PESSAN)

éd. Cousu Main - 2010

14 pages

6 euros

 

Il est question ici d’un étrange objet, qui se lit de bas en haut à la façon dont on remonterait le courant d’un océan escamotable, le tranchant du fil de l’eau en horizon écumeux (fil de Twitter, 140 caractères, contrainte), d’une métaphore filée sur la mer, la salinité, d’une attente dont on ne sait trop rien et qui demeure énigmatique jusqu’au bout. Il est question là d’une poétisation de la forme, du fond, de la langue, de minimalisme, de bribes et de simplicité et de touches aux (eaux ?) profonds. Il est question enfin de fragments qui s’amoncellent, s’empilent, se déplient comme l’ouvrage, de 153 jours qui se racontent aussi bien en touts qu’en parties, en bouts qu’en mélancolies, chaque comme esquille débutant par un « Eric Pessan » jamais vraiment écrit (le sujet, étrangement présent, par là même s’évacuant).

Si cela vous intrigue, tentez le voyage de ce Moi, je suis quand même passé et larguez les amarres de la technologie pour le Cousu Main.

 

Alban ORSINI

 

* * * * * * *

 

qqch-espece.jpg

 

QUELQUE CHOSE DE L’ORDRE DE L’ESPECE

(Guillaume LEBRUN)

éd. joca seria - 2011

102 pages

15 euros

 

« Mon avenir pue la classe moyenne ».Texte hybride, entre poésie et flux narratif. Le genre est incertain, l’étiquette se décolle et tant mieux. « Je suis rescapé de ma propre vie, mais ignore sens et pardon, errant metastatique porte sur ses épaule tous les meurtres à venir ». Le père a la haine du juif (présent partout, responsable de tout : « et la radio / et la télé/ infestées »). Une ballade ludique & pédagogique avec le fils. Prendre la voiture et en buter un. Il doit payer pour les autres (en attendant le revival des fours) : « tous les matins / heil au soleil / heil au jardin / heil aux poules dans le jardin / et il fallait astiquer les croix gammées qu’il avait récupérées je ne sais où / ». Une mère sous cacheton (elle va mieux sous Urbanyl®. « Je parle / je parle mais sous la surface je suis calcinée ». Papa déteste les tapettes, alors face à un trouble devant un beau garçon, se trancher les veines. Ou décrocher le fusil et tuer papa ? Admettre : il a gagné (?). Guillaume Lebrun parvient à s’exclure de la masse des productions vite lues vite oubliées. Il y a là un véritable écrivain.

 

Christophe ESNAULT


* * * * * * *

 

sharawadji

 

SHARAWADJI, MANUEL DU JARDINIER PLATONIQUE

(Pascale PETIT)

éd. L’inventaire - 2010

128 pages

17 euros

 

Prenez le risque de vous perdre dans les détours de ce livre espiègle, graphique, ludique, labyrinthe textuel – et sexuel si vous vous y frottez – frottez-vous y ! « On avait une idée précise en venant ici et on ne l’a plus. » Ça fuse, la sève de l’esprit ! Ça part de tous côtés. « Et ces bonbons n’ont pas exactement / le goût de l’enfance. » Chaque ligne est sillon et allée découpant les contours d’un jardin sans réalité, platonique donc. Chant érotique (je n’ai pas dit pornographique) porté par l’élégance vitale d’une écriture tout en départs imprévisibles, ce livre cultive d’abord les ressources naturelles de l’imagination fantasque de son auteure, la coquecigrue, l’incongru, le bizarre, la coquinerie, sans oublier l’érudition jardinière, fleurs, fruits, bêtes, objets des jardins, et l’araignée qui court au plafond pour « arroser ceux qui sont tristes ». Livre subtil, au titre énigmatique, il appelle un lecteur nonchalant, aimant valser d’une ligne à l’autre – et beaucoup Walser.

 

David MARSAC

 

* * * * * * *

 

Lionel-Edouard-Martin---La-vieille-au-buisson-de-roses.jpeg

 

LA VIEILLE AU BUISSON DE ROSES  

(Lionel-Edouard MARTIN)
éd. Le Vampire Actif - 2010 

204 pages
Prix : 15€

 

La Vieille au Buisson de Roses conte l’histoire de trois solitudes rurales : celle de la Vieille, personnage haut en couleurs, indubitable écho des aînées respectées, résurgence de ces recluses acariâtres et bigotes dont on se souvient si bien, celle du Comte, richissime isolé de terres immenses métronomiquement rappelées au klaxon complice du facteur, figure emblématique et mystérieuse d’une campagne désertée, celle du cabot galeux et malaimé Diurc, un chien qui a l’étrange faculté de chanter la messe en latin et d’importuner son petit monde. Entremêlé de chats que l’on noie, de volailles que l’on déplume et que l’on bout sur le devant de la porte, de lampes à pétrole chéries comme des saintes, le livre se déploie dans toute sa mesure non plus dans l’histoire seule mais dans la langue même, et au-delà, par la langue et pour la langue. Qu’il s’agisse des réflexions sur le pourquoi du langage, sur le pouvoir des objets à raconter l’histoire, du talent érudit de Lionel-Edouard Martin à choisir le mot juste, tout contribue dans ce roman à faire de l’écrit un plaisir gourmand tant tout y coule admirablement : à recommander chaudement.

 

Alban ORSINI


* * * * * * *

 

ajoupa--2-.jpg

 

AJOUPA-BOUILLON

(Maurice MOURIER)

éd. EST-Samuel Tastet - 2009

358 pages

22 euros

 

Gobert de Bouillon, avant de trépasser en 1680, fit construire sur la pente de la Montagne Pelée une résidence - ajoupa en créole, qui signifie abri. Cet abri dut être rudement costaud pour que deux siècles plus tard naquît Ajoupa-Bouillon, bourgade de Martinique. Le sieur gobait-il le bouillon, commerçait-il avec Dieu le Célèbre (Gott le Berht) ou s’était-il élevé pour échapper à la boue des marigots ? Toujours est-il que l’ouvrage n’en fait qu’à sa bouille, n’aspirant que l’air d’un exotisme salvateur, viscéral, ontologique. Le romancier-poète nous offre ici un très rare recueil qui, parce qu’irrigué par le bouillon renouvelé de mainte émotion esthétique, court-circuite tout consensus poétique, dépayse, décentre. Aucun folklore,mais un pittoresque organique, psychique et cosmique dans un espace-temps à sa mesure hallucinée. Courez sur les pas d’Ajoupa-Bouillon, créature au-dedans et dehors, mâle et femelle, humaine et animale, spectrale. Elle console de la laideur et se souvient de quand on n’était pas là : « Elle peint le monde avant qu’il ne diminue ». Cent poèmes en prose élastique, cent métamorphoses de l’autre en soi-même.

 

Tristan FELIX


* * * * * * *

 

9782916589534_1_75.jpg

 

LES OISEAUX, PEUT-ÊTRE

(Manuel DAULL)

éd. Cambourakis - 2010

64 pages

8 euros

 

Une seule phrase : de 55 pages, sans début majuscule ni point final. Une seule phrase, au hasard : « je suis mieux […] ici que dans ma chambre où l’horizon restreint ne s’oublie que la nuit, si je dormais ». Pierre Lorenz ouvre des livres au hasard et perd le sommeil dans un hôtel loin de la ville. On pressent que l’endroit deviendra autre chose, un sanatorium zweiguien ou une maison de repos, que Lorenz aura besoin de deux femmes pour retrouver ce qui manque aux hommes : l’usage des mots. Il y aura Orlane Dubois, qui regarde par la fenêtre les oiseaux de la forêt toute proche, et son double sexuel. Trois personnages Nouvelle Vague qui se contentent d’exister, égarés dans la salle à manger nouveau roman de l’hôtel. À force, les mots aussi se mettent à errer sur la page et menacent de se décrocher, on se souvient de la forme de l’écriture chez Selby. Plus tard il y aura un accident, on tentera peut-être de réduire les oiseaux au silence, mais au fond peu importe. Car c’est avant tout à une question de forme que répond Manuel Daull, et de mise en espace, loin des évidences du langage.

 

Alban LÉCUYER


* * * * * * *

 

tenir-tete-a-l-orage-thomas-vinau-9782911241802.gif

 

TENIR TÊTE À L’ORAGE

(Thomas VINAU)

éd. Noir & Blanc - 2010

74 pages

12 euros

 

Des instantanés. Courts poèmes bricolés de mots simples. Une fausse simplicité. De celle qu’on retrouve dans Journal japonais ou Il pleut en amour de Richard Brautigan. Nulle volonté d’en mettre plein la vue. Minimalisme. Pas si éloigné du haïku parfois. La forêt, le fossé, la brindille soulevée par le vent, l’ombre d’un chien égaré ne sont jamais bien loin. Une cabane et une fenêtre ouverte, l’œil du poète vers le dehors. On pense aussi aux univers de Jim Harrison et de Walt Whitman. Des mots qui, comme la flèche, touchent avec précision leur cible. Au cœur de l’émotion revigorante : « Mets-toi dans le sens de la terre et germe. »

Très actif dans les revues littéraires, Thomas Vinau creuse sa place dans le microcosme poétique. Il a déjà beaucoup publié. Son blog est une petite merveille riche d’un tas de belles pépites. Au-delà des poèmes, entre les respirations, dans un amour de la vie empreint d’une touche de mélancolie, ce jeune auteur excelle à restituer les variations de lumière auxquelles il est ultrasensible. On est déjà plus d’un à le penser : ce sera peut-être lui qui écrira le livre que nous attendons tous.

 

Christophe ESNAULT 


* * * * * * *

 

marge-occupee.jpg

 

MARGE OCCUPÉE

(Jean-Charles LEVY)

éd. Les doigts dans la prose - 2010

148 pages

12 euros

 

D’entrée à fond de train, Jean-Paul Sartre à vélo, enragé (E.P.O ?), sprinte à mort sur Céline qui, dans une véronique d’un style oral parfait, évite le missile qui s’écrase à ses pieds : olé ! Mais l’attentat déjoué dès les premières lignes de ce roman foutraque n’est qu’une mise en bouche, et bouchées doubles donc (voire triples) à la suite car nous sommes à Paris en pleine Occupation, c’est l’été 42 et un bordel sans nom : entre autres personnages échappés à leurs pages et pipoles déjantés (ça fourmille de partout), Julien Sorel cavale sans lâcher son échelle, Madame de Rênal et la Princesse de Clèves attaquent la Milice (chassent-croisent BHL, Gavroche ou Chevillard), Dieu tombe sur une patrouille et Grégoire Samsa se fait remettre en place par Freud le pornographe - entre autres je disais : c’est comme ça sans arrêt ! Méta-littérature bouffonne et électrique, érudite, sarcastique, Marge occupée attaque, concasse mythes et bon goût, mêle outrancièrement jouissance langagière, jeux avec le lecteur (ses nerfs, ses convictions), nihilisme et santé : c’est la panique au Flore et c’est diantrement bon !

 

Clément DESPAS 


* * * * * * *

 

9782915978636 1 75

 

MA VIE 

(P.N.A. HANDSCHIN)

éd. Argol - 2010

380 pages

19 euros

 

Cet ovni littéraire est construit sur le principe de l’accumulation.

Ma vie défie toute approche narrative, brouille les repères spatio-temporels, exige la soumission du lecteur à un monde dérouté, contredit d’une phrase à l’autre. Chef-d’œuvre de la littérature volatile, rien dans son contenu n’est linéaire hormis le fragile contact des yeux avec le texte.

Autobiographie mobile, concaténation encyclopédique, réalisme bègue, Ma vie est à l’image du patronyme de son auteur : suspect d’invention. De même, les références érudites qui saturent le texte ont l’air fictives dans le même temps où les figures de Paul Hisson ou de Grégor Gonzola signalent la grossièreté de la posture romanesque.

Face à cette compulsion taxinomique, le lecteur est sommé de choisir ses parcours de lecture, de stabiliser ses hallucinations au fil des allusions, des retours du même, des déroutes de la variation. À moi, les trames juive et psychiatrique m’ont paru dire le vrai de cette vie étonnante de P.N.A. Handschin.

En littérature, les machines volantes ont désormais un nom.

 

David MARSAC


Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 21:13

 

dissonances 28


aura pour thème

 

"ailleurs"

 

et sera mis en images par

 

laurent nicolas

 

daumesnil nb

 

les propositions de textes


  (inédits, format word, max. 9000 signes espaces compris)


  sont à envoyer


  à


  dissonons@yahoo.fr


  avant le 31 janvier


Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 21:07

 

 

Dissonances 27

 

Ce numéro a été mis en images par Frédérique LOUTZ

 


EDITO: 


Grandes lignes d'une vie sexuelle détonnante

 

Ma mémoire est un peu défaillante mais je crois pouvoir comptabiliser une amante ¼. Mon zizi est gros comme celui d’un nouveau-né, ce qui ne m’empêche pas de me débrouiller. En gardant mon froc, je peux faire décoller une fille très très haut. La langue d'un poète, pour les orgasmes électriques, c’est hyper pertinent. Il y a quinze ans, j’ai ramé transatlantique pour réveiller ma nana au plumard. J’ai essayé toutes les positions du manuel pour finalement laisser tomber l’affaire. Sa chatte me fascinait, mais elle s’emmerdait tellement pendant les coïts qu’elle me laissait juste faire pendant qu’elle regardait Derrick. Dix ans plus tard, je mis un jour un coup de pied dans un buisson et huit nymphomanes en sortirent. J’ai choisi la plus ronde. A l’acmé, son visage devenait celui d’une suppliciée, elle hurlait comme une bête qu’on éviscère et retombait sur le lit comme morte : je flippais à fond, parce que je croyais vraiment qu’elle était morte, sauf qu’à peine sortie du coma où je l’avais plongée avec mon micro-pénis, elle me disait « Encore ! ». Depuis 2005, ma sexualité est en sommeil. Je pensais même que c’en était fini définitivement quand mon ami Flapp m’a dit « C’est ton tour pour l’édito : Orgasmes ! ». Là, j’ai pensé à nos quatre-cents lectrices-lecteurs, à nos vingt-et-un auteurs, je les ai emboîtés dans tous les sens en une partouze démentielle. Plein de combinaisons possibles. La vision était trop belle : j’ai lâché un petit grognement en polluant mon slibard.

 

Christophe ESNAULT

 

 

SOMMAIRE:  

 

DOSSIER : « ORGASMES »

 

Egoïste (Clément DESPAS)

"Ma toute belle se renverse et, m’agrippant aux fesses, elle se fend et m’enfonce, d’un seul coup, jusqu’au bout. J’y ai à peine le temps d’un éblouissement que Tu fais quoi ?elle active : concentrée - les yeux clos - elle reflue, me reprend, me repousse, me retient, m‘aspire de nouveau jusqu’au plus profond d’elle d’où remonte…"

  

L'infixable solennité du jouir (Blandine FAURÉ)

"Je n’ai aucun souvenir de mon premier orgasme. Age, partenaire ou absence de partenaire, lieu, position, affiches scotchées au mur, larmes post-coïtales, forme du sexe ou des doigts… C’est la première fois que j’ai à faire à un tel trou noir dans l’histoire de mes souvenirs, comme si la première jouissance débordait largement la..."

 

Tractus optique(Xavier BONNIN)

 "Homme penché, d’entre les âges, d’entre la terre retournée, tu marches par devers les abîmes, membres croisés puis décroisés. / Glisses le long de la rambarde, manques de t’effondrer, plisses les yeux, puis te redresses et te diriges vers le passage intérieur qui borde le canal, sous l’avenue. / Tu serres entre tes mains..."

 

Something's got to give (LE GOLVAN)

 "On est en avril 62, elle fait un passage pulsionnel à Paris pour fuir ses soucis de contrats, les tournages dramatiques, le procès. Lui traîne son ombre sur les quais. Il est tard, il ne veut pas rentrer. Voulait-il se foutre à l’eau, qui sait ? Et là, un cul vaste comme le monde, un imper clair comme un sac portant en baluchon ce cul total..."

 

Vas-y Jackie ! (Jean-Marc FLAPP)

 "Il est neuf heures pétantes quand Jackie pousse la porte de la salle de sport. Cinq minutes d’échauffement au rameur bien à fond et, quittant son jogging, Jackie nous apparaît en toute majesté, Venus Musculatorau torse colossal auquel est ajusté un micro-débardeur portant mention The One, les jambes et les bras (de taureau..."

 

Par où tu passes (Philippe GUERRY)

 "Tu me parles toujours des mêmes paysages. Un ruisseau qui serpente, qui te chatouille les orteils, puis des ruisseaux, arrivant de partout, qui se concentrent pour faire des vagues, des petites vagues d'abord, qui font frémir tes mollets et font te mordre les lèvres, puis des vagues moyennes – et tu mimes alors de tout ton corps le ..."

 

Le Chant de sa tête contre le mur (Thomas BRAUN)

 "Elle a posé la bouteille de vodka / Et s’est mise à pleurer. / Le salon était triste et encore rempli / Des cris et des larmes des heures passées. / La nuit était là et détériorait tout / La nuit était atroce et n’en finissait plus / Depuis combien de temps si longue / La nuit avait commencé par des cris / Enfermés dans l’appartement, dans le..."

 

Wanking-class hero (WB)

"L'embarras de mon pote quand sa copine découvrit la cassette dans le
magnétoscope / "c'était un jour où tu n'étais pas là" / l'embarras terrible - mais drôle / quand sa copine m'a demandé mon avis / j'ai toujours bouffé du porno / internet c'est avant tout ça / l'annuaire et le porno / le wiki l'open source les geeks
..."



Plic (Véronique CORME)

 "Couloir silencieux. Tomettes. Demi-jour. Femme adossée. Homme à peine appuyé contre elle. Je ne sais pas ce que je fais. Membre dilaté tiré hors de son enveloppe textile. Verge défroquée qui hoquette un orgasme. Foutre tombant sur..."

 

Jouir, tenir (Cédric BONFILS)

 "La nuit se retire/ Ton orage de désir insatisfait/ Et le mystère de cette hargne haine / Réveillé bandant agité de vertiges et cauchemars/ Tes sueurs partout sur l’oreiller la couette/ Les murs peut-être humides à force/ Le corps flou assemblage comme dans le brouillard de pièces détachées/ Combien de fois as-tu cherché..." 

 

Stellaire (Ghislaine LE DIZÈS)

 "Elle avait baisé avant, elle avait fait l’amour avant, elle avait joui avant./ Mais c’est lui qui l’a rendue femme./ Il la dilate si fort, si large, et si profond quand il est en elle. Il provoque l’extase des larmes. Il l’entoure, il la protège. De son buste large il l’enveloppe toute entière. La dilatation qu’elle sent alors autour d’elle est semblable à celle qu’elle ressent à..."

 

L'appel des appels (Virginie HOLAIND)

 "L'orgasme, franchement c'est facile./ Ça crie un peu dans l'entre-jambes, ça se joue appel des appels./ Ben oui, c'est facile./ On craint la lutte, l'échauffement, mais on se brûle./ On s'écoute, on s'affole. Et puis quoi, l'orgasme, c'est le pain du pauvre./ Ça comble les interstices, ça donne de la matière./ C'est le charbon, c'est..." 

 

Anatomies parallèles (Samuel LÉVÊQUE)

 "Dans les rêves d’Aria, elle courait en robe fourreau, sur un gigantesque green, swinguant avec des battes hypertrophiées dans des balles d’or qui s’élevaient en l’air, répandant paillettes et arcs-en-ciel sur son visage, et sur le visage de cette poupée masculine qui lui ressemblait étrangement. Parfois, enfin, elle plongeait dans..."

 

rgsm (Jean-Marc GOUGEON)

 "allez savoir le pourquoi de tant de plaisirs/ ils les ont tant cherchés en eux-mêmes/ jusqu’à ce que la tête se fende/ d’une quête primale/ entre les jambes/ en bordure des plaisirs planifiés/ palpite la peau dès que le cri arrive/ à monter si haut qu’il ne reste plus/ que des lambeaux qui tombent/ sur les yeux gourds/ tout..."

 

Six ans et balançoire (Catherine SERRE)

 "Deux anneaux blancs dans des spirales de fer/ Deux cordes rêches sèches coupantes/ Balançoire au jardin/ Au vent/ Et à la force/ Promesse d'envolée/ Six ans et balançoire/ Toute excitée de prunes/ Et de ciel/ Les caresses du vent/ La jupe se relève/ Et ça siffle aux oreilles/ Et le ciel/ Et les prunes/ Balançoire à..."

 

La Pen à jouir (Arielle LACAZZI)

 "Je revois le mur sur lequel ces mots peints à la hâte, d’une taille démesurée : « Je suis homme avant d’être Français » et la fierté que je concevais d’en comprendre le sens, chaque fois renouvelée, lorsque notre voiture le longeait, tout près des quais de Seine. Par contre, celui qui portait l’inscription « Le Pen à jouir », à la..."

 

Brèche (Charles DESAILLY)

 "Aimer l’haleine de cette ville/ fétide et longue/ les murs aux senteurs d’urine/ toute cette vulve béante/ vomissant des veaux/ aux couilles ordurières./ Les ruines graphiques/ dressent un décor du désastre./ Nos amours sont lavés par l’ennui/ et nous donnons naissance/ à des clones autistes./ Un peu de sperme dans..."

  

Organismes vivants (Sandrine CUZZUCOLI)

 "Or, faire l’amour. Organismes vivants, individus, or dans les corps, corps organisés, menés par les orgues de barbaries qui chantent, chutent les corps mais tendus, bien tendus les gonades enivrées que nous sommes avant l’eau qui coule, avant, l’eau dort, les os ne sont plus qu’un vieux souvenir. Les points titillés la peau..."

  

Sex-teto (Samantha BARENDSON)

 "Fermement ses mains l’enserrent, caressent ses anches libres, pénètrent dans le cuir, se chauffentet se dilatent au gré des tessitures, baisant le bois, les nacres, l’acier ou le laiton. Une fois encore, Astor s’accouple au bandonéon. Et les groupies argentines regardent son soufflet grandir et s’allonger, revenir et diminuer, enfler pour..."

  

A corps perdus (Tristan FELIX)

 "- Hors ma vue, résidu de culbute! Pas d’histoires entre nous. La mort n’en a pas. Tu tripotes encore la vie, avec tes gants de vierge moite. Essaie-les en peau de verge retournée, tu pâliras. Il ne faut avoir d’yeux qu’en face des trous mais toi, tu ne l’as même pas creusé ton trou. Tu en es à racler ta première couche. Disparais de..."

  

Des chiots baveux (Thomas ROUSSOT)

 "Il prépare sa pipe à défonce, les canettes s'entassent, l'ivresse le couche à l'horizontale, rêve de pénétrations taxées. Préviens-la quand tu vas jouir, il sent que ça vient, elle avale tout, il stoppe sa remembrance./ Quoi de neuf ? Rien. Alors casser l'aquarium, le téléviseur, les nouvelles du monde. Une fille étale sa coke sur..."

 

 

PORTFOLIO :

 

IMAGES de Frédérique LOUTZ(voir « albums »)

 

 

RUBRIQUES :

 

DISPERSION (« Orgasmes »et littérature)

"Nous nous allongeons ensemble et faisons l’amour, doucement, tendrement, nous nageons en plein amour, et pour la première fois, l’orgasme m’envahit par surprise, sans que j’y pense, presque paisiblement, comme une aube qui se lève lentement, un lent épanouissement né de l’abandon, de la décontraction, né du non-être." (Anaïs NIN)

 

DISSECTION (questions à) : Ivar CH'VAVAR

"Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ? En réalité je n’écris jamais, presque jamais. Je n’ai rien écrit depuis plus de deux ans. Il se trouve donc que cette question n’a pas grand sens pour moi" 

 

DISJONCTION (regards croisés sur) : « BRÉVIAIRE DU CHAOS »(Albert CARACO)

"« J'élève un chant de mort et je salue le chaos montant de l'abîme et la terreur antique revenue du fond des âges ! » De fait : les cent-vingt textes d'une page qui constituent l'ensemble du Bréviaire du chaossont un sommet inouï de poésie barbare tendance Fin des temps en même temps qu'autant..." 

 

DISSIDENCES (coups de cœur de lecture)

« LES JALOUSIES » (Diane BRASSEUR) - éd. Allary, 2014

« AUJOURD'HUI L'ABÎME » (Jérôme BACCELLI) - éd. Le Nouvel Attila, 2014

« GROSSES JOIES » (Jean CAGNARD) - éd. Gaïa, 2014

« PIERRES QUE LA MER A CONSUMÉES » (Laurent CENNAMO) - éd. Samizdat, 2013

« FRÉDÉRICK » (Thierry CLAIR-VICTOR) éd. De Soledade, 2013

« EN FIN DE DROITS » (Yvon Le MEN) - éd. Bruno Doucey, 2014

« CORDEL CHEMINOT » (Fred SOCHARD) - éd. Les Arêtes, 2012

« ARISKO PALACE » (Ritta BADDOURA) - éd. Plaine Page, 2013

 

DISGRESSION (aller voir ailleurs)

Judith SCOTT par Anne MONTEIL-BAUER

Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 21:03

 

Egoïste

 

LA043 nb

 

Ma toute belle se renverse et, m’agrippant aux fesses, elle se fend et m’enfonce, d’un seul coup, jusqu’au bout. J’y ai à peine le temps d’un éblouissement que Tu fais quoi ? elle active : concentrée - les yeux clos - elle reflue, me reprend, me repousse, me retient, m‘aspire de nouveau jusqu’au plus profond d’elle d’où remonte cerâleque je ne connais que trop et je me dis que peut-être… mais c’est trop tard déjà : son désir est la loi et ne me reste plus qu’à contrôler le mien (pas venir avant elle ou j’imagine même pas) puis assumer après. J’entre donc dans sa danse, m’insinue dans son rythme, y colle, le soutiens, l’amplifie, m’y soustrais (et elle passe alors du râleau grognement, une partie de moi criant Arrête là ! mais le peu de raison qui me restait encore vient de s’évaporer) : je la laisse m’emporter où ma vision se brouille et je sens que je viens alors je la retiens, la maintiens, la regarde, pose les mains sur son ventre qui est dur et palpite et là elle se redresse, me saisit aux épaules, nous bascule et s’empale, s’installant fermement pour le bouquet final, passant du grognementau oui oui oui oui oui ouialors que doucement (je la soulève un peu : elle ruisselle déjà) puis plus fort puis plus fort (la soulevant encore : elle m’inonde le ventre, elle détrempe les draps) ventouse à mon pubis (OUI OUI OUI OUI OUI OUI) elle frotte son bouton (le lit appareillant vers la salle de bains dans un clapotement) et galopant sur moi (à cru : en walkyrie) les yeux écarquillés sur un regard dément elle pilonne elle pilonne, elle s’énerve, elle s’acharne, elle se met à gronder(je m’agrippe à ses hanches) et soudain elle y est : elle se plie se déplie, expire, inspire, se tend, se cambre infiniment… et bouche ouverte immense libère l’Ultrason : le miroir de l’armoire l’ampoule de la lampe et la fenêtre explosent, d’autres fenêtres dehors puis crissements de pneus et froissements de tôle, une explosion, une autre, un grand crépitement et la panne générale plonge la ville dans le noir… Etrangère à tout ça, ma folle foudroyée s’abat alors sur moi. Je l’écoute haleter tout près de mon oreille avec autour de nous des hurlements de chiens, des sirènes de pompiers. Je me demande où elle est. Ce qui l’a traversée. Je trouve que tout de même… Je chuchote Bon sang, t’es vraiment obligée ?Elle me répond même pas (peut-être elle dort déjà).

 

       Clément DESPAS


Jeudi 23 octobre 2014 4 23 /10 /Oct /2014 20:48

 

   Stellaire

 

 © Frédérique Loutz

 

Elle avait baisé avant, elle avait fait l’amour avant, elle avait joui avant.

Mais c’est lui qui l’a rendue femme.

Il la dilate si fort, si large, et si profond quand il est en elle. Il provoque l’extase des larmes. Il l’entoure, il la protège. De son buste large il l’enveloppe toute entière. La dilatation qu’elle sent alors autour d’elle est semblable à celle qu’elle ressent à l’intérieur. Elle n’est plus rien. Elle est tout. Pistil. Corolle. Coquelicot de moire à la fragilité extrême qu’aucune montagne pourtant ne griffe ou n’effleure.

Cet homme lui a retiré la peur, il a déraciné sa peur. Sa peur profonde, viscérale, qui tient aux fibres de la chair aussi solidement, sournoisement que des crocs de chiendent, elle ne l’a plus. Retirée. Expurgée.

Pour la première fois de sa vie elle a confiance. Parce qu’elle a confiance, elle s’est livrée à lui tout entière, jusqu’à l’extase des larmes.

En se plantant en elle, il lui a donné une racine d’ivoire.

Elle a envie de prendre sa tête large et osseuse dans ses mains ; à pleine poignée de cheveux drus.

Tandis qu’il s’enfonce profondément dans son ventre, par la force de son rêve de femme, elle le caresse et le déguste de la chaleur gourmande de sa bouche.

Elle crie presque jusqu’aux étoiles. Le vit qui source dans son ventre remonte le long de son corps, la transperce toute entière. Une immense quiétude l’envahit, ses joues sont inondées du miroir qui se déverse depuis l’émoi intérieur. Des perles saillies de ses yeux roulent sur son visage.

Elle se sent unifiée. C’est plus qu’un orgasme physique. C’est une réconciliation et une résurrection. Il est en elle, mais c’est elle qui se fond en lui. Elle s’immerge dans les cellules de son amant. Ils sont devenus liquides, deux vasques unies flottent sur une terre d’asile.

Elle l’aime à en crever et à en vivre, à en devenir éternelle, parce qu’il possède ces paillettes de corail blanc, ces faisceaux de laitance, de semences, qu’il lui déverse au fond du ventre à chaque fois qu’il lui fait l’amour.

Une des semences creusée si profond, bellement dilatée, éclaboussée de lumière, prend germe. Son cœur bat. Elle se sent emplie d’une joie très humaine et suffocante. Elle n’y croyait plus depuis des millénaires.

Lorsqu’il la prend, une substance pulvérulenteblanche éclate au fond de son ventre.

Tandis qu’il bouge en elle, elle rêve de foin, de bottes de paille. Un homme jeune y prend une jeune fille. C’était il y a longtemps, et ils faisaient l’amour dans les herbes jaunes.

Quand Mars éclate en elle, elle devient une mer. Une écume.

Une supernova blanche explose au fond de son ventre, dans son utérus, et se met à l’emplir tout entière.

La supernova a des bras, des ailes, des cils. Elle se distille à l’intérieur d’elle comme un nuage de lait ou de farine.

Elle serre l’homme contre sa peau. Elle serre l’homme qui la comble de sa chair. De sa chair rouge qui bouge en elle. De sa chair blanche qui est autour d’elle. Elle hurle jusqu’aux étoiles. Elle n’a jamais joui aussi fort.

 

        Ghislaine LE DIZÈS


Mercredi 7 mai 2014 3 07 /05 /Mai /2014 17:35

 

 

Dissonances 26Ce numéro a été mis en images par Elena VIEILLARD

 

 

EDITO: 

 

Paradoxe animal

 

On les aime, on les mange, ils nous fascinent, nous effraient, et à mesure que s’accroit la distance entre notre univers bétonné et leur milieu naturel, nous les découvrons toujours plus proches de nous. Quoi de plus paradoxal que notre rapport à l’animal ? La frontière qui nous en sépare semble si ténue qu’on se demande si elle subsiste vraiment. Cette frontière pourtant existe, la parole l’érige et la transgresse dans un même mouvement, exprime notre empathie pour la créature blessée, fait surgir la bête humaine que nous portons tous mais signale, par là-même, une différence indépassable. On aura beau faire, le regard porté sur l’animal sera toujours un regard humain. Alors, à quoi ressemble-t-il cet humanimal que le langage exile de son royaume ? Vingt et un auteurs, toutes espèces confondues, cherchent à le débusquer pour surprendre sa douce férocité, sa familière étrangeté, son incompréhensible évidence. Drôle d’oiseau, donc, que ce 26èmenuméro de Dissonances qui, pour sa parade printanière, s’offre une nouvelle maquette, s’enrichit de 8 pages et de deux rubriques. Puisse le lecteur trouver son chemin, et son bonheur, dans cette jungle d’images et de mots.

 

Côme FREDAIGUE

 

 

SOMMAIRE:  

 

DOSSIER : « ANIMAL(S) »

 

De tout homme (Corinne LOVERA VITALI)

"Au début de leur correspondance et pendant un certain temps Virginia qui s’appelait encore Stephens avant de nommer leur couple les Loups quand elle écrivait à Leonard orthographiait son nom en Wolf. J’ai recommencé à lire Virginia hier soir juste après avoir décidé que j’allais adopter un chat. Elle est encore très..."

  

La plus belle chose au monde (Laura VAZQUEZ)

"La plus belle des choses qui soit du monde et de moi-même, la plus belle des choses qui soit, je peux dire que c’est l’animal, l’animal est la plus belle des choses qui soit du monde et de moi-même, il est la plus belle des choses qui soit parce que je le regarde et parce que je vois qu’il est la plus belle des choses qui...."

 

Lol's cats (Emma MOULIN-DESVERGNES)

 "On m’appelle Lol toute entière, Anima et Persona, la Psyché et le Corps qui la représente. Je me deuxest le verbe manquant pour dire Je suis au plus près du vrai, au ras du vrai. Le rat du réel, parlons-en, qui grignote l’image. Pour lui faire la peau, j’ai engagé deux chats - Phantasmo et Amnesia - mais le rat est un..."

 

Une petite messe de vide (Samuel DUDOUIT)

 "Sur le mur qui s’effrite, des petits chevaux couleur rouille s’enfuient dans la mousse. Nos forces à nous s’essoufflent un peu. Mourir debout, disait la lettre, mais c’était avant l’averse. Merci d’attendre en salle d’attente, derrière le brouillard. Merci d’attendre encore. On est sur une ligne de front. Les petits chevaux nous..."

 

Cabinet de monstruosités lexicales (Sophie SAULNIER)

 "Tu le sais, Soraya Suturlnier, le problème a toujours été le S. Le S du pluriel, exception ou pas exception et pourquoi on devrait le mettre et pourquoi on ne devrait pas le mettre. Le problème c’est le pluriel et sa logique et l’orthographe française et ce qu’on apprend et ce qu’on n’apprend pas, et la mémoire des listes, et..."

 

La Ferme des Animal(s) (Henrik YOUTH)

 "Onparlait pour 2012 deFinduMonde, et plus raisonnablementdeChangementdÈre. Laprécédenteauravul’avènementdelEnfantJésus, etavecluiladernièredes Sectes duSoleildevenuereligion. Onadmettraquecettenouvelleentitéadministrales 2000dernières pages denotrehistoire.Sociétés patriarcales..."

 

La grande profondeur (Aliénor DEBROCQ)

 "Un singe ou un ours ? Elle le regarde depuis un moment et elle se demande : un singe ou un ours ? Ou bien peut-être un gros chien, tout simplement ? Un gros chien sans queue ? Où est ta queue, gros chien ? Où donc est ta queue ? Ce serait une jolie entrée en matière, ça, certainement, de lui parler de sa queue. Son absence de..."

 

Le loup (Jacques SICARD)

"Missouri, sud-ouest, plateau de l’Ozark. Un bois - plutôt, un ossuaire de chênes et de noyers - hauts épouvantails de calcaire ligneux et tendre que le vent glacial balance au-dessus de l’écureuil - confondu avec l’écorce grise dont il est, alternant le vif et le mort, la griffe rétractile. Une maison - aux airs de..."



Manimal (Grégory NOIROT)

 "L'animalcule que voilà, comme un pan qui s'ouvre en toi, et tu tentes d'esquiver l'attaque. « Yse, Yse. »Tu t'enfonces dans ce fauteuil en skaï qui autrefois accueillait les sévices, et regroupes tes souvenirs. La Maison. Vieux. Vieille. Les invités. Aux murs du salon, tu revois les aquarelles que Vieille peignait entre deux..."

 

L'incision du mauvais jouir (Tristan FELIX)

 "Baleineau d’un petit jour, largué de mère écrabouillée, par un très beau bateau broyeur. Tu laisses une mante écarlate dans l’eau, ton premier fichu de mort. Tu as quarante-huit heures pour t’en retourner aux débris de la mer, le temps d'épuiser ta toute mince graisse, parce que du lait tu n’as qu’un..." 

 

L'Animal (Jean-Philippe CAZIER)

 "une ombre, l’animal meurt, innombrable, et meurt, sans territoire dans le monde, les plantes, les animaux, regardent le monde, les yeux des vallées, des flammes, la cendre et la mer regardent, le monde doué de vie, l’éternité de leurs yeux bleus : création inconnue, envahie d’eau marine (autre chose que l’homme se..."

 

Comme des chiens (Guillaume SIAUDEAU)

 "Nous sommes les cabots du monde, l'éternité nous tient en laisse. Chaque jour apporte sa ration de roustes et de croquettes. Une nuit sur deux nous brosse dans le sens du poil. Nous sommes pleins de puces, pleins de petites déceptions qui vont et viennent entre nos vies. Nous suivons les mêmes pistes, flairons les..." 

 

Courants animaux (Philippe JAFFEUX)

 "Une inversion alimenta son intelligence lorsqu’il mangea un animal au lieu d’une bête. / Il prit le nom d’un chien oublié pour se souvenir qu'il était aussi un animal domestiqué./ Il vivait seulement au présent afin que son avenir devienne celui d’un animal disparu./ Notre origine est animale parce que nous sommes les..."

 

L'Alchimère (Yve BRESSANDE)

 "/ je souffle je souffre je je je qui est un deux trois je m'en va au bois petit bois derrière chez qui qui lui baisse ta culotte et baise-moi je m’essouffle la bête est là qui a peur du grand méchant loup pas moi pas moi pas moi qui aboie le soir à la lisière du bois féroces rhinocéros chromés paumés je suis tout à la fois bras en..."

 

La préparation du fugu (Stéphane BERNARD)

 "une sorte de chirurgie pour poisson dans une recette japonaise / a décidé pour moi le modus operandi. / j’écorne donc cette page sur le fugu d’une main qui s’apprête. /

personne dans mes plis ne m’a goûté, / que moi, car j’y prends garde. / c’estpourquoi je m’attèle à la tâche d’une langue, / pour vous, / à l’apprentissage d’un... "

 

Cigale (Jean-Jacques MARIMBERT)

 "Macadam en feu / ciel invisible gouffre/ craquelé faïence/ pâle de ses yeux/ à l'ombre d'un pin/ air par l'oubli dilaté/ de l'eau clapote/ à l'horizon déchirée/ tendue vers l'ailleurs/ qu'en ses élytres/ invoque inlassable/ violon des écorces/ brûlantes et sombres/ la cigale vieil or/ immobile dans/ l'attente du rien/ jamais ne..."

 

Faux-filet (Isabelle MARTIN)

 "À droite, rien. À gauche, rien. Lui, seul. Son ventre n’aspire qu’un seul fumet et cette maison respire l’absence. Vite, il lui faut se hâter, se faufiler par la porte entrouverte et onduler en rasant les murs bleus lavande du couloir, veinule qui débouche, là, sur des dalles rouges. Attention, quelqu’un. Des..."

  

Déclaration (Alban ORSINI)

 "Il me dit être orthodontiste des âmes et précise : "Je remets les idées droites, plus alignées" puis il sourit : ses dents ne sont pas belles. Elles sont tachées et certaines se chevauchent. Nous mangeons des homards dans un petit restaurant du Quartier Latin : dans un aquarium très grand se traînent lamentablement..."

  

Mouches (Michaël GLÜCK)

 "A bien fallu que la mouche précédât, et de beaucoup, l'apparition du bipède humain; a bien fallu qu'elle vînt taquiner mers, rivières, étangs, lacs et ruisseaux pour que, (via oui, mais non, via, saleté de mouche en voilà une autre qui distrait l'organisation de la phrase, le sens et la syntaxe), ce qui fut comme..."

  

Le bestiaire (Guillaume DECOURT)

 "Tu seras ma guenon ma femme primitive

Et tu m’initieras aux rites des gibbons

Agitant sous mon nez ton cul rose bonbon

Aux rythmes saccadés de vos danses lascives..."

  

Coq à l'âne pur porc (Françoise BIGER)

 "Maintenant, il faudrait vraiment un SANGLIER ! Il faudrait comme une hallucination qu’un SANGLIER ! Impromptu, monstrueux, menaçant, sauvage, qu’un SANGLIER ! Surgisse, dévoile soudainement sa tête volumineuse prolongée d’un groin armé des canines hyper et appelées grès en haut, défenses en bas, ces..."

 

 

PORTFOLIO :

 

IMAGES d'Elena VIEILLARD (voir « albums »)

 

 

RUBRIQUES :

 

DISPERSION (« Animal(s) » et littérature)

« Aveugles, ne pissez pas sur le ver luisant ; seul entre tous il se hâte. »

René CHAR, Aromates chasseurs

 

DISSECTION (questions à) : Édith AZAM

"Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ? Lorsque je n’écris, je poubelle mes brouillons, ou dessine dessus, pars promener dans les bois, lis, cuisine,écris des mots de droite à gauche, rêve de partir loin, bien loin, d’avoir un jardin, etc…" 

 

DISJONCTION (regards croisés sur) : « SUICIDE » (Édouard LEVÉ)

"Tu as écrit Suicideet puistu t'es pendu : comment le lire, ce livre, sans y chercher des clés ? En te donnant la mort, tu en as fait autre chose que de la littérature : ton écriture sèche, sans affect, émaciée (« Tu avais moins envie de mourir la nuit que le jour et le matin que l'après-midi. »), elle mène à ta mort mais elle..." 

 

DISSIDENCES (coups de cœur de lecture)

« KRACH » (Philippe MALONE) - éd. Quartett, 2013

« CHÂTEAU-ROUGE HÔTEL » (Renaud BUREL) - éd. Allia, 2013

« LE VOYAGE D'ORSANTONE » (Paul DALMAS-ALFONSI) - éd. Elytis, 2013

« ET JE ME SUIS CACHÉ » (G. LACHASSAGNE) - éd. Aux Forges de Vulcain, 2012

« VINGT-SIXIEME ÉTAGE » (Alain BRON) - éd. In Octavo, 2013

« VINGT SONNETS À MARIE STUART » (Joseph BRODSKY) - éd. Les Doigts dans la prose, 2013

« DE L'IMAGE » (Laurent ALBARRACIN) - éd. de l'Attente, 2007

« MUGELIERES » (Moncef GHACHEM) - éd. Apogée, 2013

 

DISGRESSION (aller voir ailleurs)

Le CINÉMA de Jacques SICARD

Mercredi 7 mai 2014 3 07 /05 /Mai /2014 17:30

 

La préparation du fugu 

 

la Ville brule 2 editionune sorte de chirurgie pour poisson dans une recette japonaise

a décidé pour moi le modus operandi.

j’écorne donc cette page sur le fugu d’une main qui s’apprête.

 

personne dans mes plis ne m’a goûté,

que moi, car j’y prends garde.

c’est pourquoi je m’attèle à la tâche d’une langue,

 

pour vous,

 

à l’apprentissage d’un art de me bonifier

par la séparation, dans le viscère,

du poison de la nacre des chairs,

 

à tenter l’ablation de ce quoi

qui infecterait quoi que ce soit qu’il toucherait.

 

et qui pourtant intouché je respire.

 

je me prépare. je suis des yeux. je tranche.

dans le vif et le moins vif et le mort.

 

je me taille.

je suis.

 

d’autres ont pour eux la biographie du saumon,

qui meurt d’avoir engendré au lieu qui l’a vu naître,

de retour après un long et saumâtre voyage d’instinct comme unique instant.

 

mais moi non. moi j’ai cette page faite sur un métier de bouche,

journal vieux, linceul, où se jettent l’abat, l’humeur d’un poisson venimeux.

 

      Stéphane BERNARD


Mercredi 7 mai 2014 3 07 /05 /Mai /2014 17:23

 

 Comme des chiens

 

LesChroniques du metropolitain 3 BD

 

Nous sommes les cabots du monde, l'éternité nous tient en laisse. Chaque jour apporte sa ration de roustes et de croquettes. Une nuit sur deux nous brosse dans le sens du poil. Nous sommes pleins de puces, pleins de petites déceptions qui vont et viennent entre nos vies. Nous suivons les mêmes pistes, flairons les mêmes entourloupes, lapons de temps à autre un peu de quoi tenir. Nous rongeons nos freins, le temps se charge de nos os. L'espoir est un susucre qui se mérite. Parfois les coups de pieds au cul nous permettent d'avancer. Nous sommes fidèles au monde, à sa connerie, à ses promesses, à ses respirations de plus en plus courtes. Nous passons des nuits dehors, à la recherche d'une chaleur, d'une planque, d'une carcasse de rêve contre qui se blottir. Certains de nous ont la rage, ils sont de plus en plus, la bave aux lèvres, à hurler comme des loups. Il faut creuser profond, faire son trou, avant de passer de l'autre côté. Nous marquons nos territoires, montrons les dents dès qu'un ennemi franchit la limite. Il y a belle lurette que nos canines ne servent plus à sourire. Nous crèverons comme des chiens, laissant quelques larmes couler et puis plus rien.

 

      Guillaume SIAUDEAU


Samedi 16 novembre 2013 6 16 /11 /Nov /2013 14:17

 


lecture mise en musique du texte de Anne Monteil-Bauer publié dans le n°23 de la revue Dissonances http://revuedissonances.over-blog.com/

 

Mercredi 2 octobre 2013 3 02 /10 /Oct /2013 20:26

 

Dissonances 25

 

 

Ce numéro a été mis en images par Gisèle BONIN



EDITO :

 

Fracture ouverte

 

On peut mentir à sa femme ou abuser ses collègues, on peut disparaître sous la douche ou sous les manches longues, rien à faire : la peau n’oublie pas, la peau raconte, la peau ne peut pas fermer sa gueule. Elle contient et absorbe l’inexplicable, on y surprend nos intimités restées inscrites dans la matière. C’est une séance de peeling à 150 euros bâclée pendant un week-end prolongé, et dont on ne dira pas la déception. C’est la marque honteuse d’un bracelet d’hôtel-club ou celle, javellisée, qui trahit les heures de plonge non déclarées à l’arrière d’un resto de banlieue. C’est aussi tout ce à quoi on ressemble, et qui compose la limite entre le soi et le non-soi. Qu’est-ce que la littérature, après tout, sinon l’épiderme plus ou moins opaque, plus ou moins accidenté derrière lequel on se retranche, par lequel on se soustrait au monde ou, au contraire, qu’on arrache pour enfin hurler nos entrailles ? Le 25ème numéro de Dissonances réunit 21 textes qui dépassent la surface vaine des mots pour explorer les limites de ce périmètre dont on ne ressort pas. Le papier que vous tenez entre les mains vieillira, s’abîmera, se froissera peut-être, mais il continuera de raconter nos profondeurs comme une cicatrice ancienne et qui démange encore, longtemps après la disparition du visible. 

 

Alban LÉCUYER

 

SOMMAIRE :  

 

DOSSIER : « LA PEAU »

 

Photographies désinvoltes (Jacques COLY)

"Ötzi,« l’homme des glaces », dont la peau était incisée de traits et de croix. Anciens Égyptiens tatoués de la croix ansée, emblème de la vie et du coït. Prêtres Aztèques qui se perçaient la langue pour communiquer avec les dieux. Galériens français marqués au fer rouge de l’emblème royal de la fleur de lys. Isabeau de Bavière qui..."

  

Peaux des naissances (Lionel FONDEVILLE)

"L’embryon vient par feuilles. D’abord deux : peau et système nerveux / cœur et viscères. Puis s’intercale une troisième feuille : squelette et muscles. Feuilleté, le corps porte jusqu’au bout ce geste pâtissier cent milliards de fois répété, clou enfoncé tant et tant, hybride à la fin, calé au plus ultra. Pure énergie vol au vent, parfait pour du..."

 

Douche froide (Xavier CARRAR)

 "Ton corps. / Nu. / Au fond d’un bac à douche. / Ton corps nu recroquevillé au fond d’un bac à douche. / Blanc. / Impeccable. / Ta peau nue. / Tabassée. / Au fond du bac à douche d’une petite maison de centre-ville. / Propre et bien entretenue. / Avec jardinet. Pour les enfants. / Pour respirer. / En toute quiétude. / Ton corps..."

 

Ta peau (Jean-Louis BERGÈRE)

 "ta peau ta peau ta peau mais arrête un peu avec ça qu’est que tu crois à la fin c’est foutu plié vendu tu la sauveras pas ta peau c’est trop tard depuis le début déjà c’est trop tard t’auras beau t’échiner devant la glace en mettre des tonnes et des tonnes crème de jour sérum concentré à la con ta peau c’est mort ta peau c’est de la..."

 

De l'autre côté (Élodie VALETTE)

 "La peau ils pensent entaille ils pensent coupure ils pensent que ça s’est déchiré que ça se déchire que ça se déchirera que ça pourrit que ça pourrira quand la peau sous le sol quand la peau dans la terre où plus personne pour la toucher pour la gratter pour la faire saigner qu’y a-t-il dessous ? / Ils pensent entaille coupure déchirure..."

 

Consolation à Mme D (Muriel FRIBOULET)

 "Sans lever les yeux elle dit : vous êtes jeune et vigoureuse, Ina. C’est enviable, si vous saviez comme c’est enviable. J’ai pensé encore un de ces maux échappés du vase descellé par la Pandora, la fonction de celui-ci est d’attrister les gens de ce que d’autres nés plus tard vivent et jouissent de leurs jeunes années pendant qu’eux-mêmes..."

 

Divergence (Françoise JOHNEN)

 "On pense / aux lambeaux de peau blanche / des bouleaux / et couchés sur le dos

on dit..."

 

Relevé d'elle (Romain FUSTIER)

"aimes-tu mon corps sous l’orage elle te demande la fenêtre ouverte sur le bruit des premières gouttes qui cliquettent en bas sur la terrasse / elle est exquise ainsi menaçant à tout moment d’éclater les jambes sur ton dos ses mains sur tes fesses de tes lèvres étouffant son cri / a éclaté violemment au milieu des phénomènes..."



Rêve2 (être tatoué) (Frédéric LE MOIGNE)

 "Col de la faucille / j’ai erré / regardant par la fenêtre / neiger / de beaux / bouquetins / parfumés/ la peau piquetée de rose / Une carte postale pour le prof., dans la vallée / - celui-là, ce n’est pas un stylo qui l’épeure ! / (c’était un peu walzérien, ce pub vert-pomme / et dehors le froid, le tabac, une allumette)..."

 

Une broderie (Astrid WALISZEK)

 "Ma peau répète tes mains, tes mots. Que ça. C'est rien, ou presque rien. C'est juste de l'écriture. Même pas - c'est juste de l'écriture dans la tête, avant de tracer les mots sur la feuille. La feuille, ma peau, un peu comme celle de Kafka dans La Colonie pénitentiaire, tu te souviens ? La machine qui d'une aiguille..." 

 

Peau [po] n.f. (desquamation du sens) (Anne MONTEIL-BAUER)

 "Le sac qui maintient mes os tous ensemble / L’endroit où commence la différence entre toi et moi / La terre sur laquelle s’affichent mes chemins / L’étoffe qui plisse un peu plus chaque matin / Le voile qui dérobe la vérité de l’intérieur de moi / La surface tendue du chaos / L’irregardable et le trop regardé / Le velouté du sein qu’il..."

 

Tendre écorchée (Carine PERALS-PUJOL)

 "tu reposes tandis que j'entame le lent parcours de corps ton corps avec l'instrument léger la lame tranchante et aiguisée du scalpel corps ton corps figé dans son sommeil maintenant profond de plus en plus lointain il me faudra - je le sais - creuser mieux pour trouver te trouver et ce qui n'était jusqu'alors qu'un effleurement subtil..." 

 

Sauver sa peau (Isabelle GUILLOTEAU)

 "Depuis quand suis-je ainsi retranchée du monde, affamée, humiliée ? Il y a quelques jours encore, ma mère et mes sœurs tenaient le décompte des journées interminables à assembler des pièces au fond des ateliers, des nuits infernales à trembler sous les cris qui s’échappent des cachots. Mais leurs corps meurtris ont..."

 

Un type marquant (Karl MENGEL)

 "Il a mal au dos. La minette le regarde avec des yeux de merlan frit. Pas besoin de lever la tête de l'aiguille, il sent la fixité dans la hanche, la raideur de la cuisse qui trahit la proie vraiment bête aux aguets. Encore deux minutes et elle va parler. Lui poser une question sans intérêt pour embrayer sur elle-même et s'exhiber dans..."

 

Un texte mal dans sa peau (Derek MUNN)

 "La peau. Tout. Rien. En parler, inventer quelque chose. J'avais une idée. Ça commençait : Mon pauvre, un Land Rover s'enliserait dans tes plis. C'est une femme qui parle. Elle parle en faisant son repassage. Elle râle. Se plaint du temps passé, des coups pris, une vie perdue dans le trop tôt, le trop tard, le trop cher, le trop peu de... "

 

Ici (Yannick TORLINI)

 "ici, nous travaillons l’oubli comme une terre. nous creusons avec nos corps, la roche, la glaise, la racine, l’improbable devenir de. nous creusons la langue, nous creusons, et la guerre creuse notre peau à notre insu. ce front que l’on nomme habitude : matin, attente, quotidien. ici ça va : nous n’avançons plus. l’immonde..."

 

La peau rousse (Jean-Marc THÉVENIN)

 "Pour planer les falots laiteuse peau des rousses / Et farder les scansions / La physique des corps dans le savon qui mousse / Pour une sédation. / Et la peau du crapaud de la peau qu’on retrousse / De la relégation / Le rêve de l’orange en blondes leurs frimousses / Ou des demi-portions. / Ses mains sont allongées où la..."

  

49 pores (Julien BOUTONNIER)

 "« Il paraît par cette description, dit notre Anatomiste, que la peau ne saurait être regardée comme une partie similaire ; il n’y en a même aucune dans nos corps, hors qu’on ne voulût appeler ainsi la Cuticule, qui puisse passer pour telle : les vaisseaux sanguins, les nerfs, & et les tuyaux lymphatiques sont même des..."

  

Ce qu'il y a de plus profond (Lily D. BROOKS)

 "Il y a cette phrase : La peau est ce qu’il y a de plus profond. Et des images, quelques images – j’ignore s’il s’agit de souvenirs ou de projections. J’ai eu à plusieurs reprises l’ombre d’un soupçon. Une intuition. Celle d’avoir été abusée dans l’enfance. J’ignorais d’où me venait cette évidence. Un frisson. Une certitude cutanée..."

  

Dans le bain (Stéphane BERNARD)

 "le renoncement à l’hygiène est un des symptômes. / la crasse isole, met une distance de plus entre soi/ et le reste du monde. / les mues s’agrègent, le futur pourrit sur pied. / c’est à ça que je pense, ici, dans mon bain. / l’eau ondule à peine déplacée / par la respiration légère d’un corps à la nervosité vaincue, presque..."

  

Humeurs (Jacques VINCENT)

 "Déboutonnons nos idéaux déshydratés et frottons nos gibouilles, aimons-nous dans la boue comme des hippopotames, léchons-nous lentement comme deux escargots, deux limaçons en rut qui échangent leurs baves, entortillons nos corps de lombrics en spasmes visqueux. Ainsi dévêtue, vous me plaisez Mère Ubu..."

 

 

RUBRIQUES :

 

QUESTIONS à : CLARO 

 

"Ecrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ?  - J’écris contre, tout contre, contre la langue et tout contre la langue. C’est un tango satanique, et la piste de danse, comme la page, ne reste pas vierge longtemps..." 

 

REGARDS CROISÉS sur :  LA PEAU ET LES OS(Georges HYVERNAUD)

 

"« Picolo te reconnaît bien, tu sais, m'a dit Tante Julia. Picolo, c'est le chien. Baveux, chassieux, ignoble, il tremblote sur un coussin. » : dès les premières lignes de La Peau et les os, Hyvernaud dégaine et dégomme, froidement et pas de quartiers, la Famille donc d'abord..."  

 

À SUIVRE... 


LA VIE CRUE (J.-L.RAMBOUR (encres :P. TRÉFOIS)) -éd. Corps Puce, 2011

LIBÉREZ LE FÉMINISME ! (Morgane MERTEUIL) - éd. L'Éditeur, 2012

PARTIR EN GUERRE (Arthur LARRUE) - éd. Allia, 2013

LE PLANCHER (Perrine LE QUERREC) - éd. Les doigts dans la prose, 2013

MOUVEMENT PAR LA FIN (Philippe RAHMY) - éd. Cheyne, 2005

BIENVENU AU BORD (Rodolphe AUTÉ) - éd. P, 2011

 

À LIRE À VOIR À OUÏR (nos auteurs ont aimé…)


"Stéphane BERNARD

- livre : George OPPEN : Poésie complète (José Corti, 2011)

- film : Jacques RIVETTE : La Belle Noiseuse (1991)

- disque : Howard SHORE & Ornette COLEMAN : Naked Lunch - Original Soundtrack (Milan, 1992)..."


Mercredi 2 octobre 2013 3 02 /10 /Oct /2013 20:06

 

ta peau

 

p 14 - nb

 

ta peau ta peau ta peau mais arrête un peu avec ça qu’est que tu crois à la fin c’est foutu plié vendu tu la sauveras pas ta peau c’est trop tard depuis le début déjà c’est trop tard t’auras beau t’échiner devant la glace en mettre des tonnes et des tonnes crème de jour sérum concentré à la con ta peau c’est mort ta peau c’est de la soie vivante malade en pleine mue dévorée sous le soleil et piégée comme jamais dans un vilain processus irréversible qui distend qui sépare qui désagrège à s’effondrer ta peau à disparaître à se dissoudre comme toutes les autres de la tuffe en miettes en divisions moléculaires qui dégénèrent du vent du silence de l’abîme une écorce empoisonnée et rien au-dessous qui persiste qui résiste aucune cellule vivante qui ne traversera le cosmos ta peau oui ça tient là pour l’instant vaille que vaille qui colle encore sur le bitume c’est de la barbaque en pleine guerre de tranchées et des tranchées c’est sûr t’en creuses encore à la pelle de plus en plus larges de plus en plus profondes et ça va faire un sacré champ de batailles pour finir de la couenne à tam tam de la sève d’abat-jour en vérité ta peau sans avenir j’en donne pas chair tout juste bonne à tendre ses vieux chagrins sur un tissu de mensonges

 

     Jean-Louis BERGERE


Mercredi 2 octobre 2013 3 02 /10 /Oct /2013 19:56

 

De l'autre côté 

 

p 1 - nb

 

La peau ils pensent entaille ils pensent coupure ils pensent que ça s’est déchiré que ça se déchire que ça se déchirera que ça pourrit que ça pourrira quand la peau sous le sol quand la peau dans la terre où plus personne pour la toucher pour la gratter pour la faire saigner qu’y a-t-il dessous ?

Ils pensent entaille coupure déchirure pourriture, ils pensent la violence de la peau la saleté de la peau le vieillissement le pourrissement et moi je pense la douceur de la peau je pense cela ne se dit pas je pense ce qui se dit c’est la mort de la peau le dégueulasse de la peau quand ça gratte quand ça saigne quand ça fait des plaques des croutes quand ça cache les os le sang le pus la lymphe.

Sous la peau sous la peau qui pourrira sous la peau qui pourrit déjà il y avait ta peau qui ne se voyait pas. Tu étais dans mon corps sous ma peau et ça ne se dit pas. Tu étais collée à ma peau en dedans et ça ne se dit pas. Il y avait la peau pour nous séparer et pour que l’on se touche à travers et ça ne se dit pas - je ne sais pas le dire.

Je veux je voudrais laissez moi écrire la peau sans la pourriture sans les blessures sans les brûlures je veux je voudrais laissez moi écrire la peau sans la douleur qu’elle suinte. Je veux écrire la peau comme un truc pas croyable un truc pas dégueulasse du tout la peau qui te sépare du monde qui brûle et qui pue ma peau qui te garde du monde. C’est un truc pas croyable que tu sois loin de moi près de moi si loin de moi si près de moi avant qu’arrachée arrachée à ma peau déchirée pour toucher la tienne enfin ma peau déchirée et mon cœur arraché mon bras arraché toi arrachée perdue posée je t’attrape je te raccroche avec des bandelettes des écharpes des tissus je te raccroche à la peau tu me manges nous pourrirons ensemble, un temps, mon amour.

 

     Elodie VALETTE


Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 18:58

 

 

Dissonances 24

 

 

Ce numéro a été mis en images par Charlotte MOLLET

 

 

EDITO: 

 

Racine du mal

 

Pas dormi de la nuit : ma carie me taraude et j'ai envie de tuer. Je pousse la porte du dentiste. Sa secrétaire tente un « Vous avez rendez-vous ? » mais je la cloue du regard et, sentant le danger, elle m'indique l'entrée de la salle d'attente où je me mets à tourner comme un fauve enragé, grinçant des dents, à cran, jusqu'à ce qu'épuisé je m'affale dans un coin et saisisse au hasard dans le tas des revues étalées sur la table... dissonances « le mal » où vingt auteurs en transe (parmi lesquels pas moi puisque le comité dont je fais pourtant partie a refusé mon texte et ça aussi fait mal même si moins que ma dent mais je me vengerai !) ont traité la souffrance qu'on inflige ou ressent avec leurs mots à eux qui sont nos maux à nous et c'est drôle ou atroce, poignant ou décalé, lyrique, cru, léger, mais quel que soit le genre c'est toujours pour de vrai comme le sont les visions de Charlotte Mollet, puis Albane Gellé chevauchant nos questions, Gabrielle Wittkop revenant nous hanter, et ces œuvres coup-de-coeur... Là le dentiste dit : « Elle est vraiment foutue : va falloir l'arracher. » Je souris : je suis prêt. Vous aussi ? Allons-y...

 

Jean-Marc FLAPP

 

 

SOMMAIRE:  

 

DOSSIER : « LE MAL »

 

Le furet (Tristan FELIX)

"Sous la cloche des Halles, basse panse en plein cœur de Paris, le laboratoire souterrain de la déviance est sous contrôle ; l’organisation idéale de toute la violence, fondée sur la frustration. Dans ce labyrinthe mortifère obstrué par les ganglions de la richesse impérative, il suffit d’un coup de cutter pour..."

  

La menace (Perrine LE QUERREC)

"Plusieurs fois par jour, le viol par ton cri, quand toutes les deux, tête à tête, les autres partis, les autres ailleurs, échappés, et toutes les deux, toi et moi, toi dresseuse, porte la culotte, bardée d’autorité, toi ta colère, tes cris, tes hurlements, ce cri que j’entends encore tout au fond, cette terreur, plusieurs fois par..."

 

Leçons de ténèbres (Emma MOULIN-DESVERGNES)

 "L’enfant est une dépendante affective SM en puissance. L’empêchement constant qui lui est fait de se laisser libre cours, d’expérimenter son autonomie que vient distraire la fonction permise - se taire, obéir, se faire toute petite - permet néanmoins, quand la vigilance a l’œil ailleurs, des instants de liberté totale dont bientôt elle..."

 

Plus tard tu brûleras (Carl-Keven KORB)

 "La première chose que fit Basile Coglioni en arrivant à Bordemer fut de taper contre la première porte qu’il rencontra, bang, re-bang, et re-re-bang, encore et encore, jusqu’à ce qu’on ouvre, une toute menue femme qui d’une voix qui en avait vu d’autres mais pas des comme ça dit oui, qu’est-ce que c’est, pourriez faire moins..."

 

Epectase (Les AMANTS GLUANTS)

 "Seuls les fumeurs de crack savent me démolir amoureusement. Ma foi me pousse vers les parias, les fous à la violence démoniaque. J’y retourne sans arrêt, guidée par l’urgence à rejoindre la lumière. Le premier soir, j’étais venue apporter des couvertures dans un squat de La Goutte d’or et je me suis..."

 

Sous ma main protectrice (Šebestian KRKOŠKA)

 "Regarder dans ses larmes et sourire. Se ruiner car la puissance ressentie sera sans égale à cette heure avancée. Revenir des ondes noires, des quatre dimensions des tambours de lessiveuses allant du vert métallique au violet, sans brillance ni joie. Se laisser aller à la dérive de la damnation dans tout son être. Se servir. A trop..."

 

Quelque chose de pourri (Stéphane BERNARD)

 "ce nouveau mal, qu’il ait été ou non, / maintenant existe. / l’imaginer lui a donné chair. / pourtant son hypothétique existence / ne fait se former aucune cible, aucun ring. / un combat à vide. ce trou dans les cœurs. / alors, que la mémoire, même atroce..."

 

Steampunk song (Jacques TALOTTE)

"Ce monde creux, Jack, sonne comme un gong... On jette la sciure sur les docks, on pousse les fruits pourris vers l'égout. Un gaz inconnu s'enflamme derrière le rideau damassé. Du divan, on guette l'engrenage des pendules... on fume... On lit que la comète brillera demain. Pourriez-vous me dire..."



Le consentement (Jean-Battiste COUTON)

 "Pour être conforme à la mode anglaise tu avais décidé de porter une jupe courte et un débardeur décolleté, ce n’était pas dans tes habitudes, mais tu voulais jouer le jeu, et ici, pensais-tu, c’était ainsi vêtu que l’on se rendait au pub. D’abord tu ne sus pas où aller, tu ne voulais pas trop t‘éloigner de chez toi au cas où tu..."

 

Arrondir le silence (Marc BONETTO)

 "Pour l’inconnue qui s'attarde /Je poserai..." 

 

Récolte (Guillaume DECOURT)

 "Tout bien considéré / Je suis en état de siège / Vous m’avez engraissé / Affectueusement / Et présentement / Vous assoyez sur moi sans..."

 

Logique du mal (Gilbert CRAM)

 "Si l’on en croit les registres de la Société des Amis de l’Axiome du Choix (la SAAC pour les feignants), tenus à jour par le secrétaire ou par son faisant fonction (ce dernier était le plus souvent parfaitement illettré, heureusement), le mal s’introduisit sournoisement dans les mathématiques modernes - et donc au sein même..." 

 

Affection (Dominique PASCAUD)

 "Sans me retourner, je sais que c’est elle. Sous son épiderme les glandes ont sécrété quelque chose de boisé, presque fleuri ; je lui en ai souvent parlé, cela la fait sourire. Alors, j’en profite. Je peux voir ses magnifiques dents de porcelaine. Les miennes sont devenues jaunes, je consomme trop de gélules que l’on trouve dans les..."

 

Péché de chair (Nicolas BRULEBOIS)

 "Une fois notre désir assouvi, les masques tombent et le corps du délit se révèle sous un jour nouveau. Je découvre une petite femme rondelette qui, loin des idéalisations nocturnes, affiche un naturel décomplexé flirtant avec le prosaïsme. Lovée à mes côtés, elle joue les odalisques à ses risques et périls, exhibe certaines..."

 

Primal (LE GOLVAN)

 "Le roi des poules accueille Niat, le nouvel ambassadeur turc en transit jusqu’à destruction intégrale du F5, bâtiment F, escalier 2, le Clos ; un résumé d’évolution qui communique d’emblée au lancer de caillou. Peu de main d’œuvre aura suffit à faire acte de civilisation. Les vingt nuits suivantes sont toutes consacrées à... "

 

Planches ultimes (Christophe ESNAULT)

 "Proie des déclinaisons vitriolées / Déroule la langue à l’aide d’un ouvre-boîte à sardines / Les murs lépreux s’élèvent plus vite que les coulemelles grises / Un analphabète avec toute sa temporalité panoptique et la douce musique métallique / Soixante millions d’esclaves appuient sur un bouton / L’altérité brûle les..."

 

Page O de la lettre B (Philippe JAFFEUX)

 ".La soif expansive de noie des octets limités sous un curseur abreuvé par l’échec d’un ordinateur vide / un saint moulu de fatigue sculpte son corps vert en redressant notre sable sur l’envers d’un contraste hérétique.

.Notre peau expédie la respiration d’une suite vers les pores d’une..."

  

Le collant (Aurore SOARES)

 "N’aurait pas dû l’enfiler ; maintenant il frotte contre là où ça la démange. Etait pressée ce matin et l’a pris dans le tiroir le qui lui passait sous la main ; à cause de l’ampoule du placard qui n’éclairait pas, car avait oublié au supermarché d’en acheter une, hier ; se souvient bien maintenant que ne se souvenant plus de..."

  

Zone centrale (Gilles BERTIN)

 "Ce bleu fascinait Pierre, au début. Le bleu Tcherenkov. Les mots lui manquaient alors pour en parler. Ma main est froide sur la commande du pont roulant. Il avance à une allure d'escargot, encore une quinzaine de mètres. Pierre est mort cette nuit. Ils ont emporté son corps dans une civière étanche et je suis restée seule, avec son..."

  

Blue Monday (Aliénor DEBROCQ)

 "C’est à cause des néons. Ou bien est-ce l’odeur de soupe ? Elle n’en est pas très sûre. Il lui est difficile de supporter cela physiquement. Difficile d’être présente chaque jour. De faire comme si tout allait bien. Tout ne va pas bien. Elle aimerait en être capable. Elle aimerait sourire, répondre du bout des lèvres, sans effort, décrocher le..."

 

 

RUBRIQUES :

 

QUESTIONS à :Albane GELLÉ

"Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ? Dans une énergie de pour je crois. Mais qui peut contenir parfois du contre et du malgré. Quant à dedans / dehors, j'ai le sentiment d'être sur un fil tendu entre les..." 

 

REGARDS CROISÉS sur : « Sérénissime asssassinat»(Gabrielle WITTKOP)

"Venise : des palais de dentelle édifiés sur du sable, baignant dans l'eau verdâtre d'un réseau de canaux qui sont comme des veines charriant un sang malsain, s'enfonçant dans la vase qui les engloutira. Venise la sublime sans cesse agonisant : c'est le décor logique que l'auteur du Nécrophile a choisi de donner à..." 

 

À SUIVRE (six oeuvres lues et approuvées)

« Qàu » (Serge PEY) - éd. Dernier Télégramme, 2009

« Voyageurs de l’absolu » (Jacques COLY) - éd. Les Deux-Siciles, 2011

« Somaland » (Eric CHAUVIER) - éd. Allia, 2012

« En ville » (Christian OSTER) - éd. de L'Olivier, 2012

« Post-Mortem » (Albert CARACO) - éd. L'Age d'Homme, 2012

« Loin du Monde » (Sébastien AYRAULT) - éd. Au Diable Vauvert, 2013 

 

À LIRE À VOIR À OUÏR(nos auteurs ont aimé…)

"Jacques TALLOTE

- livre : William Carlos WILLIAMS : Paterson(Flammarion, 1981)

- film : Lone SCHERFIG : An Education(2010)

- disque : Laura VEIRS : Carbon Glacier(Bella Union, 2004)..." 


Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 18:50

 

Le furet 

(ou comment saigner la tendresse)

 

 

poulets et lapin mut nb-copie-1Sous la cloche des Halles, basse panse en plein cœur de Paris, le laboratoire souterrain de la déviance est sous contrôle ; l’organisation idéale de toute la violence, fondée sur la frustration. Dans ce labyrinthe mortifère obstrué par les ganglions de la richesse impérative, il suffit d’un coup de cutter pour fluidifier les tensions. Le corps obtempère en sous-sol et l’air électrique véhicule son néant. On y vient des cités de la banlieue nord, de Saint-Denis, de Stains, du Stade de France ou d’ailleurs, pour la guerre quotidienne, la traque des filles, le business ou le full contact avec l’espèce humaine.

 

Dans certaines caches du forum, au bas de marches cirées où peine à veiller une clocharde en loques, de jeunes danseurs s’exercent à des voltiges et des fantasmagories urbaines. Parfois Bob Marley ressuscité entre deux portes de verre, les locks chenues et les mains sèches comme d’une momie noire sortie des sables, attend à distance des tourniquets que le vide enfin se fasse — de ses veines à celles, gonflées, des chiens de l’ordre et du désordre.

 

Sauf ces elfes rares ou cet illuminé - borne arrachée -, la hargne couve, en treillis ou survêtement immaculé, à bout de laisses ou de grosses chaînes en or, qu’importe le bord du fossé.

 

La rame à quai s’ébranle, de retour vers la gare du nord, chargée d’effluves de tout un jour bousculé. Dans le wagon de tête, une scène est prête à être jouée. On attend le signal. Pas une scène de viol, pas un vol, pas une attaque de chien. Non, une terrible saynète animale qu’on pourra diffuser sur youtube : un furet, négocié à la tire sur les quais de Seine, où l’on achète aussi de la mort aux rats et des coqs nains, en est le personnage principal.

 

L’excitation soulève un voile de moiteur dans l’habitacle. L’air ne sera qu’à ce prix, otage d’un désir de massacre. Qu’est-ce qu’il aura à manger cet animal ? Saïd, dix-sept ans, un carton sur les genoux, hurle à Mohamed qu’un furet ne mange pas de pain. Il saisit l’animal par la peau du dos qui se décolle jusqu’au bas de l’échine et l’asperge de coca-cola. La canette roule au sol. Hilarité — les rires coupent comme du verre ; la sueur se fait acide. La bête cambre la nuque et ses crocs luisent. Nacer, lui, cela ne fait que sept ans qu’il existe. Il veut lui aussi baptiser son nouvel ami, avec un vrai nom : Zidane ! Un coup de nike dans le tibia - rectification de Mohamed : Momo, qu’on l’appellera ! Momo ! Fils de pute !

 

La rame a pris de la vitesse. Mohamed descend la vitre, arrache le furet des mains crispées de Saïd et le balance au-dessus du vide cinglant : Hein, que tu t’appelles Momo ? Eh, Momo ! La bête se retrousse, pousse les cris suraigus d’une panique qui se perd dans la stridence des rails.

Est-ce ainsi que tu berces la mort ?

 

Mohamed la rejette toute tordue dans le carton. Elle aura sa muselière et vivra dans une boîte. Une téci pour mon rat.

 

 

    Tristan FELIX


Vendredi 26 avril 2013 5 26 /04 /Avr /2013 18:39

 

Planches ultimes te-te-d-agneau-nb-copie-1.jpg

Proie des déclinaisons vitriolées / Déroule la langue à l’aide d’un ouvre-boîte à sardines / Les murs lépreux s’élèvent plus vite que les coulemelles grises / Un analphabète avec toute sa temporalité panoptique et la douce musique métallique / Soixante millions d’esclaves appuient sur un bouton / L’altérité brûle les départs et actionne la manette des génocides orange / Un homme seul dans un métro vide qui cogne contre les fenêtres. La psychose nourrit à la petite cuillère la convivialité / Affine le propos si Le Mal est une thématique trop large pour se loger dans une thèse de huit cents pages / Aplatir la sensation jusqu’à ce qu’elle crache son jus / Retrouvons-nous par hasard cette nuit dans une scierie désaffectée / Les éradications têtes en bas alignées m’évoquent des chauves-souris boursouflées / Immobiliser ton corps de rêve armé d’un sac de ciment / Par ennui ou par vice / On se chamaille jusqu’à ce que le plasma beurre nos tartines / La vindicte veut t’embrasser sous son étau / Un verset décolle la rétine du cantonnier / Prévoir les compresses et les mois de rééducation / Le bec jaune de l’oiseau ne connaît pas le parjure / Préliminaires et bidon d’essence / Les cercles de l’enfer du couple longue durée / Le pathogène broyé se mêle aux lys blancs / Vous prendrez bien votre plaisir sur une plaque chauffante / Dictat de l’ignominie soumis aux viols commandités / Le charme discret d’un flacon d’acide / Dépourvue de tes infirmités tu perds tout ton charme / La répulsion augmente le nombre d’étages à régurgiter / Flingue ta voisine / Crève les pneus de ton dealer ou donne-lui ta carte bancaire et ton code à quatre chiffres / Isolé afin de mieux peaufiner ses roulades barbares / Forcer les verrous pour juste tout casser dans l’appartement et déféquer dans les draps / Du verre pilé surprise / Un crapaud oublié dans le bac à légumes / Te regarder pleurer me rend plus beau

 

 

    Christophe ESNAULT


Mercredi 17 octobre 2012 3 17 /10 /Oct /2012 18:47

Dissonances 23

 

 

 

Ce numéro a été mis en images par Devis GREBU

 

 

EDITO : 

 

Karma-Cola

 

Au commencement était la visibilité. Une vingtaine d’auteurs ont survécu aux balles tirées dans la nuque par ce tueur en série qu'est notre comité de lecture. Textes à dispositif, visuels, nouvelles, poésie… Registre sensible, expérimental, humoristique ou trash… Styles et formes se partagent un espace où œuvre aussi Devis Grebu,l’illustrateur de ce numéro. Nos auteurs ne sont pas (encore) des superstars, mais leur quart d’heure warholien est inévitable. Au vingt-et-unième siècle, tu balances sur You Tubeune vidéo filmée sur ton portable et tu es une star. Tu ne peux pas faire cent mètres sans qu’un journaliste souhaite réaliser ton portrait dans une émission grande écoute. Tu lâches un pet sonore sur Facebooket dans les dix minutes qui suivent tu ramasses 300 like(et autant de commentaires). Il va être super difficile de passer inaperçu et celui qui traversera son existence sans sa dose de célébrité sera un véritable et authentique héros du quotidien, une superstaren somme… Vous allez rencontrer dans ces pages Johnny, Bob Dylan, ou la fellatrice sans frontière du Président de la République… Ces influences astrales sur votre karma vous seront bénéfiques.

 

Christophe ESNAULT

 

 

SOMMAIRE :  

 

DOSSIER : « SUPERSTAR »

 

Cher Johnny(Gilles BERTIN)

"T'es mort alors je peux t'écrire, tu liras jamais cette lettre et donc elle t'embêtera pas parce que t'étais comme moi, un grand pudique. Je t'ai aimé en secret, à distance, j'ai jamais cherché à te le faire savoir. Tu m'as rien dédicacé, j'ai pas voté pour toi à la télé, j'ai pas fait le pied de grue devant des hôtels pour être à tes côtés dans une..."

  

Growing up in public (Nicolas Albert G.)

"Il n'aime pas l'idée de la foule qui lance des coussins. Sur les coussins il y a écrit Conseil Régional de Rhône-Alpes. Il n'avait pas envisagé tant de tee-shirts, de vestes et de pantalons sur scène. Au milieu des coussins, c'est pathétique. Et Aaron qui attrape une sorte de Bermuda dégueulasse, l'exhibe à la foule, se marre en découvrant..."

 

I Can't Get No(Elodie VALETTE)

 "Il est tard ils t’attendent ils sont bien plus nombreux que prévu tu as oublié quelle heure il est tu sais très bien quel jour on est tu es sur scène tu es tout près tu t’approches tu es debout les bras levés tu t’approches tu sais que rien ne sera jamais comme avant tu répètes cette phrase dans ta tête mais le sens t’échappe rien ne sera..."

 

Ce qu'elle dit d'Elvis(Arnaud BOURVEN)

 "Bande n°1 / Toujours elle. La non-nommée. Déroule le fil : « Dans mon souvenir… personne… ne se disloque… Personne n’aborde cette ville… qu’en rampant… C’est sûr…» / Approchent pourtant des gens qui n’ont pas fléchi. Mais rien à idolâtrer sous l’arche des pluies… / Elle poursuit : « Vous connaissez ? Ce produit permettrait à..."

 

Crépuscule d'un dieu (Jean-Marc FLAPP)

 "ton jetperso se pose et glisse en bout de piste tu finis ton whisky avales les glaçons te tournes vers le monde toujours aussi lointain contemples le tarmac aveuglant au couchant à travers le hublot et les verres violets des lunettes de soleil que tu ne quittes jamais si ce n'est pour dormir et encore pas tout le temps tu vois ne penses..."

 

Superstore (Lionel FONDEVILLE)

 "Superstore, leader mondial du store /Je m’appelle Jean-Claude Thuret. J’ai créé mon entreprise dans un garage en 1974, et voilà. Trente-huit ans plus tard, 80% des stores vendus en Europe, et 60% aux États-Unis sont des stores Superstore. Depuis deux ans, on attaque l’Afrique et le Moyen-Orient. Pas facile. À côté, la Roumanie des..."

 

Moi président de la république(Les AMANTS GLUANTS)

 "Moi président de la république, je préfère me faire sucer au bord de l’eau

Moi première dame des punks à chiens, je gravis ton pylône pour électriser le peuple

Moi président de la république, je m’affirme en slip et en bretelles

Moi première dame des punks à chiens, je deviens la guest-star de tes pornos intimes..."

 

Usine(Dimitri WILEN)

"Elle ne trouve pas Andy très beau. Mais elle accepte son invitation, car il insiste. Se croire génial, maître du monde, et mourir de maladie banale.Les préliminaires sont bâclés. Impatient, il a tout d’un enfant massacreur de papier-cadeau. Ça n’est pas méchant, mais ça n’est pas doux. Se tromper d'âge, de corps, et mourir de ses..."



Les tristes tropiques(variations autour de Rose Hobart) (Tiphaine RAULT)

 "Remarquable par sa beauté, sa forme et son parfum, la rose est une fleur symbolique qui désigne l'amour, une perfection achevée et un accomplissement sans défaut. Fleur du rosier, de la famille des Rosacées, rose-mousse ou rose-thé, généralement odoriférante, dont l'espèce type comporte un calice ovale ou arrondi..."

 

La mort comme imprésario (Matthieu CONZALES)

 "20 Août 1885. Dorpat. Estonie. Le regard d'Ernst Hartwig se métamorphose soudainement. Ses pupilles se rétractent et son visage prend un air très sérieux. Son pouce et son index droits, qui depuis quelques minutes se baladaient frénétiquement dans les replis de sa moustache, se sont tout à coup arrêtés, comme stoppés en plein..." 

 

Le redoublement de la 19ème (Anne MONTEIL-BAUER)

 "Elle avance dans la fange, sur un chemin étroit. Elle a lâché la dernière main qu’elle tenait encore. Elle sait que ce morceau de chemin, elle doit le faire, seule. Le sol s’envase, et le sentier est de plus en plus raide, de plus en plus étranglé.En face, d’elle, une bouche, l’entrée d’un terrier, d’un tunnel, d’un passage ?Elle ne sait pas. Il fait noir et son envie de..."

 

Hyper sourire tout le temps (Agnès NAGEOTTE)

 "Ta cravate te serre le cou et te le serrera trente-cinq minutes encore. Tu ne l’as pas nouée toi-même, ta maquilleuse s’en est chargée. C’était une autre fille la semaine dernière, on te les change sans arrêt. Le cadre est parfait. Tu es parfait. Rien ne manque. Rien ne fait défaut. Mesdames mesdemoiselles messieurs, bonjour, tu le dis..." 

 

Supasta : monologue pour fin de règne (Marie VAN MOERE)

 "Préambule : Ce qui suit se déroule sur une scène de théâtre. A l’ouverture du rideau, Queenie est assise face au public, en milieu de scène, à sa gauche un escalier d’une douzaine de marches mène à un palier en hauteur où se tient de profil une fille squelettique. C’est Punaise. Assise, elle se goberge d’une soupe de spaghettis à la..."

 

Ma piste aux étoiles (Nicolas VARGAS C.)

 "Sans être juif ou champion mon grand-père trouvait sa cabane les yeux fermés, son fils ce héros a abattu de sang-froid et pour son bien un faon orphelin, sa femme détroussait les lapins comme des chaussettes, Corrine faisait la moule mieux qu’au resto pendant qu’Hervé conduisait le tracteur à 10 ans. Papa aussi absent que meilleur..."

 

Manque de précision (Tangi THIERRY)

 "Un facteur prend une forte dose de barbituriques
et meurt
Il laisse ces mots :
« Je n’ai pas supporté ... "

 

Bob Dylan vs Paul Emploi (Romain PONÇOT)

 "« Je pourrais avoir un autographe ? » Je me retourne. Un jeune homme d'une vingtaine d'années s'agite devant moi. J'écris sur le carnet qu'il me tend : si je n'étais pas Paul Emploi, moi aussi je penserais que Paul Emploi a beaucoup de réponses. Je m'aperçois que le jeune homme au carnet ressemble étrangement à Bob Dylan, que..."

 

Décalcomanie (Patrice MALTAVERNE)

 "Seule / avec toi / Double de/ ma joie/ Je me suspends à tes/ lèvres/ Je fais semblant de te/ faire l’amour/ En dansant pour toi/ L’invisible/ Et/ si ta/ musique/ et si ta voix/ Sont des/ fusées qui/ traversent le mur/ De l’autre côté/ Ils n’entendront/ rien/ Te voilà en/ train de/ battre sur/ mon/ cœur/ Comme un..."

  

Déjà (Laura VAZQUEZ)

 "Éveillé déjà près de toi déjà. Une lumière, lorsque par la fenêtre quelque chose se montre et n’atteint pas. Quelque chose au fond, de ce sommeil gris ou au fond encore dans une chambre deux ici bouches scellées par la nuit éveillé ici. Que nous arrive-t-il maintenant ?..."

  

23 n'est pas seulement le n° fétiche de Michael Jordan (Manuel DAULL)

 "En 2006, alors que POL sortait un catalogue sous intitulé 23 ans de littératureet que j'allais avoir 40 ans le 23 mai, j'ai eu envie, comme un exercice d'admiration, une performance, de réécrire ce catalogue en 23 jours, en me donnant comme contrainte d'en reprendre chaque titre en l'insérant dans une phrase, et de concevoir l'ensemble...."

 

 

RUBRIQUES :

 

QUESTIONS à : Jude STÉFAN

"Écrivez-vous plutôt « pour » ou « contre », « dans » ou « hors », « malgré » ou « à propos de » ? Hors.Quelle est la part de la contrainte dans votre écriture ? ½.Que faites-vous quand vous n’écrivez pas ?Sommeil ou féminités. Qui est votre premier lecteur ? L. Gaspar (après M. Blanchot, nrf)..." 

 

REGARDS CROISÉS sur : « Claustria» (Régis JAUFFRET)

"On s'en souvient sans doute : printemps 2008 au pays de Hitler, Freud et Thomas Bernhard, Elizabeth Fritzl sort enfin de la cave où son père l'a cloîtrée vingt-quatre ans avant - elle en avait dix-huit - et lui a fait sept enfants nés en captivité dont trois qu'il lui a pris et a pu adopter, sa femme les élevant sans poser de..." 

 

À SUIVRE (six oeuvres lues et approuvées)

"« Lorsque j’ai appris qu’il manquait un poil à son paillasson, / J’ai vite couru rue de Rivoli pour le remettre en place. » L’homme au paillassonest l’un de ces poèmes sobrement stupéfiants qui créent sur le champ un lecteur humble, attentif, d’une maniaquerie iconoclaste en ces temps de lecture au coupe-coupe. Ici, le poète, dans..." 

 

À LIRE À VOIR À OUÏR (nos auteurs ont aimé…)

"Les AMANTS GLUANTS

- livre : Véronique OLMI : Mathilde (Actes Sud, 2001)
- film : Ken LOACH : Sweet Sixteen (2002)
- disque : Lionel FONDEVILLE & les COWBOYS PSYCHOLOGUES (Monsterk7, 2012)...
" 

 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés